Qu’est-ce qu’une tourbière ?

Une tourbière est une zone humide colonisée par la végétation dans un milieu saturé en eau. On y trouve la tourbe, une matière végétale fossile pauvre en oxygène où la décomposition des matières organiques est ralentie. En altitude, les végétaux à l'origine de la tourbe sont essentiellement les sphaignes.

Comment se forment les tourbières ?

La "turbigenèse" correspond au processus de formation de la tourbe, une "roche organique" qui provient de la dégradation incomplète de débris végétaux dans un système gorgé d’eau, pouvant aller jusqu’à 20 mètres de profondeur !

En France, on trouve essentiellement des lacs-tourbières dans des zones montagneuses et de grands marais tourbeux. Ces zones auraient pour origine le retrait des glaciers après la dernière glaciation ou le développement des dépressions dans les grandes plaines.

Faune et flore des tourbières

Sphaigne

Sphaigne (Sphagnum auriculatum)

CC BY-NC-SA 4.0 DEED H. Tinguy

Par ces conditions spécifiques, la tourbière accueille des espèces qui n’existent que dans cet habitat.

Comme dans de nombreuses zones humides, les végétaux qui peuplent les tourbières sont hygrophiles, avec une prédominance de mousses, de sphaignes1, de joncs et de carex2. C’est grâce à la présence des sphaignes que ce milieu aquatique devient de plus en plus acide ! On trouve dans ces environnements de nombreux arbres tels les saules, les bouleaux, les pins et de nombreux buissons.

  • 1Mousse de la famille des Sphagnaceae.
  • 2Aussi appelées laîches, ces plantes font partie de la famille des Cypéracées.
Protée

Papillon azuré des mouillères ou Protée (Phengaris alcon)

CC BY-NC-SA 4.0 DEED E. Sansault - ANEPE Caudalis

Les tourbières représentent aussi un habitat favorable pour les amphibiens (comme la grenouille rousse) ainsi que pour de nombreuses espèces d'insectes notamment les libellules (comme l’agrion de mercure et le papillon azuré des mouillères). Elles servent également aux oiseaux : le pipit farlouse par exemple, un petit passereau, installe régulièrement son nid au sol des tourbières, sur des buttes de sphaignes. Ces zones accueillent aussi nombre de micro-organismes et algues unicellulaires. Ce type d’habitat est protégé par le réseau Natura 2000 ou par la convention de Ramsar3 de 1971.

  • 3Convention sur les zones humide, traité intergouvernemental servant de cadre à l'action nationale et à la coopération internationale pour la conservation et l'utilisation rationnelle des zones humides et de leurs ressources.

Les tourbières menacées

Suite à la surexploitation de ces ressources naturelles, notamment par le drainage, ces milieux deviennent menacés. Comme toutes les zones humides, les tourbières sont des habitats pour la biodiversité qu’il faut sauvegarder.

La communauté scientifique ne s’est pas encore arrêtée sur une classification définitive des tourbières. On peut tout de même noter que certains critères permettent de les distinguer, dont leur pH :

  • Les tourbières acides ont souvent des sphaignes, un genre de mousse spécifique qui aime les terrains inondés et les variations de pH (les tourbières acides ont un pH inférieur à 4). Elles forment un matériau poreux et riche en fibres.
  • Les tourbières alcalines ont, quant à elles, un pH supérieur à 6. On y trouve généralement des laîches comme plantes car celles-ci supportent les sols sans oxygène où l’eau est stagnante. Les matériaux qui y seront formés sont compacts et peu fibreux.

Certaines des tourbières sont alimentées en eau par ruissellement, d’autres parce qu’elles se trouvent dans une cuvette, en zones lacustres ou bien car elles sont alimentées par un fleuve ou une nappe d’eau souterraine. Dans tous les cas, on y trouve de l’eau stagnante.

lac-tourbière

Lac-tourbière semi-artificiel qui occupe le cirque glaciaire de Lispach dans la vallée du Chajoux.

CC BY-SA 3.0 Vosagus

Il existe plusieurs types de tourbières :

  • Les lacs-tourbières : essentiellement dans les zones montagneuses, ce sont ces zones que l’on retrouve le plus en France.
  • Les tourbières de pente ou de source : formées suite au ruissellement lent et continu de l’eau le long d’une pente, ces tourbières sont assez peu profondes.
  • Les grands marais tourbeux de plaine : développés dans des vallées fluviales ou des plaines, ce sont des tourbières qui étaient très utilisées par des populations locales dans l’agriculture et pour se chauffer.
  • Les tourbières bombées ou haut-marais : souvent très épaisses, ces tourbières sont alimentées par une pluie régulière. Elles furent également très utilisées par les humains.
  • Les landes tourbeuses : ce sont souvent des dégradations de tourbières bombées, et il est fréquent d’y trouver une brume stagnante.
  • Les tourbières tropicales : encore peu connues, ces tourbières sont souvent dégradées.

Les tourbières conservent

Dans les tourbières, les sphaignes s’empilent en couches et se décomposent très lentement. En l’absence d’oxygène et avec le froid, les bactéries ne peuvent pas s’y développer et les insectes ne peuvent pas attaquer ce qui s’y trouve. Cela est dû notamment à l’omniprésence d’eau et permet de bien conserver les matières organiques qui s’y trouvent, car il n’y a pas de décomposition ! L’eau contenue dans la matière organique, quant à elle, s’évapore progressivement et l’acidité gagne les tissus. Ce processus "tanne" la peau et lui donne une couleur brune.

Les momies des tourbières

Les momies des tourbières sont des cadavres retrouvés dans les marécages essentiellement dans l’Europe du Nord. Au Danemark, on compte plus de 500 hommes des tourbières dont la date de décès est comprise entre l’an – 800 et l’an – 200, mais la plus vieille date du Mésolithique ! Ces momies se démarquent des autres car les corps sont parfaitement bien conservés. Les cheveux, la peau, les vêtements, les organes internes, les habits sont intacts grâce au fait que le processus de décomposition est ralenti. En effet, avec le peu d’oxygène et l’acidité du milieu, les mousses superposées protègent la matière organique de la putréfaction. La découverte de ces momies se fait par à-coups, notamment parce qu’on creuse la tourbe pour s’en servir de combustible lors des pénuries énergétiques, ce qui fut le cas durant la Seconde Guerre mondiale.

Homme de Tollund

Visage de l'Homme de Tollund

C0 S. Rosborn

La plus célèbre des momies

L’Homme de Tollund, découvert en 1950 au Danemark par Grethe, Viggo et Emil Hojgaard, est la momie des tourbières la plus connue. Et pour cause, son état de conservation est remarquable ! On note même sur son visage une barbe de trois jours. Comme plusieurs humains retrouvés dans les tourbières, on suppose que l’individu aurait été exécuté puis jeté dans la zone lacustre, dans laquelle il aurait fossilisé.

La tourbe à table

Pouvant donner un goût à certains aliments, la tourbe est utile au jardin, mais aussi dans la cuisine. En effet, les jardiniers qui souhaitent faire pousser les plantes de leur potager l’apprécient particulièrement, notamment par sa richesse en minéraux. Elle donne un goût particulier aux fruits et légumes qui poussent grâce à ce terreau particulier.

Les amateurs de spiritueux la connaissent aussi très bien grâce au whisky tourbé ! Cette matière organique est utilisée durant le séchage de l’orge comme combustible. Alors qu’elle brûle, les arômes de la tourbe se dégagent et donnent cette saveur fumée au malt encore humide, que l’alcool distillé conservera.

Enfin, c’est dans la coutellerie que sert aussi la tourbe : des couteaux sont façonnés à partir de troncs fossilisés en Brière. Ce matériau noble est mis en avant par un façonnage artisanal.

Dossier rédigé en mai 2023. Remerciements à Honorine Baldenweck-Ruffenach, chargée de mission "Observation et évaluation des milieux humides" au Muséum national d’Histoire naturelle, pour sa relecture et sa contribution.

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© MNHN – Gedeon Programmes, 2023
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