Momie

Momie de Myrithis, la magicienne

Momie byzantine

La momie d’une jeune Égyptienne, surnommée "Myrithis la magicienne", est entourée d’un riche mobilier qui témoigne de pratiques funéraires mêlant héritages romains et byzantins. 

Avertissement contenu sensible

Cette page présente un corps humain momifié pouvant susciter des émotions diverses. Nous vous invitons à en tenir compte avant votre lecture, une image se situe au bas de la page.

Découvertes archéologiques en Égypte

Située sur la rive orientale du Nil, la cité d’Antinoë fut fondée en l’an 132 par l’empereur romain Hadrien, en mémoire de son favori, prénommé Antinoüs. Ce lieu, véritable symbole du rayonnement romain en Égypte, reste habité durant plusieurs siècles avant de décliner à la suite des conquêtes perses et arabes. Ses nécropoles sont particulièrement connues pour la richesse de leur mobilier funéraire, et attirent dès le XVIIᵉ siècle de nombreux voyageurs et archéologues.

À partir de 1895, le collectionneur Émile Guimet obtint une concession de fouilles et confie la direction des campagnes à Albert Gayet, un égyptologue français. Ce dernier mènera alors des recherches à Antinoë jusqu’en 1911. Les travaux, initialement centrés sur les religions, se recentrent vite sur les sépultures et les momies, témoins d’une occupation continue entre les époques ptolémaïque et islamique.

La sépulture d’une magicienne ?

C’est en 1903, au cours de la huitième campagne, qu’Albert Gayet met au jour la tombe d’une jeune femme dans une chambre voûtée de trois mètres sur deux. Son corps repose sur un lit de feuillages, recouvert de feuilles issues de plusieurs espèces végétales. Couronnée de plantes, la tête tournée vers la gauche et la bouche ouverte, la défunte porte une robe rose et un châle en laine rouge orné de bandes blanches et de franges. Ses cheveux châtains sont encore parfaitement conservés.

Autour d’elle se trouvent divers objets : tambourin, miroir, flacons, coupes en céramique et en verre, figurines et lampes en terre cuite, mobilier en bois, anneau d’ivoire et fragment de papyrus. Face à cet ensemble, Gayet estime que ces éléments évoquaient une figure liée à la magie, et lui donne le nom de « Myrithis, la magicienne ». Il écrira d’ailleurs au ministre de l’Instruction publique que « l’ensemble d’une sépulture semble indiquer qu’elle fut celle d’une magicienne. »

Après le partage des découvertes entre l’Égypte et la France, la momie et une partie du mobilier funéraire sont progressivement acheminées vers Paris. En 1903, Myrithis est exposée pour la première fois au Musée Guimet. Elle est ensuite confiée au Muséum pour l’étude botanique des végétaux de sa tombe, puis en 1935 déposée au musée d’Ethnographie du Trocadéro (futur Musée de l’Homme). En 2005, les objets d’accompagnement rejoignent les collections du musée du quai Branly-Jacques Chirac, tandis que la momie rejoint les collections du Muséum national d’Histoire naturelle, au Musée de l’Homme.

Entre science et mystère

L’étude de Myrithis offre un témoignage singulier sur les pratiques funéraires d’Antinoë à l’époque byzantine. En 2011, une radiographie réalisée à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière a confirmé que la défunte était une jeune fille, adolescente ou jeune adulte. Son état de santé et la cause de son décès demeurent indéterminés.

Les datations au carbone 14 de sa chevelure la rattachent à la période byzantine, tandis que son mobilier funéraire renvoie à l’époque romaine. Ce mélange d’influences illustre la continuité des traditions dans l’Égypte d’Antinoë, où les rites anciens s’adaptent aux transformations culturelles.

Si l’appellation de « magicienne » relève davantage d’une interprétation romantique qu’historique, elle témoigne de la fascination qu’exerçait, sur les fouilleurs de l’époque, l’univers funéraire égyptien. Myrithis incarne aujourd’hui une figure emblématique de ces découvertes archéologiques marquées par la rencontre entre science, imagination et transmission patrimoniale.

Momie de la défunte Myrithis "la magicienne", jeune fille d Antinoe

© MNHN - J.-C. Domenech
  • Dénomination

    Myrithis, dite "la magicienne"

    Civilisation d’origine

    Égypte antique (nécropole d’Antinoë) 

    Période

    Époque byzantine (datation des cheveux au carbone 14)

    Statut social

    Inconnu

    Sexe

    Féminin

    Âge au décès

    Adolescente ou jeune adulte

    Caractéristiques physiques

    Chevelure châtain

    État de santé / cause du décès

    Indéterminés

    Sépulture

    Tombe en pierre, nécropole d’Antinoë

    Mobilier funéraire

    Feuillages, tambourin, miroir, flacons, coupes, figurines, lampes, éléments de mobilier en bois, objet en plâtre, anneau d’ivoire, fragment de papyrus

Cet article a été rédigé par Victoria Briand, rédactrice au Muséum national d'Histoire naturelle.

Relecture scientifique

Inès Courtine

Archéo-anthropologue et technicienne de collection en anthropologie biologique et préhistoire.

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