Définition

Qu'est-ce que la domestication ?

On appelle "domestique" un être vivant dont on contrôle le cycle de reproduction et que l'on considère, à cet égard, comme dépendant d'un humain ou d'un groupe d'humains. Quels sont les effets de la domestication sur notre environnement ? Les chercheurs et chercheuses du Muséum national d'Histoire naturelle vous parlent de ce processus et de son influence sur les animaux et les plantes.

Aux origines de la domestication

Apparu il y a plus de 15 000 ans, au Proche-Orient et en divers points de la planète, le phénomène de domestication a bouleversé l’histoire de l’humanité. Souvent associée à la sédentarisation, la domestication des plantes a accompagné la naissance de l’agriculture, celle des animaux la naissance de l’élevage. Elle a modifié la disponibilité des ressources que les humains exploitaient et accompagné l’accroissement démographique de notre espèce.

Néanmoins les recherches récentes en archéologie révèlent que le processus de domestication a parfois précédé la « révolution néolithique », c’est-à-dire la naissance de l’élevage et de l’agriculture. Des domestications préhistoriques se sont faites sur plusieurs siècles, voire millénaires : on parle plutôt d’entrée en familiarités entre humains, animaux et plantes. Elles pouvaient donc difficilement être intentionnelles, au sens de croisements ciblés pour produire une lignée sur mesure.

 Il y a entre 15 000 et 3 000 ans, de nombreuses sociétés de chasseurs-cueilleurs se sont rapprochées d’animaux pour diverses raisons et ont pratiqué la culture du sauvage à diverses échelles.

Jean-Denis Vigne, bioarchéologue

Depuis les débuts de la domestication, une trentaine d’espèces animales ont pu être domestiquées pour leur viande, leur lait, leur peau, leur laine ou leur travail. Des critères affectifs ou esthétiques ont également joué un rôle. Ils ont stimulé la sélection de races chez les chiens, les chats, certains poissons et parmi de nombreuses espèces végétales.

Téosinte

Depuis les débuts de la domestication, une trentaine d’espèces animales ont pu être domestiquées pour leur viande, leur lait, leur peau, leur laine ou leur travail. Des critères affectifs ou esthétiques ont également joué un rôle. Ils ont stimulé la sélection de races chez les chiens, les chats, certains poissons et parmi de nombreuses espèces végétales.

© MNHN - P. Lafaite

Les premières domestications de végétaux sont apparues en zone chaude (Proche-Orient, Chine) ou tropicale (Indo-Malaisie, Mexique, Pérou, Afrique subsaharienne). À partir de ces centres de domestication, les plantes cultivées se sont répandues, par emprunt d’une population à sa voisine ou à l’occasion des déplacements humains.

Cette intervention, longtemps empirique, a lentement transformé la morphologie, la biologie ou le comportement des animaux et des plantes domestiqués. Au XXe siècle, la découverte des lois de l’hérédité, puis les apports du « génie génétique » ont permis d’intervenir directement sur le génome et ont considérablement transformé les techniques de domestication.

Cependant, choisir certaines caractéristiques aboutit le plus souvent à en éliminer d’autres. Par rapport à l’ancêtre sauvage porteur de toute la richesse génétique de l’espèce, les variétés domestiques forment ainsi un ensemble appauvri.

La coopération, aux sources de la domestication ?

On observe des formes d’interactions biologiques dans la nature qui répondent à des relations de bénéfices mutuels ou quasi mutuels entre espèces : c’est le mutualisme.

Prenons le modèle du village agricole qui s’est développé au Néolithique : cet écosystème a attiré de nouvelles espèces telles que les rongeurs et, avec eux, leurs prédateurs, de petits carnivores comme les chats. Les humains ont donc vu un intérêt à ne pas chasser ces félins, mais à les considérer plutôt comme des animaux de compagnie, au point de devenir sacrés dans certaines cultures, comme celle de l’Égypte antique.

Pigeon biset

Le pigeon biset (Columba livia) qui comprend la plupart des pigeons des villes est un exemple de marronage : une espèce sauvage issue d’animaux domestiques.

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Les interactions ne sont pas toujours bénéfiques pour les deux espèces : on parle alors de commensalisme, un rapport qui est profitable pour l’un (le commensal), sans pour autant avantager l’autre (l’hôte). Le commensal se nourrit aux dépens de son hôte, sans que celui-ci n’obtienne de contrepartie. C’est le cas du pigeon, commensal de l’humain, qui se nourrit de nos déchets. On peut aussi citer l’exemple des rémoras, ces petits poissons qui se nourrissent sur la peau des requins.

Commensalisme et mutualisme diffèrent par ailleurs du parasitisme, qui signifie que la relation est nuisible pour l’hôte. En remontant aux racines de la domestication, on voit comment des familiarités entre espèces humaines et non humaines sont nées d’interactions naturelles bénéfiques à un écosystème. Ces formes de coopération entre espèces semblent bien éloignées de la domestication telle qu’elle se pratique aujourd’hui en Occident avec ses effets extrêmes : l’agriculture et l’élevage intensif, soit un rapport d’exploitation du vivant qui néglige la santé des écosystèmes et le bien-être animal.

Apprivoisé, domestique, de compagnie : quelle différence ?

Chat ganté

Tous les chats domestiques d'aujourd'hui, partout dans le monde, sont issus du chat ganté (Felis lybica), dont les lignées domestiquées au Levant et en Afrique du Nord se sont entrecroisées pendant des millénaires.

© EcoView - stock.adobe.com

Domestiquer un être vivant signifie exercer sur lui un contrôle : soins, nourrissage, gestion des reproductions (croisements)… L’espèce domestiquée évolue en fonction de ce nouveau mode de vie qui peut impacter sa morphologie, son comportement, modifier son rythme de reproduction et, au fil de plusieurs générations, entraîner l’apparition d’autres espèces ou races.

Un animal de compagnie n’est pas nécessairement domestique. Il peut être sauvage, comme en témoignent nombre d’espèces exotiques de reptiles ou de poissons… Ainsi, la captivité de quelques individus ne suffit pas à en faire une espèce domestique. La détention d’espèces sauvages est strictement encadrée par la loi qui ne l’autorise que pour certaines espèces. Elle répond à la lutte contre le trafic d’espèces sauvages qui constitue une des causes majeures de disparition de la biodiversité.

D’autres notions apparentées illustrent la diversité des formes de domestication :

  • « acclimater », c’est imprimer des modifications qui rendent l’espèce propre à vivre et à se perpétuer dans des conditions écologiques différentes de celles d’origine ;
  • « naturaliser », c’est amener à vivre dans d’autres lieux à l’état sauvage ;
  • « apprivoiser », c’est rendre familier avec l’humain en distinguant asservissement complet (apprivoisé) et privation de liberté (captif).

Domestique versus sauvage : une frontière floue ?

La frontière entre le domestique et le sauvage n’est pas franche et ces états peuvent évoluer au sein d’une même espèce, dans l’espace et dans le temps. Certaines espèces domestiques retournent à l’état sauvage : c’est le phénomène de marronage. Parmi les populations dites marronnes ou férales, on peut citer les chiens jaunes, les chats harets, les mouflons de Corse, les pigeons des villes, etc.

La plupart des espèces animales ne sont pas domesticables : soit parce qu’elles vivent dans des milieux et des conditions écologiques incompatibles avec les écosystèmes anthropisés, soit parce qu’elles ne présentent aucun intérêt pour les humains, soit parce que leur contention est impossible pour des raisons comportementales.

Pommier sauvage

Le pommier sauvage (Malus sylvestris) est un exemple de culture sauvage pratiquée depuis une dizaine de milliers d’années.

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On trouve aussi des espèces dont les populations domestiques sont en échange constant avec des individus sauvages, comme c’est le cas entre le porc et son ancêtre sauvage, les sangliers. Par ailleurs, de nombreux arbres d’apparence sauvage sont en fait domestiqués de manière non intensive, à petite échelle depuis des milliers d’années.

Il n’y a pas une, mais des domestications. Ce que nous catégorisons aujourd’hui comme sauvage et domestique est en fait un continuum.

Jean-Denis Vigne, bioarchéologue

Du point de vue légal, la distinction sauvage / domestique a des répercussions importantes sur les espèces animales. Reconnus comme étant doués de sensibilité, les animaux vertébrés et les céphalopodes bénéficient d’une protection dans le droit français (sanctions contre le mauvais traitement par exemple) qui ne s’étend pas aux autres espèces. Ces dernières peuvent prétendre à une protection selon le degré de menace auquel leur espèce est exposée.

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Pour aller plus loin

L’événement à ne pas manquer : Les Tribunes du Muséum : domestication(s) Découvrez les articles du numéro spécial du magazine "Pour la science", en accès gratuit jusqu'au 25 juin 2023 :

Écoutez la sélection de podcasts de France Culture sur le thème " La compagnie des animaux ".

Article rédigé en juin 2023. Remerciements à Jean-Denis Vigne, bioarchéologue, directeur de recherche émérite au CNRS, chargé de mission au Muséum national d’histoire naturelle, pour ses contributions et sa relecture.

foyers domestication plantes et animaux

Carte représentant les foyers de domestication de diverses plantes et animaux.

© UMR AASPE - CNRS, MNHN, La Découverte, coordination : C. Bouchaud et S. Bréhard, AFDEC

Notes de bas de page