Spécimen naturalisé
Ptilocerque de Low
Ptilocercus lowii
Ce spécimen récolté à Bornéo, au cours d’une expédition menée par Mr. Hugh Low pour le British Museum, fut ramené d’Asie du Sud-Est en 1847. C’est Mr. Edward Gerrard qui l’a prélevé et qui l’a ensuite naturalisé en 1848. Le nom de l’espèce Ptilocercus lowii a été attribuée la même année par Dr. John Gray en hommage à Mr. Hugh Low. Ce spécimen fut vendu plus tard au Muséum et constitue l’unique spécimen de cette espèce au sein des collections françaises.
L’espèce Ptilocercus lowii, communément appelée " Ptilocerque de Low " ou " Toupaye à queue plumeuse ", appartient à l’ordre des Scandentia. Ce groupe de mammifères est classé en deux familles : les Tupaiidae, comportant 19 espèces, et les Ptilocercidae, monospécifiques avec Ptilocercus lowii. Tous les Scandentia sont endémiques des forêts tropicales d’Asie du Sud-Est. Ptilocercus lowii est décrit comme vivant exclusivement dans les arbres contrairement aux Tupaiidae qui semblent également se déplacer au sol.
Le ptilocerque menacé
Malheureusement, le Ptilocercus lowii est menacé par les activités humaines de déforestation intensive. La constante diminution de son milieu de vie (perte de 98 % des forêts à Sumatra et Bornéo en 2022) le met en danger d’extinction, ainsi que de la plupart des animaux résidant dans ces forêts.
Morphologie et comportement du Ptilocerque de Low
Le Ptilocercus lowii a un comportement encore très peu connu et il est assez difficile à observer en milieu naturel. Il présente cependant plusieurs particularités qui font de lui une espèce intrigante. D’abord il se nourrit principalement de fruits et il est capable de métaboliser le nectar très alcoolisé des fleurs du palmier Bertram (jusqu’à 3,8 %) sans montrer de symptômes liés à l’ivresse. Cette capacité métabolique surprenante lui permet de dégrader très rapidement l’alcool pour en tirer des nutriments.
Aussi, étant très arboricole il possède une morphologie des membres spécialisée pour se déplacer dans les arbres. Notamment la forme de ses mains et pieds est adaptée pour grimper aux troncs à l’aide de ses griffes et pour saisir des branches à l’aide de son gros-orteil (hallux) qui diverge des autres doigts. Or la capacité de divergence du gros orteil constitue une spécificité fondamentale que l’on retrouve également chez le groupe des primates.
Il est d’ailleurs intéressant de noter que les Scandentia (groupe dans lequel l’on retrouve le Ptilocercus lowii) sont phylogénétiquement très proches des primates et forment ensemble, avec les dermoptères, le groupe des Euarchonta. Primates et Scandentia seraient apparus il y a environ 65 à 60 millions d’années et partagent un ancêtre commun très probablement arboricole. Or la petite taille et la morphologie globale de Ptilocercus sont proches de celles des premiers fossiles de primates reconnus. Ces similitudes morpho-fonctionnelles font alors de Ptilocercus un modèle pour possiblement représenter l’histoire évolutive des comportement locomoteurs des Euarchontes. L’étude de son comportement et de sa morphologie pourrait également permettre par extension de mieux comprendre l’histoire évolutive du groupe des primates, dont l’homme fait partie.
La technique de tomographie à rayons X a permis de revaloriser ce spécimen rare et historique pour accéder à sa morphologie interne et pour permettre un partage des données qu’il représente sans avoir à le dégrader. Nous avons ainsi pu créer un modèle 3D des seuls restes osseux présents dans ce spécimen, à savoir ses mains et pieds ! Leur étude comparative est un ajout majeur pour un projet de recherche portant sur l’évolution des morphologies des mains et pieds en lien avec la locomotion chez les mammifères arboricoles (conduit par Dr. Séverine Toussaint).
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