Biographie

Jeanne Barret (1740-1807)

« Elle n’était jamais sortie de son hameau ; et sa première pensée de voyager fut de faire le tour du globe. » C’est ainsi que Diderot parle de Jeanne Barret dans le Supplément au voyage de Bougainville. Née en 1740, elle est sans doute la première femme à avoir réalisé un tour du monde. Son histoire, particulièrement romanesque, ne doit cependant pas faire oublier son importante contribution à la botanique.

Jeanne Barret

© Claire Martha

Jeanne Barret embarque sur L’Étoile en compagnie du botaniste Philibert Commerson, lors de l’expédition menée par Louis-Antoine de Bougainville, entre 1766 et 1769. En tant que botaniste du roi, Commerson reçoit une pension pour embaucher et rémunérer un assistant, et c’est sous ce statut que Jeanne Barret, qui est son employée de maison mais qui le seconde déjà dans ses activités botaniques, rejoint l’expédition. De nombreuses femmes de bonne famille s’intéressent à la botanique au XVIIIe siècle, mais Jeanne Barret se caractérise par ses origines plus modestes. Comme la présence de femmes sur les navires royaux français est interdite depuis 1689, elle se travestit. Au XIXe  siècle, Hester Stanhope ou Alexandra David-Néel usent du même stratagème pour atteindre des lieux jusqu’alors inaccessibles aux femmes.

Une botaniste exercée

Lors des escales, Commerson et Barret vont sur le terrain pour observer la flore et réaliser des prélèvements. Elle collecte des spécimens de faune et de flore et transporte le matériel. Celui-ci, lourd et encombrant, justifie que la cabine du capitaine de L’Étoile soit réservée aux deux botanistes. Si les 1 735 spécimens conservés au Muséum sont officiellement attribués à Commerson, il est raisonnable de penser qu’une partie d’entre eux ont été collectés et identifiés par son assistante. En effet, Commerson souffre d’un ulcère à la jambe qui rend ses déplacements difficiles. Bougainville mentionne par ailleurs les compétences de Jeanne Barret en la matière, la qualifiant de « botaniste exercé [sic] » dans son Voyage autour du monde.

Héritage pour la botanique

Jeanne Barret n’est pas du voyage retour de L’Étoile, car elle s’installe avec Commerson sur l’île Maurice, appelée alors « île de France », où ils poursuivent leurs travaux. À la mort de Commerson, elle rentre en France, où elle est accusée d’avoir enfreint le Code naval. Soutenue par Bougainville, elle obtient une reconnaissance officielle, avec les félicitations du roi et le versement d’une pension annuelle.

Les sources autour de Jeanne Barret se concentrent souvent sur sa relation personnelle avec Commerson, ou sur la découverte fortuite de son identité. Sa contribution à la botanique, elle, reste méconnue et, surtout, difficile à quantifier. Son nom aurait-il pu être donné à des espèces qu’elle a collectées ?

Les manuscrits de Commerson, conservés à la Bibliothèque centrale du Muséum, portent trace de son projet de nommer un genre botanique d’après Jeanne Barret, mais trahissent également certaines hésitations. Dans le manuscrit d’Insularum Borbonicarum florilegium, commencé en 1768, le nom Baretia bonafidia est biffé au profit d’Arabella, tandis qu’un spécimen récolté en 1769 à l’île Maurice et conservé à l’Herbier national comporte bien sur son étiquette le nom de Baretia bonafidia. Dans tous les cas, Commerson meurt avant d’avoir concrétisé tout projet de publication. Au retour des spécimens à Paris, en 1773, le genre botanique concerné comporte déjà un nom attribué par Linné : les Turraea.

Contrairement à Bougainville ou à Commerson lui-même, l’apport de Barret à la science botanique n’était donc pas directement visible dans la nomenclature. La situation a inspiré les botanistes contemporains qui, en 2012, attribuent le nom de Solanum baretiae à une plante herbacée du Brésil et, en 2023, celui de Baretia lanata à une nouvelle espèce de la flore du Chili.

Découvrir son portrait en vidéo

Savanturières - Jeanne Barret

Savanturières - L'héritage botanique de Jeanne Barret, première femme à avoir fait le tour du monde

Video : Savanturières - Jeanne Barret

Cet article a été rédigé par

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Nolwenn Pamart

Conservatrice des bibliothèques (anciennement au Muséum national d'Histoire naturelle), doctorante en littérature et humanités numériques à l’Université de Rouen-Normandie

Un article issu de l'ouvrage Savanturières, une histoire naturelle au féminin

Savanturières. Une histoire naturelle au féminin

  • Collectif
  • Relié cartonné
  • 19  ×  25,5 cm
  • Parution le 17 octobre 2025
  • 304 pages
  • 39 €

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