Voyager responsable

Le temps des vacances, vous aimez partir, découvrir de nouveaux horizons ? En France comme à l’étranger, quelques précautions sont de mises pour préserver les sites naturels, ainsi que la faune et la flore locales. Suivez le guide…

Voyage à vélo sur les bords du canal des 2 mers reliant Toulouse à Castets et Castillon

© pass-° °-imagination on Unsplash

Devenir éco-touriste

Selon les prévisions de l’Organisation Mondiale du Tourisme, le nombre de voyageurs a dépassé le milliard depuis 2014 et ne cessera d’augmenter. Raison de plus pour tous les acteurs concernés de promouvoir un développement durable de cette activité, respectueuse des ressources culturelles et naturelles des territoires. Et pour chaque citoyen d’adopter un comportement responsable ayant un impact positif sur les populations locales, doublé d’une empreinte carbone minimale. Nul besoin de s’évader très loin pour être dépaysé ! Chaque fois que possible, privilégiez le tourisme vert, empruntez le train plutôt que des modes de déplacement polluants tels que la voiture, l’avion ou un ferry. Marchez, pédalez, hissez les voiles comme vous voulez !

Activités choisies

Jet ski, bateau hors-bord, ski nautique… génèrent pollution et bruit. Jogging, beach-volley, surf, kite-surf, planche à voile, paddle, voile ou encore pêche procurent d’aussi belles sensations pour un impact bien moindre et davantage de dépense physique. Évitez le golf dans un pays aride : l’arrosage d’un tel terrain équivaut à la consommation d'eau de milliers de locaux. Amateurs de pêche, respectez les tailles de capture minimales, les quantités et le matériel autorisés.

Photo |

Le paddle, une activité nautique respectueuse de l’environnement

© Tower Paddle Boards on Unsplash

Éviter les achats à risque

Avec la destruction des milieux naturels, la surexploitation des espèces sauvages participe largement à l’érosion de la biodiversité, mais vous avez votre rôle à jouer ! Dans l’Union européenne, et au-delà de ses frontières, commencez par vous poser les bonnes questions sur celle de votre destination afin de contribuer à sa préservation. Pour être sûr de ne pas commettre d’impairs, consultez la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES). Évitez d’acheter un animal ou une plante, bien évidemment, mais soyez aussi vigilant concernant les produits dérivés. Ils peuvent être confectionnés à partir d’un matériau naturel dont l’exploitation est interdite et vous serez bien en peine d’identifier vous-même carapace de tortue, peau de serpent, os de cachalot, dent de lion ou encore ivoire, une fois transformés en portefeuille, instrument de musique, pendentif ou autre création. Au moindre doute, abstenez-vous d’acquérir quoi que ce soit et, dans tous les cas, de le faire sur un marché ou auprès d’un marchand de rue qui ne sont pas contrôlés.

Qu’est-ce que la CITES ?

Depuis le 1er juillet 1975, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et flore sauvages menacées d’extinction, dite Convention de Washington et connue sous son acronyme anglais CITES, réglemente le passage en frontières de quelque 35 000 espèces animales et végétales. Elle a été signée par 169 États et fait l'objet d'un règlement particulier concernant son application au sein de l’Union européenne.

Ne rien prélever dans la nature

Cueillir une fleur, ramasser un coquillage, capturer un animal, prélever du corail… comportent également des risques. Là encore, vous pouvez vous retrouver en situation d’illégalité, en plus de fragiliser la biodiversité locale, mais aussi celle de votre pays d’origine. Si des anecdotes concernant des serpents ou félins échappés d’appartements ont pu défrayer la chronique, des animaux moins impressionnants au capital sympathique – singes, perroquets, caméléons, tortues… ne sont pas à l’abri des convoitises et leur importation présente également des dangers. Pour leur propre vie, bien sûr, car rien ne garantit qu’ils puissent survivre en dehors de leur environnement, mais aussi pour votre région, car ils pourront à terme devenir des espèces invasives. Les meilleurs souvenirs seront vos photos, à partager sans modération avec vos proches !

Randonnée pédestre dans le Massif Central, Cantal, France

CC BY-SA 3.0 Pline

Préserver les sites naturels

Vous avez envie d’explorer ? Ne vous en privez surtout pas, mais observez bien la réglementation des espaces naturels et laissez la nature dans l’état où vous la trouvez. Ramasser du sable ou déplacer des pierres n’est pas une bonne idée. Les dunes et l’estran sont fragiles, la montagne aussi ! Des pistes formées par des passages répétées en dehors des sentiers balisés ou des chemins autorisés concourent à leur érosion, à la formation de ravines sous l’effet de la pluie, tout comme le prélèvement des plantes dont les racines arrachées ne retiennent plus le sol. Si vous pêchez à pied, replacez les cailloux soulevés exactement à la même place et dans le même sens. Préférez les espaces aménagés au camping sauvage si vous bivouaquez, un réchaud à gaz pour cuisiner plutôt qu’un feu, et si vous devez en faire un, utilisez du bois mort trouvé à terre comme combustible en veillant à le ramasser à plusieurs endroits, car il a son utilité dans la nature. Surtout, contrôlez qu’il est bien éteint avant de partir pour ne pas provoquer d’incendie.

Quelle protection solaire ?

S’il est essentiel de se prémunir des UV, encore faut-il choisir la bonne protection. Chaque année, des tonnes de produits solaires sont déversés dans la mer. Or ils contiennent pour la plupart des substances chimiques loin d’être neutres pour votre santé et l’environnement. Privilégiez ceux qui bénéficient d’un label ou d’une certification, le bio dans la mesure du possible, les laits qui ne se dissolvent pas dans l’eau. Près des côtes, l'huile et la crème forment un écran à la surface qui ralentit la photosynthèse des végétaux sous-marins.

Photo |

Nocive pour les coraux, la crème solaire contribue à la dégradation des fonds marins. Préférez une crème ayant un écolabel pour protéger les océans.

© Beate de Pixabay

Fairmont Chateau Lake Louise, Lake Louise, Canada

© S. Hauser on Unsplash

Observer sans toucher

S’agissant des animaux, plusieurs règles s’imposent : ne pas les toucher, ne pas les nourrir et ne pas les consommer, du moins s’il s’agit d’espèces menacées ou à risque pour votre santé. Soyez le plus transparent possible afin de ne pas les perturber. Certains gestes apparemment innocents ne sont pas sans conséquences. Une simple caresse peut modifier l’odeur qui permet à une femelle de reconnaître son petit avec, à la clef, son rejet potentiel. Taquiner un poisson jusque dans sa cachette génère un tel stress qu’il peut abandonner sa progéniture à la merci des prédateurs. Quelques bouchées de pain offertes à une marmotte pourront provoquer des troubles digestifs qui l'empêcheront de faire ses réserves pour l'hiver. Nourrir des espèces sauvages modifie leur comportement naturel, peut favoriser les plus envahissantes, comme les rats ou les goélands, et les rendre agressives. Pour observer les animaux sans qu'ils ne se sentent menacés, rien de tel qu’une paire de jumelles ou un appareil photo. Conservez toujours une distance suffisante, montrez-vous discret et ne les traquez pas quand ils se cachent !

Corail en danger

Prélever ou abîmer un morceau de corail réduit à néant ce que la nature met des années à construire : une simple branche de 10 cm met un an à se former, alors imaginez le temps nécessaire à la constitution d’un récif ! Les coraux sont fortement menacés par l’acidification des océans, conséquence du réchauffement climatique et des pollutions humaines. Veillez à ne pas les endommager en jetant l’ancre d’un bateau. Et avis aux plongeurs qui veilleront à maîtriser leur flottabilité, à nager doucement et à privilégier de courtes palmes.

Photo |

Récif corallien en Mer rouge

© F. Ungaro on Unsplash

Bouteille en plastique échouée sur une plage aux Maldives

© I. @seefromthesky on Unsplash

Pratiquer le zéro déchet

Même des endroits très reculés portent aujourd’hui l’empreinte de l’homme. Alors, comment s’y prendre pour ne laisser aucune trace sur votre passage ? Emportez le moins d’emballages ou de produits jetables possibles et, une fois sur place, ne les abandonnez ou ne les enfouissez pas. Dans le sable ou la neige, ils finissent par remonter à la surface, portés par une vague ou délivrés de la glace sous le soleil. Il faut savoir qu'à haute altitude, ou sur un glacier, rien ne se dégrade ! Côté maritime, les mégots et autres déchets jetés à la mer peuvent être ingérés par les animaux. Un simple sac plastique peut être fatal à une tortue si elle le confond avec une méduse ! Aucun détritus laissé sur le bord d'un chemin ne disparaît par magie. En l’absence de décharge, d'incinérateur ou de système de recyclage, ils peuvent finir en plein air, voire à la sortie du village, ou même devant les maisons. Il faut trois mois à un simple mouchoir en papier pour se décomposer, un à deux ans à un mégot, cinq pour un chewing-gum, quatre-vingt à cent ans pour une canette en aluminium et mille pour les bouteilles en plastique ! Attention aussi aux protections hygiéniques modernes. Avec leurs fibres synthétiques et gels de rétention, elles ne se prêtent pas du tout au compostage. Les déjections humaines ne sont pas sans impact non plus. Elles peuvent contaminer un cours d’eau, propageant alors des parasites ou des maladies comme l'hépatite ou la typhoïde.

L'eau, une ressource précieuse

© K. Joie on Unsplash

Économiser les ressources

Avez-vous les bons réflexes ? Renseignez-vous sur les établissements hôteliers avant de réserver votre lieu de séjour. Ceux qui mettent en place des mesures favorables à l’environnement pourront être privilégiés. Dans certains pays, l’eau est rare et l'électricité un luxe. Éteindre les lumières, éviter de laisser les appareils en veille, ne pas laisser le robinet ouvert inutilement sont autant de gestes importants, chez vous comme ailleurs. Parfois, les eaux usagées ne sont pas traitées. Résultat, les résidus chimiques des produits se retrouvent dans les rivières ou la mer, avec le risque de polluer des sources mais aussi votre propre lieu de baignade. Pour identifier des produits respectueux de la nature, consultez les sites spécialisés. Préférez toujours savons, shampoings et détergents biodégradables (sans phosphates) et si vous devez laver votre linge dans une rivière, faites-le toujours en aval des habitations et loin des points d'eau potable. Vous pouvez aussi investir dans des lampes et chargeurs solaires plutôt que dans des piles. Enfin, munissez-vous d’une gourde pour éviter de jeter une à trois bouteilles en plastique par jour !

Dossier rédigé en juillet 2022. Remerciements à Arnaud Horellou, responsable pour l'autorité scientifique CITES France au Muséum (UAR PatriNat, centre d’expertise et de données sur le patrimoine naturel), pour sa relecture et sa contribution.

    Aller plus loin
    Quoi de neuf au muséum ?
    Retrouvez nos actualités et nos dossiers thématiques pour mieux comprendre l'Homme et la nature.