Les forêts tropicales : leur rôle pour le climat et la biodiversité

Les forêts tropicales comptent parmi les plus anciennes et les plus riches de la planète. Réserves de biodiversité, elles sont aussi un régulateur essentiel du climat. La Guyane, territoire français couvert à 97 % par la forêt, témoigne des enjeux de conservation.

La superficie mondiale est représentée par 45% de forêts tropicales, 27% de forêts boréales, 16% de forêts tempérées et 11% de forêts subtropicales.

Proportion de la superficie mondiale de la forêt par domaine climatique.

© Rapport FRA 2022 de la FAO

Forêts tropicales, forêts primaires

Un tiers de la planète est recouvert de forêts, dont près de la moitié (45 %) sont des forêts tropicales.

Les forêts tropicales sont pour un tiers des forêts primaires, désignées aussi comme forêts matures avec de grands arbres.

Peu impactées par les humains, elles se sont développées librement et abritent des arbres anciens, de grande taille et d’essences variées, composant un environnement propice à un foisonnement végétal et animal.

Des humains dans la forêt primaire

Il n’existe pas de forêt totalement vierge de présence humaine. En Amazonie par exemple, les peuples autochtones prélèvent et replantent les espèces en forêt depuis des centaines d’années. Aussi, l’ONU définit une forêt primaire comme étant un lieu dans lequel « les processus écologiques ne sont pas sensiblement perturbés ».

La forêt, puits de carbone contre le réchauffement

La forêt tropicale est un régulateur du climat

Les forêts sont le deuxième puits de carbone de la planète après les océans. Elles absorbent environ un quart du dioxyde de carbone (CO2) émis sur la Terre et limitent ainsi le réchauffement dû à ce gaz.

Le carbone est capturé par photosynthèse et stocké dans le bois, la matière vivante et les sols. L’ensemble de ces éléments vivants constitue la biomasse.

Plus la biomasse est importante, plus la capacité de stockage de C02 est grande

C’est pourquoi les forêts tropicales, riches de nombreux arbres de très grande taille, de végétaux variés, de bois mort, représentent d’importantes réserves de carbone.

Canopée vue du sol.

La forêt tropicale offre un couvert végétal vaste et dense. Son ombre refroidit le sol et contribue à rafraîchir la planète.

© J. Durrenberger - ONF

Point de rupture

La photosynthèse et la décomposition de la biomasse des forêts émettent du CO2. La dégradation des forêts, en particulier par les incendies, augmente ces émissions.

De 2001 à 2019, les forêts absorbaient deux fois plus de CO2 qu’elles n’en produisaient, mais aujourd’hui la tendance s’inverse. L’Amazonie commence à rejeter plus de CO2 qu’elle n’en retient

La forêt tropicale réserve de biodiversité

Les forêts abritent 75 % de la biodiversité terrestre et les deux tiers de celle-ci sont concentrés dans les forêts tropicales.

Des ressources inexplorées

La forêt de Guyane compte à elle seule 1 700 espèces d’arbres, dont certains ne poussent que sur ce territoire. Elle renferme presque deux cents espèces de mammifères, cinq cents de poissons, une centaine d’espèces d’amphibiens et près de sept cents espèces d’oiseaux.

Cette biodiversité est l’une des plus riches au monde et elle reste encore en grande partie méconnue. Par exemple, près de cent mille insectes ont été inventoriés en forêt guyanaise, mais on estime qu’elle en cache près d’un million.

Milieu fertile

Les températures élevées, la forte pluviométrie et l’absence de période froide expliquent cette surabondance.

En Guyane, durant la saison sèche, la température fluctue de 20 °C la nuit à 33 °C le jour. L’activité biologique ne cesse jamais. Les arbres de familles et d’espèces différentes fleurissent et fructifient à tour de rôle. Ils nourrissent une multitude d’organismes, insectes pollinisateurs ou animaux qui transportent les graines et qui assurent la régénération permanente de la forêt.

« La forêt tropicale, c’est le bruit continuel : bavardages des oiseaux, piailleries et hurlements des singes, coassements des batraciens, vociférations indéfinissables, clameur du vent, […] les ruisseaux qui roulent, l’eau qui goutte des feuilles, les arbres d’une hauteur vertigineuse […] l’impression de l’immensité d’un labyrinthe foisonnant de vie. »

Pierre-Michel Forget, Professeur d’écologie tropicale au Muséum.

Feuillage et fleurs roses.

La canopée, la partie supérieure de la forêt, abrite la plus grande partie du feuillage. Elle constitue un écosystème à part.

© J. Morand
Ficus gomelleira poussant sur un tronc d'arbre.

Des plantes dites « épiphytes » poussent sur les arbres. Elles ne se nourrissent pas des arbres, mais les utilisent comme supports.

© J. Durrenberger - ONF
Oiseau Araçari vert perché sur une branche.

Sept cents espèces d’oiseaux peuplent la forêt guyanaise.

© ONF
Petite grenouille au ventre rose.

Atelopus spumarius ne vit que dans les forêts humides d’Amérique du Sud (Guyane, Brésil, Colombie, Equateur, Pérou, Suriname).

© M. Cobigo - ONF
Petites fleurs roses.

Eperua rubiginosa qui s’épanouit sur le wapa rivière, une espèce d’arbre ripicole est une fleur emblématique de Guyane.

© H. Richard - ONF

La forêt tropicale, écosystème menacé

Réchauffement du climat et déforestation forment un effet cocktail dévastateur pour la forêt tropicale, parfois également affaiblie par la pollution liée à l’activité agricole ou minière.

Déforestation meurtrière

La planète a perdu l’équivalent de 178 millions d’hectares de forêt, de 1990 à 2019, soit plus de trois fois la superficie de la France.

L’agriculture et l’élevage sont responsables à 70 % de la déforestation des pays tropicaux et subtropicaux.

Moins de forêts, c’est moins d’abris et moins de ressources pour les espèces qui vivent dans ce milieu, des plus petits aux plus grands animaux. La disparition et la fragmentation de leurs zones d’habitat menacent aussi bien les singes et les félins que les grenouilles ou les serpents.

Une forêt tropicale est composée d’une succession de strates, chacune hébergeant un écosystème propre et qui influe sur l’écosystème du dessous ou du dessus. Moins d’arbres, c’est moins d’ombre sur le sol qui se réchauffe, moins d’eau retenue dans les étages et des pluies torrentielles qui lessivent le sol.

Coup de chaud sur la forêt

En Guyane, la température moyenne a augmenté de 1,36 °C en 50 ans. Ce réchauffement pourrait impacter la taille et l’abondance des fleurs et des fruits et réduire en conséquence les ressources disponibles pour les animaux. Des projections prédisent également des saisons sèches plus chaudes et des épisodes pluvieux plus violents.

« Les espèces restantes seront adaptées aux nouvelles conditions climatiques, mais vont-elles nourrir toutes les espèces d’oiseaux, d’insectes et de mammifères ? »

Pierre-Michel Forget, Professeur d’écologie tropicale au Muséum.

Préserver, réintroduire, conserver

Empêcher la destruction des forêts tropicales est l’unique moyen de préserver la biodiversité.

Stopper la déforestation

Cela passe par des aides aux producteurs locaux pour qu’ils privilégient les pratiques respectueuses de la forêt et par l’arrêt de la déforestation importée.

Il s’agit d’arrêter de consommer, en France notamment, du soja brésilien, du cacao africain ou de l’huile de palme d’Indonésie,… issus d’exploitations gagnées sur les forêts tropicales.

Replanter

Il n’est pas possible de restaurer à l’identique une forêt disparue. Le but est de recréer un environnement écologique propice à la biodiversité.

Favoriser les plantations mixtes pour diversifier le couvert végétal semble aujourd’hui une solution à privilégier plutôt que le recours à des monocultures dont le développement n’est pas toujours maîtrisé.
En Guyane par exemple, l’Acacia mangium introduit pour recoloniser des zones déboisées, est devenu envahissant et contribue paradoxalement à appauvrir la biodiversité.

En zone tropicale, la tâche est cependant complexe du fait de la méconnaissance des associations et interactions entre toutes les espèces présentes.

Jusqu’à 220 espèces d’arbres peuvent cohabiter sur un hectare de forêt Guyanaise.

Mise sous presse d'échantillons botaniques - La Planète Revisitée au Mozambique

© MNHN/PNI - O. Dubuquoy

S’appuyer sur les savoirs autochtones

Pour compléter les connaissances indispensables à la protection et la régénération des forêts tropicales, les scientifiques s’appuient sur les savoirs des populations autochtones. Au nord du Brésil, les Kayapó ont créé de toute pièce des îlots de forêt tropicale en y apportant au fil des ans différentes graines, mais aussi des fourmis, des termites… jusqu’à obtenir un écosystème capable d’attirer les autres animaux.

Protéger

Conserver les arbres, les plantes, leurs graines, les espèces animales qui les disséminent, est l’unique moyen de préserver la capacité des forêts tropicales à se régénérer.

Plus de 700 millions d’hectares de forêts sont protégés à travers le monde, dont 31 % en Amérique du Sud où cela a contribué à freiner la déforestation.

Ces dix dernières années, la création de nouvelles aires de sauvegarde ralentit. Or, au total, seuls 18 % des forêts mondiales sont pour l’instant dans des surfaces protégées.

Aller plus loin

Catalogue de l'exposition « L’Odyssée sensorielle. Retours d’exploration »

L'Odyssée sensorielle. Retours d'exploration.

Récit de Pierre-Michel Forget.

Propos recueillis et rédigés par Nathalie Meyer-Sablé.

  • Éditions du Muséum national d’Histoire naturelle • 16 x 22,5 cm • 216 pages • broché • 25 €

La Planète Revisitée en Guyane

Le programme d’exploration La Planète Revisitée organise des missions dans les zones de grande biodiversité, afin de découvrir, inventorier et protéger les millions d’espèces encore méconnues.

En savoir plus sur l'exploration La Planète revisitée en Guyane

Le Chêne et la compagnie des arbres

Une série de podcasts pour observer et comprendre le chêne, les arbres, les forêts...

éCOUTEZ le podcast Le Chêne et la compagnie des arbres

Photo d'un grand chêne feuillu au milieu d'une prairie verte

Chêne dans une prairie

© Vivian Arcidiacono - Unsplash

Dossier rédigé en mars 2022. Remerciements à Pierre-Michel Forget, Professeur d'écologie tropicale au Muséum (UMR MECADEV, département AVIV du Muséum national d'Histoire anturelle), pour sa relecture et sa contribution.

Source principale : Rapport de l'ONU. FAO et PNUE. La situation des forêts du monde 2020. Forêts, biodiversité et activité humaine. Rome.

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