L'histoire du Muséum

Du jardin médicinal dessiné au XVIIe siècle à l’établissement de recherche et d’enseignement d’aujourd’hui, quatre siècles ont façonné l’originalité du Muséum national d’Histoire naturelle, un établissement unique. Notre histoire, modelée par des hommes éclairés et des textes fondateurs, nos collections, parmi les plus riches du monde, nourrissent notre passion de toujours pour la compréhension du vivant, l’étude de la relation Homme-Nature qui écrit dès à présent notre futur.

Du jardin école au pôle de recherche

Dans une Europe prospère convertie aux jardins botaniques, le Jardin royal des plantes médicinales naît en 1636 par la volonté de Louis XIII. Suivent cinq ans de travaux et d’ensemencements nécessaires, avant l’ouverture au public et le succès immédiat. Et pour cause ! Son triptyque d'enseignements — botanique, chimie et anatomie — est gratuit, accessible à tous et, de surcroît, dispensé en français (et non en latin). La Faculté, dominée par le clergé, va s’opposer – sans succès – aux recherches menées par le Jardin, considérées comme hérétiques par l’Église, telle que l’étude de la circulation sanguine.

Statue de Buffon par Jean-Marie Carlus, Jardin des Plantes, Paris

© MNHN - A. Iatzoura

L’art de guérir avec les plantes cède le pas à l'histoire naturelle au tournant du XVIIIe siècle. C’est le début du long règne — 50 ans — du comte de Buffon, nommé surintendant du Jardin en 1739. Sa notoriété internationale et son travail acharné font du lieu l’un des phares scientifiques de l’époque. Cet âge d’or voit aussi l’extension de ce morceau de nature en plein Paris, qui occupe 26 hectares descendant jusqu’à la Seine.

L’idéal de vulgarisation scientifique de la Révolution française incite la Constituante à donner à l'établissement une existence juridique propre : en 1793, un décret fait naître le Muséum national d’Histoire naturelle. La nouvelle institution est dès lors dirigée par un directeur et adopte déjà des préoccupations toujours d’actualité : la recherche, l’instruction du public et la gestion des collections. Les enseignements sont répartis selon douze chaires professorales.

Une révolution chasse l’autre, industrielle cette fois… Au cours de la première moitié du XIXesiècle, le Muséum connaît une période de grande prospérité et bénéficie de protections politiques de poids, comme celles des ministres Chaptal et Thiers. Avec la nomination du chimiste Chevreul à sa tête, en 1836, il se tourne vers les sciences expérimentales. Faisant jeu égal avec sa rivale : l’Université. Cette période prend fin avec la promulgation en 1891 d’un décret signant le retour en force de l'histoire naturelle, en vigueur jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale. En 1907, le Muséum franchit un nouveau pas vers l’autonomie. La loi de finance le dote d’un budget propre.

Anonyme, « Vue du jardin du roi (côté de l'Amphithéâtre) », [1808], lithographie en couleur, 214x278 mm, IC 3527

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Nouvelles terres d’investigation

Les XIXe et XXe siècles, temps forts des explorations scientifiques, voient les collections s’enrichir. Parallèlement à ces nouveaux champs d'activité, le Muséum amorce un déploiement hors de la capitale. Dès 1849, il se voit confier la gestion du Paléosite de Sansan, dans le Gers (ouvert au public en 2018). Pour favoriser ses activités de recherche liées à la mer, il implante en 1928 son laboratoire maritime à Dinard (Ille-et-Vilaine). Son activité botanique ayant le vent en poupe, il devient propriétaire par legs du domaine de Chèvreloup (Yvelines), en 1934. Il hérite aussi de la propriété de l’entomologiste Jean Henri Fabre à Sérignan-du-Comtat, près d'Orange, en 1822. Aujourd’hui, le Muséum regroupe 13 sites en France métropolitaine, dont 3 à Paris.

À la sortie de la guerre, il s’implique dans la prise de conscience des ravages infligés aux milieux naturels par l’expansion de l’espèce humaine, la pollution et la surexploitation des richesses de la Terre. En 1948, le Muséum est partie prenante dans la création de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). Plus tard, il installe dans ses murs un service de conservation de la nature (1962), le secrétariat de la Faune et de la Flore (1979) et une délégation permanente à l'Environnement (1992). La province n’est pas oubliée, avec l’acquisition dans les années 1950-60 de l’abri Pataud en Dordogne, du Parc animalier de la Haute-Touche dans l'Indre, du Jardin botanique de Val Rahmeh à Menton et de la station de biologie marine de Concarneau. Enfin, des organismes comme le Service de conservation de la nature s’installent dans ses murs. 

Aimé Jacques Alexandre Goujaud dit Bonpland (1773 - 1858) et Alexander von Humboldt (1769 - 1859), Schönberger et Turpin (dessinateurs), Bouquet et Beaublé (graveurs), « Géographie des plantes équinoxiales : tableau physique des Andes et pays voisins », Paris, Langlois, 1805, carte imprimée, 61 x 91 cm, CM 5171 – FA

© MNHN

La biodiversité, entre exploration et préservation

Depuis l’époque du Jardin royal, l’observation de la nature constitue la mission principale du Muséum. Sous l’Ancien Régime, elle se fait à travers le prisme de la botanique : on acclimate au Jardin les plantes rapportées des différents voyages. Ces dernières sont ensuite étudiées pour leurs vertus médicinales ou alimentaires. Antoine de Jussieu fait ainsi pousser du Coffea arabica et découvre les bienfaits du café. Quelques années plus tard, en 1721, le caféier est expédié à la Martinique où commence l’exploitation de cette plante aux Antilles. Plus tard, l’expédition d’Alexander von Humbolt, de 1799 à 1804, débouche sur la création d’un herbier de 5 800 espèces, remis au Muséum en 1804. D’autres voyages permettent la rencontre avec des espèces animales exotiques, telles que le dodo, aujourd’hui disparu, découvert en 1771 par Pierre Sonnerat sur la route des Indes orientales. Si bien que l’établissement émet bientôt des recommandations dans L’Instruction pour les voyageurs et pour les employés dans les colonies, publié en 1824, sur l’art et la manière de recueillir, conserver et envoyer des objets d’histoire naturelle.

H. de Blainville, G de Bièvre, Engelmann, « Dodo », planche I, dans Nouvelles annales du Muséum national d’histoire naturelle, vol.4, Paris, 1835, Pr 260

© MNHN

Claude Aubriet, Jasminum Arabicum, Lauri folio, cujus semen apud nos Café dicitur, Acad Reg, 18e siècle, aquarelle sur vélin, 46 x 33 cm. Collection des vélins, portefeuille 41, fol. 28

© MNHN, Dist. RMN/Tony Querrec

Georges Edwards, « The Dodo », dans Gleanings of natural history, Londres, 1758-1764, planche imprimée, 4o Bn 287

© MNHN

Aujourd’hui, alors que climat et biodiversité sont en crise, les chercheurs changent d’échelle pour faire progresser la science. Bien sûr, les missions maritimes se poursuivent, comme La Planète Revisitée installée en Corse jusqu’en 2022 pour un échantillonnage des espèces d’algues et d’invertébrés marins et terrestres de l’île de Beauté. Mais l’exploration spatiale focalise également les énergies ! L’arrivée du robot mobile Perseverance sur Mars, en février 2021, ouvre une vaste campagne multi-missions impliquant le Muséum. L’objectif : déterminer si la planète rouge a abrité la vie.

Le Muséum est l’un des lieux de naissance de la chimie. Dès sa création en 1635 sur ordre de Louis XIII, le Jardin royal présente...

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Notes de bas de page