Qu'est-ce qu'un amphibien ?

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Publié le 3 mai 2024

Les amphibiens sont des animaux vertébrés ayant généralement un cycle de vie en deux phases : la première se passant dans l’eau, la seconde sur terre. Les amphibiens ont une peau nue avec deux sortes de glandes : celles maintenant leur peau humide et celles fabriquant des toxines. Grenouilles, crapauds, salamandres, axolotl… la plupart de ces animaux sont des tétrapodes, signifiant qu’ils possèdent quatre pattes. 

Quelles sont les particularités des amphibiens ?

Parmi les vertébrés, les amphibiens ont un statut particulier. Ils font partie des Gnathostomes (comme certains poissons, requins ou crocodiles) et sont très diversifiés : on connait près de 9 000 espèces d’amphibiens. Ce qui les distingue en particulier, c’est le changement d’habitat et de mode de vie qu’opèrent certains amphibiens au cours de leur existence. 

Une vie en deux phases, aquatique et terrestre 

En effet, bon nombre d’amphibiens naissent dans l’eau, et leur état larvaire est connu de tous comme d’un "stade têtard". Durant leur jeunesse aquatique, les amphibiens respirent par le biais de branchies et ils se nourrissent principalement de végétation et de charognes. S’en suit une métamorphose, où les têtards se voient pousser quatre pattes, développent des poumons et un appareil digestif adaptée à une vie terrestre carnivore. Les adultes de beaucoup d’espèces passeront ainsi la majorité de leur vie hors de l’eau, n’y retournant que pour la ponte des œufs.

Pyllobate bicolore

Pyllobate bicolore (Pyllobates bicolor)

© MNHN - F.-G. Grandin
La salamandre tachetée

La salamandre tachetée

© Image Tour de France de la biodiversité 2014

Une peau remarquable

Avec un rôle différent que celui que l’on trouve chez les mammifères, la peau des batraciens est centrale à leur mode de vie. Fine, elle contient un grand nombre de glandes de tailles différentes. Parmi elles, on compte les glandes permettant à leur peau de rester humide – même hors de l’eau – et des glandes produisant des toxines. Ces toxines, sans danger pour l'être humain, offrent une défense contre certains petits prédateurs et protègent des infections bactériennes. La peau des amphibiens connait un renouvellement cyclique : la mue. Celle-ci intervient plusieurs fois à mesure que les animaux grandissent au cours de leur vie. Les couleurs de leur peau contribuent au camouflage et peuvent même être ajustées par les animaux pour optimiser l’absorption de chaleur, un élément clé chez les animaux à sang froid. Les couleurs vives de certaines espèces font également office d’avertissement de la toxicité pour décourager d’éventuels prédateurs. C’est aussi en partie grâce à sa peau très vascularisée que l’animal respire sous l’eau : c’est la respiration cutanée. Cette capacité complète ainsi deux autres voies respiratoires : l'association de la bouche et du pharynx ainsi que via les branchies et poumons.

Un groupe diversifié

Dermophis mexicanus

Dermophis mexicanus

© mgkuijpers - stock.adobe.com

Parmi les amphibiens, on trouve 3 familles :

Les Gymnophiones 

Aussi connus sous le nom de "cécilies", les Gymnophiones sont des amphibiens sans pattes aux mœurs de fouisseurs. Présents sous les tropiques, ils sont fort méconnus et seules quelques centaines d’espèces ont à ce jour été inventoriées par des scientifiques. La plus connue est peut-être Siphonops annulatus, qui a fait l’objet d’une étude démontrant que les femelles nourrissaient leurs petits en sécrétant une substance laiteuse.

Oophaga sylvatica

Oophaga sylvatica

© MNHN - F.-G. Grandin

Les Anoures 

Dépourvus de queue une fois adulte, les Anoures représentent le groupe d’animaux le plus nombreux parmi les amphibiens (environ 90 %). Ils sont composés des grenouilles, crapauds et rainettes, pour un total de presque 8 000 espèces. On trouve ces animaux partout dans le monde, certains atteignant même le cercle polaire, comme le crapaud commun (Bufo bufo), ou survivant dans les oasis du Sahara, comme le crapaud vert africain (Bufotes boulengeri). On entend les Anoures particulièrement l’été car les mâles "chantent" durant cette période pour attirer les femelles prêtes à se reproduire. Les Anoures ont une fécondation externe.

Triton alpestre

Triton alpestre (Ichtyosaura alpestris reiseri)

© MNHN - F.-G. Grandin

Les Urodèles

Les Urodèles réunissent les tritons et les salamandres. Ils sont tétrapodes (ils ont quatre pattes) et gardent leur queue même à l’âge adulte. Les salamandres, comme la salamandre tachetée (Salamandra salamandra) sont principalement terrestres – même pour la reproduction – tandis que les tritons optent pour une vie aquatique au printemps, période pendant laquelle leur queue s’aplatit pour devenir une nageoire. La grande majorité des Urodèles mesure entre 8 et 20 cm, avec quelques rares exceptions (la Salamandre géante peut dépasser 1,50 m). 

De très anciens vertébrés

Les amphibiens sont de très anciens vertébrés, dérivés de premiers tétrapodes apparus il y a plus de 360 millions d’années, au Dévonien. Les formes d’amphibiens que nous connaissons actuellement dateraient du Mésozoïque. 

Changement de nom

On connait souvent le groupe des "amphibiens" sous le nom de "batraciens". Ce groupe tire son nom du grec ancien βάτραχος "batrachos" : grenouille. Ce terme a été abandonné car il ne comprenait pas l’ordre des Gymnophiones, qui font bien partie des amphibiens, et n’était donc pas correct du point de vue de la classification des espèces.

Une reproduction aquatique pour des adultes terrestres

Crapaud accoucheur

Alyte accoucheur (Alytes muletensis)

© MNHN - F.-G. Grandin

Pour beaucoup d’amphibiens, l’accouplement et la ponte des œufs a lieu dans l’eau. La taille et le nombre d‘œufs diffèrent grandement selon le groupe auquel appartient l’animal : de plusieurs milliers chez les plus gros crapauds jusqu’à seulement quelques-uns pour les tritons.  

Il y a de nombreuses exceptions cependant. Chez plusieurs salamandres, la femelle garde les œufs dans son ventre : elle pond des larves déjà formées, voir mêmes des larves déjà métamorphosées, comme chez la salamandre noire. Chez l’Alyte accoucheur, la femelle pond ses œufs sur les pattes du mâle, qui les garde ainsi précieusement jusqu’à ce qu’ils soient près à éclore.

Après l’éclosion des œufs

Une fois les œufs éclos, les têtards se développent dans l’eau. Herbivores, ils respirent grâce à des branchies, internes chez les Anoures et externes chez les Urodèles. Après la métamorphose, les petits deviennent des adultes carnivores, aquatiques ou terrestres. Parmi les amphibiens, on trouve cependant des cas particuliers : c’est le cas de l’Axolotl, qui reste à l’état larvaire toute sa vie et se reproduit comme tel !

Photo d'un axolotl dans son bassin

Axolotl (Ambystoma mexicanum)

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Têtard en milieu de métamorphose

Têtard en milieu de métamorphose 

© MNHN - G. Benisti

L’eau stagnante comme milieu de vie 

La grande majorité des amphibiens vivent dans des eaux stagnantes ou proche de celles-ci, qu’il s’agisse de mares, étangs, rivières à courants très lents… Ces lieux d’eau douce souvent riches en plantes leurs permettent d’y trouver refuge et de se reproduire, tandis que les alentours sont propices pour chasser et hiberner en s’enfouissant dans la litière du sol. Il arrive aussi que les amphibiens hibernent directement au fond de la mare, dans la vase. Ils estivent également lorsqu’il fait trop chaud et sec. 

Le plus petit tétrapode du monde

C’est chez les amphibiens que l’on trouve les plus petits animaux à quatre pattes du monde ! En Amérique du Sud vivent deux Anoures mesurant entre 7 et 9 mm : Brachycephalus didactylus et Eleutherodactylus iberia. Elles sont toutes deux endémiques de leurs régions. 

Des animaux à sang froid ?

Les amphibiens sont des animaux poïkilothermes, ce qui signifie que la température de leur corps ne reste pas stable mais varie selon leur milieu. Ainsi, les amphibiens sont inactifs en hiver et de manière générale quand il fait trop froid (ils se mettent en dormance). Pour se réchauffer, ils s’exposent au soleil. On parle alors de "thermo-régulation". L’énergie ainsi accumulée leur permet d’être actif pendant le reste de la journée et notamment en soirée, période pendant laquelle ils chassent et se reproduisent. 

Dendrobate jaune et noir (Dendrobates leucomelas)

Dendrobate jaune et noir (Dendrobates leucomelas)

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Grenouille de verre (Sachatamia ilex)

Grenouille de verre (Sachatamia ilex)

© Lennart - stock.adobe.com
Grenouille Mantella aurantiaca de couleur orange vive, assise sur une feuille.

Les prédictions indiquent que la grenouille Mantella aurantiaca de Madagascar devrait probablement connaître un déclin dramatique d’ici à 2070.

CC BY-NC-SA F. Vassen / Wikimedia commons / CC-BY-SA-3.0 / GFDL
Crapaud mâle de l’espèce Sclerophrys mauritanica

Crapaud mâle de l’espèce Sclerophrys mauritanica en train de chanter

© MNHN - A. Ohler

Cet article a été rédigé par Victoria Briand, rédactrice au Muséum national d'Histoire naturelle.

Relecture et contribution

Christophe Dufresnes

Christophe Dufresnes

Maître de conférences et chargé de collection (amphibiens) au Muséum national d'Histoire naturelle (Institut de Systématique, Évolution, Biodiversité - UMR 7205)