À quoi sert la biodiversité ?
S’interroger sur l’utilité de la biodiversité, voilà bien une question d’humain ! La biodiversité n’est pas une notion utilitaire dont il faudrait justifier l’existence. Ce terme désigne l’ensemble du vivant sur Terre, des bactéries aux grands mammifères, en passant par les plantes. Et les humains. Au-delà de leur droit à exister, la bonne santé de tous ces organismes détermine le bon fonctionnement de notre planète et la disponibilité des ressources essentielles à tous les êtres. Questionner la finalité de la biodiversité implique donc d’interroger notre relation avec la nature et les effets de nos actions sur cet environnement qui nous permet de respirer, de nous nourrir, régule le climat, contribue à notre bien-être matériel et immatériel.
La biodiversité est essentielle à l’équilibre global
Les organismes vivants et les écosystèmes qu’ils composent évoluent ensemble de façon à maintenir les conditions favorables à leur survie et leur développement. Ces bénéfices communs sont parfois qualifiés de « services » dits « écosystémiques ». Une dénomination critiquée, car centrée sur l’humain. Or, quelle que soit la valeur attribuée à la nature, la biodiversité a d’abord, et surtout, le droit d’exister par elle-même, en dehors des humains. Il demeure cependant capital de comprendre nos dépendances aux écosystèmes ainsi que l’impact de nos activités — dites anthropiques — sur la nature. Car en modifiant l’organisation du vivant, l’action humaine met en péril les contributions de la biodiversité à l’équilibre global et à la qualité de vie de nos sociétés.
La Biodiversité revêt une valeur intrinsèque indépendante de toute intervention humaine.
Philippe Grandcolas, biologiste de l’évolution, écologue spécialiste de systématique et directeur de recherche CNRS - Muséum national d’Histoire naturelle.
Qu'est-ce que la biodiversité ?
Régulation écologique
La qualité de l’air, celle de l’eau, la stabilité du climat conditionnent la vie actuelle sur la planète. Ils dépendent en grande partie de la richesse et de l’état de la biodiversité. Les forêts, les tourbières et l’océan captent le CO2 de l’atmosphère et contribuent ainsi à réguler le climat. Arbres et phytoplanctons produisent l’oxygène indispensable à la vie. La bonne santé des sols et de la végétation est nécessaire au cycle de l’eau, augmente la résistance des milieux aux tempêtes, aux incendies, aux inondations, etc. De nombreux micro-organismes aident à garantir la qualité des eaux, de l’air, des sols par des actions de décontamination notamment. La prédation inter-espèces régule les populations, limite les parasites et les pathogènes, tandis que les insectes pollinisateurs assurent la reproduction de 80 % des plantes à fleurs.
Approvisionnement matériel
Une riche biodiversité garantit des ressources abondantes et variées. 35 % de nos consommations agricoles dépendent des insectes pollinisateurs ; les plantes, algues et champignons sauvages nourrissent 1 personne sur 5 dans le monde et 40 % de nos médicaments sont fabriqués à base de végétaux ou de micro-organismes. Les fibres végétales, roches, métaux, pétrole fournissent quant à eux les matières premières de nombreux objets, matériaux de construction, etc. Ils sont aussi transformés en énergie ou contribuent à la produire.
Valeurs culturelles et relationnelles
Le contact avec les autres composants de la biodiversité, leur étude, leur contemplation, sont sources de bien-être psychologique, rassemble autour d’activités récréatives (randonnée, cueillette…), éducatives (observation, études) ou spirituelles. La biodiversité dans son ensemble crée ainsi du lien via des pratiques ou des valeurs partagées. Mais pour appréhender l’ensemble des éléments nous rattachant à la nature, encore faut-il la connaître dans sa complexité et son intégralité. Or, tous les peuples ne vivent pas de la même façon la relation à une biodiversité que nous méconnaissons le plus souvent : on estime que si 2 millions d’espèces ont été décrites à ce jour, entre 6 et 18 millions restent à découvrir.
Bioinspiration et solutions d’avenir
L’observation des geckos a donné naissance à des tissus adhésifs, l’analyse de micro-organismes hôtes des éponges ouvre de nouvelles pistes pharmaceutiques… La bioinspiration fait ainsi émerger des technologies et des techniques innovantes.
La nature porte également en elle des solutions pour atténuer les impacts négatifs des activités anthropiques et nous aider à jouir de ses bénéfices sans la détruire. Replanter des haies assure par exemple le retour rapide d’une petite faune commune et de microorganismes variés contribuant à sa bonne croissance, lui permettant de réguler la chaleur, d’augmenter la fertilité des sols, de protéger de l’érosion et des inondations…
En systématisant les solutions fondées sur la nature, nous pouvons utiliser la puissance du vivant pour notre bénéfice et celui du reste de la biodiversité.
Philippe Grandcolas
Face aux changements globaux, nos sociétés doivent rester conscientes de cette interdépendance et de l’importance de s’appuyer sur les différentes visions du monde pour préserver les fonctions vitales de la planète, garantes de sa biodiversité.
Relecture scientifique
Philippe Grandcolas
Directeur de recherche au CNRS et au Muséum national d'Histoire naturelle (Institut de Systématique, Évolution, Biodiversité - UMR 7205)
Aller plus loin
« Tout comprendre (ou presque) sur la biodiversité », Philippe Grandcolas, Claire Marc, CNRS Editions, 2024.
« La biodiversité – Urgence Planète », Philippe Grandcolas, Editions Tallandier, 2025.
« La nature dans toutes ses valeurs », Manifeste du Muséum. Collectif coordonné par Jane Lecomte, écologue, directrice du département scientifique « Homme et environnement » du MNHN et Frédérique Chlous, anthropologue, directrice générale déléguée à la Recherche, enseignement, valorisation et expertise au MNHN. Edition MNHN.

Manifeste du Muséum. La nature à ses justes valeurs
Manifeste du Muséum. La nature à ses justes valeurs
Partout dans le monde, l’effondrement de la biodiversité et la dégradation des écosystèmes nous confrontent à des défis majeurs. Pourtant, si les alertes scientifiques se multiplient, les réponses apportées restent souvent timides. Pourquoi cette inertie ? Ces situations paradoxales révèlent que la « crise écologique » touche aussi à nos manières d’être en relation avec la nature, c’est-à-dire aux valeurs que nous mobilisons pour la défendre ou la transformer.
- Collectif, coordonné par Frédérique Chlous (MNHN) et Jane Lecomte (MNHN)
- Édition bilingue anglais/français
- Broché à rabats
- 11 × 18,5 cm
- 88 pages
- 9,50 €
- Parution le 21 novembre 2025
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