Qu’est-ce qu’une espèce spécialiste ?

Une espèce est appelée "spécialiste" lorsqu’elle utilise un seul type de ressources ou d’habitat, ce qui la rend très dépendante de ce dernier. Elle est donc très sensible aux perturbations de sa ressource ou de son habitat.

Espèces spécialistes et généralistes

Espèces spécialistes

La majorité des effectifs d’une population doivent être concentrés dans un seul habitat pour qu’une espèce soit considérée comme spécialiste. Les espèces spécialistes ont des besoins très spécifiques pour survivre, au contraire des généralistes qui supportent une plus grande variété de conditions environnementales.

Ainsi, dès qu’il existe une perturbation environnementale et que l’une des conditions de survie de cette espèce disparaît, elle est fortement en danger car elle dépend de cet environnement précis. Par exemple, le koala ne mange que de l’eucalyptus. Cela le rend inapte à exister dans un environnement sans eucalyptus. La dépendance des espèces spécialisées à leur environnement les rend très vulnérables aux perturbations.

Espèces généralistes

À l’inverse, les espèces généralistes peuvent survivre dans une plus grande variété d’habitats, et utilisent une plus grande diversité de ressources. Elles sont donc bien plus tolérantes aux changements – elles prospèrent dans de nombreuses conditions. Aujourd’hui, les espèces généralistes sont souvent en hausse, tandis que les spécialistes sont souvent en déclin. Comme il y a beaucoup moins d’espèces généralistes que d’espèces spécialistes, cela provoque un véritable appauvrissement de la faune et de la flore et une uniformisation, puisque l’on va retrouver les mêmes espèces (généralistes) dans tous les milieux. Cette tendance se remarque à une échelle européenne.

Des espèces généralistes comme le pigeon ramier, le pic vert ou le merle noir vivent dans de nombreux habitats, et on les rencontre aussi bien au cœur des villes que dans le bocage, dans les forêts de montagne ou les plaines céréalières. Au contraire, les espèces spécialistes comme l’alouette des champs, le pic épeiche ou le gros-bec casse-noyaux auront besoin d’habitats très spécifiques (milieux agricoles pour la première, milieux boisés pour les deux autres).

Photo en gros plan d'un pigeon ramier sur une branche

Pigeon ramier

© B. Deceuninck
Merle noir © D. Collin

Merle noir

© MNHN - D. Collin
Pic épeiche

Pics-épeiches sur un arbre

© Manuel - stock.adobe.com
Alouette des champs

Alouette des champs

© Markmedcalf - stock.adobe.com

Ce que les espèces spécialistes révèlent de l’environnement

On constate une baisse du nombre d’individus des espèces spécialistes, car leurs habitats sont perturbés. Plusieurs facteurs entrent en jeu lorsqu’on considère la perte de qualité de leurs environnements.

Par exemple :

  • la baisse de ressources alimentaires,
  • la disparition des espaces propices à la reproduction,
  • le changement des conditions climatiques.

Ces espèces sont de véritables indicateurs de l’état de la biodiversité : elles indiquent que l’espace dans lequel elles vivent se dégrade.

À titre d’exemple, on sait grâce aux suivis participatifs du Muséum national d’Histoire naturelle et de l’OFB que les oiseaux communs spécialistes de métropole ont décliné de 24 % entre 1989 et 2021. La situation actuelle est très préoccupante, notamment pour les oiseaux spécialistes des milieux agricoles qui ont perdu 38 % de leurs effectifs. Cela révèle une importante dégradation des milieux agricoles en métropole.

Article rédigé en janvier 2024. Remerciements à Benoît Fontaine, ingénieur de recherche au Centre d'Écologie et des Sciences de la Conservation (UMR 7204), pour sa relecture et sa contribution.

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