Hydrophylle de Magellan

L’hydrophylle récolté par Commerson dans le détroit de Magellan durant la deuxième moitié du XVIIIe siècle est un spécimen de référence ayant été étudié par Lamarck pour la description de l’espèce.

Philibert Commerson (1727-1773), médecin et naturaliste, embarqua à bord de L’Étoile sur lequel il était invité à suivre Bougainville dans son voyage autour du monde de 1766 à 1769. En Amérique du Sud, dans les environs de Rio de Janeiro, Commerson récolta une superbe plante qu’il nomma Bougainvillea (bougainvillier). Passant ensuite par le détroit de Magellan, l’expédition atteint l’océan pacifique puis mit le cap sur l’océan indien. Proche de Pierre Poivre, intendant des îles de France, Commerson s’installa à l’Ile de France (île Maurice) en compagnie de Jeanne Barret, avec laquelle il avait voyagé bien que la présence des femmes fut alors proscrite sur les navires.

Il effectua des récoltes sur place, à l’Ile Bourbon (île de la Réunion) ainsi qu’à Madagascar. Il découvrit notamment une plante qu’il baptisa Hortensia (nom du genre), en fait déjà décrite par Linné sous le nom d’Hydrangea. Revenu à l’île Maurice, il y mourut prématurément. Toute sa vie, Commerson constitua, entre autres collections (poissons, coquillages, insectes, oiseaux…), un riche herbier de plusieurs milliers de spécimens représentant plus de 4 000 espèces. Son herbier, ses manuscrits et ses dessins reviendront au Muséum en 1774. Lamarck, Thouin et Dombey classeront ses herbiers. Antoine Laurent de Jussieu étudiera ses manuscrits, décrivant 37 genres nouveaux dans son Genera Plantarum. Quarante-deux genres décrits par Commerson sont aujourd’hui toujours valides et plus de 100 espèces végétales portent son nom et lui rendent hommage.

Ce spécimen d’Hydrophyllum magellanicum fut récolté par Commerson fin 1767 ou début 1768 à Magellan. Celui-ci l’avait alors nommé Heliotropium sur l’étiquette de récolte se trouvant en bas à gauche. On peut considérer cette récolte intégrée dans l’herbier de Lamarck comme l’holotype du taxon Hydrophyllum magellanicum Lam. (Heliotropium foliis ne fut pas publié). Il existe d’autres échantillons qui proviennent peut-être de la même récolte dans la collection des Jussieu et dans celle des plantes vasculaires de l’Herbier de Paris.

Immense savant, novateur dans bien des domaines, Jean-Baptiste de Lamarck (1744-1829) fut "garde des Herbiers" et constitua lui-même une collection de près de 19 000 spécimens. Il doit sa renommée initiale à sa Flore françoise et à sa participation à la rédaction des premiers volumes de la Botanique dans l’Encyclopédie méthodique. Sa description de l’Hydrophylle de Magellan est parue dans la revue "Journal d’histoire naturelle" en 1792, avec un dessin de Joseph-Henri Redouté qui s’inspira du spécimen lui-même et d’un dessin authentique et commenté de Lamarck.

En partie d’après Catherine Vadon L’Herbier du Muséum
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Pour en savoir plus :
Pages 371-376 du Journal d’histoire naturelle
Gravure publiée en 1792 Journal d’histoire naturelle

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