Comment se décompose le corps après la mort ?
Dès l’arrêt de ses fonctions vitales, le corps humain entre dans un processus de décomposition. Le sang ne circule plus, le corps perd son eau, tandis que les bactéries et enzymes qu’il contient dégradent les tissus et les organes. Les insectes thanatophages participent à la décomposition du corps par vagues successives, jusqu’à ne laisser qu’un squelette composé de matière minérale.
Quelles sont les étapes de décomposition du corps ?
Encore frais, le corps perd son eau et se déshydrate, tandis que la peau se rétracte et que les extrémités se dessèchent.
La décomposition précoce démarre. Dès trois à quatre heures après le décès, la rigidité cadavérique apparaît. Elle part de la nuque et descend vers les membres inférieurs. Très vite, les bactéries internes se développent. Ce processus de prolifération est favorisé par le relâchement des sphincters à l’intérieur du corps, qui modifie l'acidité générale du cadavre. La formation d’une tache verte abdominale en est le premier signe. Elle se forme dès 48 heures au niveau de la fosse iliaque droite (la zone en bas à droite de l'abdomen). Selon les cas, un gonflement plus ou moins important se produit par suite de la formation de gaz par les bactéries, gaz qui vont se diffuser dans tout le corps. La peau se détache progressivement et devient verdâtre.
Ensuite, la putréfaction s’enclenche. Suite à la mort des cellules (lyse cellulaire), les téguments (tissus corporels) sont détruits. Ils finissent par se relâcher et se dissoudre. C'est le stade de décomposition avancée. La graisse se dissout progressivement elle aussi, et passe à travers la peau. Ce phénomène de saponification la transforme en adipocire, une substance molle et grasse.
Enfin, le corps passe au stade de la squelettisation : les tissus se décomposent totalement pour ne laisser que les os.
Combien de temps met un cadavre pour se décomposer ?
Des moyennes temporelles indiquant les stades de décomposition du corps ont été établies à des fins de médecine légale. Elles sont normalisées sous forme d’un tableau de référence, le « Tableau de Vibert ». La putréfaction du corps débute dès l’instant de la mort, la décomposition, elle, commence dès les 48 premières heures et s’achève au bout d’un mois. Il faudra un maximum de 5 ans pour la décomposition extrême qui aboutit à un squelette purement minéral, sans aucun élément de connexion (ligaments, etc.).
En réalité, ces durées peuvent énormément varier selon l’état de l’organisme, le climat et le milieu dans lequel le cadavre repose, la faune et la flore ayant aussi leur importance dans le processus de décomposition.
Quels sont les facteurs d’accélération ou de limitation de la putréfaction ?
Visage de l'Homme de Tollund, une momie des tourbières
C0 S. RosbornLa température et le taux d’humidité sont déterminants dans la rapidité de la putréfaction d'un corps. Dans un milieu humide et chaud, les bactéries internes et externes au cadavre s'y développent très rapidement. À l’inverse, le froid conserve les tissus mous.
Le type de milieu dans lequel séjourne le cadavre importe également : dans la nature, les insectes secondent les bactéries hôtes du corps et accélèrent la putréfaction. Le PH du sol dans lequel repose un défunt a aussi son importance, cela se voit notamment dans les tourbières où des corps ont été momifiés du fait de l'acidité du milieu. Dans ces environnements, les ossements sont altérés, déformés, et parfois dissous par l’acidité. En parallèle, les tissus de la peau sont asséchés.
La présence éventuelle de polluants dans le sol, qu’ils soient naturels comme l’arsenic, ou anthropiques comme les hydrocarbures, peut aussi accélérer la décomposition.
Enfin, les caractéristiques corporelles de l’individu (plus ou moins maigre et musclé), la composition chimique de son organisme (nature et abondance des probiotiques, présence de médicaments, de conservateurs alimentaires…) et son état de santé, conditionnent l’évolution de sa dépouille.
Parfois, le corps du défunt ne se décompose pas. Plusieurs éléments peuvent entraver ce processus, notamment lorsque le corps est placé dans un environnement permettant une momification naturelle. La momie égyptienne de Ginger en est un très bon exemple : elle s’est naturellement desséchée dans le sable chaud sous l’effet de l’évaporation. À l'inverse, le froid a pu préserver le corps d’alpinistes morts en altitude, comme celui de « Green Boots » qui, sur l’Everest, sert désormais de repère géographique aux ascensionnistes.
Comment fait-on pour momifier ?
Relecture scientifique
Éloïse Quétel
Responsable des collections médicales et d’anatomie pathologique au sein du Pôle Collections scientifiques et Patrimoine de Sorbonne Université ; co-commissaire scientifique de l’exposition Momies au Musée de l’Homme.
Nicolas Delestre
Spécialiste en préservation de la dépouille humaine, historien des pratiques funéraires et de l’embaumement, directeur de l’École de thanatopraxie thanatoplastie, AFITT. Expert associé Laboratoire de l’École Nationale Supérieure de la Police (ENSP).
Pascal Sellier
Directeur de recherche émérite au CNRS et chargé de recherche au Muséum national d'Histoire naturelle - Éco-anthropologie (UMR 7206), et responsable d’enseignement à l’université Paris 1 ; co-commissaire scientifique de l’exposition Momies au Musée de l’Homme.
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