Manifeste du Muséum. La nature à ses justes valeurs
La collection des Manifestes du Muséum, lancée en 2017, contribue à enrichir les débats de société actuels grâce aux apports de l’Histoire naturelle. Le dernier ouvrage, à paraître le 21 novembre, intitulé La nature à ses justes valeurs, propose une réflexion collective pour repenser notre rapport à la nature de manière plus équitable et démocratique, au bénéfice de tous, humains et autres vivants.
Ce nouvel opus réunit une équipe pluridisciplinaire, incluant anthropologue, écologue, économiste, géologue, juriste, philosophe ou encore sociologue, autour d’une idée forte : pour faire face aux crises écologiques, il est essentiel de reconnaître et de comprendre la diversité des valeurs que les sociétés attribuent à la nature.
En analysant la manière dont ces valeurs émergent et se confrontent, les auteurs proposent un cadre de réflexion pour guider des choix de société plus justes et durables. À travers des exemples concrets, ils ouvrent des pistes pour mieux intégrer cette pluralité à même d’engager les transitions écologiques et les transformations sociales nécessaires pour faire face à l’effondrement de la biodiversité et à la dégradation des écosystèmes.
Un monde en crise
Les écosystèmes se dégradent et la biodiversité s’effondre sous les pressions humaines de plus en plus fortes. Dès lors, comment expliquer notre incapacité à engager des transformations à la hauteur de ces défis ? Tout arbitrage environnemental est porté par certaines visions du monde, susceptibles d’entrer en tension avec d’autres. Chaque décision cristallise une priorisation, explicite ou implicite, d’intérêts individuels, rarement au bénéfice de tous. Dans ce contexte, la remise en question de nos manières d’être en relation avec la nature pourrait-elle changer la donne ? « Pour tenter de répondre à cette question, il est nécessaire au préalable de connaître et de comprendre la diversité des valeurs attribuées à la nature par les humains », précise Jane Lecomte, directrice du département Homme et Environnement et coordinatrice du Manifeste avec Frédérique Chlous, directrice générale déléguée à la Recherche, à l’expertise, à la valorisation et à l’enseignement-formation.
Des visions plurielles
Dans sa première partie, le Manifeste s’appuie sur des travaux scientifiques pour explorer la diversité des valeurs attribuées à la nature. Elles sont de trois sortes. Instrumentales, elles renvoient aux bénéfices et aux services que les humains tirent des écosystèmes, ce qui peut contribuer à leur conférer une dimension monétaire. Relationnelles, elles désignent nos liens profonds avec nos environnements naturels et les autres espèces qui les habitent. Elles sont liées à l’identité des personnes et des groupes, à leur sensibilité et à leur spiritualité, ainsi qu’à leur attachement aux lieux. Elles font également appel à notre expérience sensible du vivant, qui pourrait bien s’estomper à l’avenir, les générations citadines actuelles grandissant avec peu ou pas de contact direct avec la nature, ce qui participe à sa dévalorisation. Enfin, les valeurs intrinsèques renvoient à l’idée que la nature ou les éléments qui la composent possèdent une importance par et pour eux-mêmes, indépendamment de leur utilité ou de leurs relations avec les humains. Cette conception inspire par exemple les réglementations destinées à prévenir l’extinction des espèces menacées. Il s’agit de les protéger pour ce qu’elles sont, non pour ce qu’elles (r)apportent.
L’effondrement de la biodiversité est un enjeu existentiel pour nos sociétés ; dès lors, la compréhension de la diversité de nos rapports à la nature doit aussi être pensée comme une priorité existentielle.
Jane Lecomte, directrice du département Homme et Environnement et coordinatrice du Manifeste.
Un système déséquilibré
Pour que la conservation des écosystèmes soit à la fois démocratique et durable, il est essentiel que l’ensemble des valeurs que les sociétés attribuent à la nature soit considéré lors des prises de décision. Or c’est loin d’être le cas. Certains systèmes de pensée dominent, fondés sur des logiques d’appropriation, de contrôle, et sur une vision marchande et court-termiste. D’autres approches, plus respectueuses ou alternatives, sont marginalisées. « Les rapports de force sont clairement inégaux : une partie des acteurs économiques dispose généralement de moyens financiers et institutionnels très supérieurs à ceux des citoyens ou des défenseurs du vivant », explique Jane Lecomte. Dans les deuxième et troisième parties du Manifeste, les auteurs analysent ce déséquilibre et proposent des pistes pour mieux prendre en compte la pluralité des valeurs dans les décisions : adopter des indicateurs qualitatifs, et non seulement quantitatifs ; mettre le droit au service de la nature ; élargir les processus décisionnels à la société civile, aux défenseurs de l’environnement, mais également aux populations dominées…
Cela suppose de repenser nos cadres juridiques, économiques, éducatifs, culturels et institutionnels à la lumière de cette complexité, en intégrant les savoirs, les visions du monde et les attachements qui façonnent nos relations à la nature. Choisir, c’est renoncer : si un projet détruisant la nature ne profite qu’à une minorité, il doit pouvoir être remis en question. C’est tout l’enjeu de ce Manifeste : donner à comprendre cette pluralité des valeurs de la nature pour guider des choix plus justes.
Jane Lecomte, directrice du département Homme et Environnement et coordinatrice du Manifeste
Dossier rédigé pour le magazine La Girafe n°17

Manifeste du Muséum. La nature à ses justes valeurs
Manifeste du Muséum. La nature à ses justes valeurs
Partout dans le monde, l’effondrement de la biodiversité et la dégradation des écosystèmes nous confrontent à des défis majeurs. Pourtant, si les alertes scientifiques se multiplient, les réponses apportées restent souvent timides. Pourquoi cette inertie ? Ces situations paradoxales révèlent que la « crise écologique » touche aussi à nos manières d’être en relation avec la nature, c’est-à-dire aux valeurs que nous mobilisons pour la défendre ou la transformer.
- Collectif, coordonné par Frédérique Chlous (MNHN) et Jane Lecomte (MNHN)
- Édition bilingue anglais/français
- Broché à rabats
- 11 × 18,5 cm
- 88 pages
- 9,50 €
- Parution le 21 novembre 2025
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