Momie
Simulacre d’une momie d’enfant
Simulacre de momie
Contenue dans un cercueil, cette petite momie longtemps considérée comme celle d’un enfant provenant d'Aksoum, s’est révélée être un simulacre sans corps humain, fabriqué à partir d’argile, de bois et de fragments authentiques recyclés. Il est un exemple parfait de la création de fausses momies pour répondre à la fascination européenne envers l’Égypte antique.
Un objet mystérieux issu des missions d’exploration françaises
Parmi les collections du Musée de l’Homme se trouve un petit cercueil intriguant… L’objet anthropomorphe se trouvant à l’intérieur, long de 37 cm, large de 12,5 cm et épais de 11,5 cm, est vraisemblablement construit avec de l’argile au niveau de la tête et des éclisses de bois noyées dans une substance argileuse pour le corps. Le tout est enveloppé dans des textiles enduits.
Une des étiquettes le décrivant indique "momie d’enfant dans son cercueil, Axoum, Éthiopie, 1363-bis, mission Lefebvre". Cette mention fait probablement référence à Théophile Lefebvre, lieutenant de vaisseau à la tête d’une commission scientifique et commerciale en Abyssinie (actuelle Éthiopie) entre 1839 et 1843. Un des objectifs de Lefebvre et son équipe était de collecter des spécimens pour le Muséum mais aucune référence précise d’envoi de cet objet n’a été retrouvée… La provenance exacte de ce petit cercueil reste donc longtemps incertaine. Encore plus surprenant, aucune momification n’a jamais été pratiquée à Aksoum. Cela souligne les difficultés liées à l'étude des collections issues des expéditions du XIXe siècle, parfois mal renseignées.
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Tout savoir sur les momies
Une momie… qui n’en est pas une
Des analyses radiographiques et scanographiques sont menées en 1985 sur la masse emmaillotée. C’est à ce moment qu’a lieu la révélation : ce cercueil n’a jamais contenu de corps humain !
Les scientifiques sont formels : aucune trace d’ossements n’a été détectée. En revanche, certains éléments du décor du cercueil, comme les fragments de cartonnage et les inscriptions hiéroglyphiques, seraient authentiques. Ces éléments auraient été réutilisés, mais sans signification véritable. Ce simulacre illustre une pratique répandue au XIXe siècle en Europe : la création de fausses momies, destinées à satisfaire la curiosité d’un public fasciné par l’Égypte antique, souvent en utilisant des matériaux et des fragments de véritables momies pour renforcer l’illusion.
Enquête et perspectives
Des études complémentaires pourraient encore éclairer cet objet : analyse au radiocarbone des tissus et du bois, examen chimique des pigments et enduits, ou scanographies plus détaillées. Mais la plupart de ces investigations sont invasives et nécessitent une concertation scientifique. Ce petit simulacre demeure donc un exemple fascinant de la manière dont l’Europe du XIXe siècle imaginait et reproduisait l’Égypte ancienne, entre curiosité scientifique et commerce des objets exotiques.
Simulacre d'un enfant momifié dans son cercueil, provenant d'Aksum (Éthiopie)
© MNHN - J.-C. Domenech-
- Dénomination
Simulacre de momie d’enfant, Aksoum, Éthiopie, mission Lefebvre
- Origine
Égypte, XIXᵉ siècle (estimation)
- Dimensions
37 cm × 12,5 cm × 11,5 cm
- Composition
tête en argile, corps en éclisses de bois noyées dans de l’argile, textiles enduits
- Cercueil
bois peint, trapézoïdal, inscriptions imitant les hiéroglyphes
- Mobilier funéraire
fragments de cartonnage décorés, bandelettes de textile, masque peint avec trace d’or
Cet article a été rédigé par Victoria Briand, rédactrice au Muséum national d'Histoire naturelle.
Relecture scientifique
Véronique Laborde
Technicienne, gestionnaire des collections au Musée de l'Homme - Service de conservation des collections d'anthropologie biologique
Où voir cet objet ?
Musée de l'Homme

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