Spécimen naturalisé

Albatros hurleur

Diomedea exulans (Linnaeus, 1758)

Charles Baudelaire voit juste lorsqu’il écrit, évoquant l’albatros, que « ses ailes de géant l’empêchent de marcher ». Ces mots synthétisent bien l’adaptation évolutive extrême de ces oiseaux, les plus lourds capables de voler.

Albatros hurleur dans la Grande Galerie de l'Évolution

© MNHN

À écouter

Écoutez l'histoire de l'albatros hurleur racontée par Jacques Cuisin, délégué à la conservation au Muséum.

 

D'autres histoires fabuleuses sur nos collections sont à retrouver dans Les Curieuses histoires du Muséum, un podcast original co-produit par France Culture et le Muséum national d'Histoire naturelle.

L’albatros hurleur, l’oiseau de tous les superlatifs

La majesté de l’Albatros hurleur (dit aussi Grand albatros neigeux ou albatros royal) s’exprime entièrement avec cette naturalisation de l’oiseau en vol, qui déploie ses quelque 3,30 m d’envergure, pour nous inviter dans le grand voyage qui est le sien. Celui-ci a probablement été obtenu en Géorgie du Sud, où l’oiseau est bien connu, comme sur 5 autres groupes d’îles australes. Ne se posant que pour nicher, les sous-espèces sont décrites d’après leur zone de ponte, parfois cantonnée à de petits archipels !

L’albatros hurleur, c’est l’oiseau de tous les superlatifs, dont celui d’oiseau le plus lourd capable de voler : certains individus affichent 12 kg à la pesée… entre cette masse importante et la longueur des ailes, on comprend que décollage et atterrissage peuvent poser problème. Le vol de l’albatros est un vol plané, l’animal se laissant porter par les vents au-dessus des mers de l’hémisphère sud. Le biotope est d’une immensité là aussi totalement inégalée. Pour économiser de l’énergie, car le vol plané est à peu près aussi consommateur d’énergie que le vol battu pour la plupart des espèces, les albatros ont développé un système de blocage de tendons des ailes réduit considérablement la tension musculaire et le métabolisme associé.

Près de 95% de la vie l’Albatros hurleur se déroule dans les airs, sur une trajectoire circumpolaire, suivant vents dominants et ascendances. L’oiseau glane à la surface des eaux calmars, petits poissons, et débris de pêche de jour comme de nuit. Une femelle, suivie par satellite, a parcouru près de 14 000 km en un peu plus de 16 jours, dont près de 5000 km de nuit ! Un oiseau a même été suivi pendant plus de 60 000 km lors d’un tour du monde…

L’albatros hurleur, c’est encore l’oiseau des mondes extrêmes, qu’il s’agisse de climat ou des vents, qui peuvent se déchaîner à plus de 160 km/h. Une longévité, entre 50 et 80 ans, compense la faible reproduction (une ponte tous les deux ans en bonnes conditions) et une très forte mortalité juvénile (jusqu’à 75% de jeunes décédés en années difficiles). La première reproduction ne se déroule d’ailleurs pas avant l’âge de 10 ans, tandis que le plumage adulte ne sera acquis qu’après 20 à 30 ans.

Adapté à une niche écologique unique, l’albatros hurleur est le plus souvent victime des techniques de pêche des palangriers aux hameçons meurtriers, et témoigne, comme tant d’autres espèces, des difficiles relations entre l’homme industriel et le monde naturel. Mais combien de temps encore ?

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