Manifeste du Muséum. Aux origines du genre

« Femme » et « homme » : ces catégories sont utilisées aussi bien pour distinguer le sexe que le genre d'une personne. L'histoire naturelle permet de déconstruire cette confusion, qui emprisonne les individus dans un système social inégalitaire et violent.

« Non-binaires », « bigenres », « polygenres », « agenres »... De plus en plus de mouvements sociaux et philosophiques appellent à s'affranchir des catégories traditionnelles de genre. Au-delà du vocabulaire (homme/femme) et de la grammaire (masculin/féminin), ils bousculent un système social rigide, adossé à des normes hétérosexuelles, vecteur d'inégalités sociales et financières, mais aussi de violences physiques.

Vénus dite “impudique”, Paléolithique supérieur (Magdalénien moyen/supérieur) - Muséum national d’Histoire naturelle

© MNHN - J.-C. Domenech

Qu'est-ce que le genre ?

Il s'agit d'un dispositif social qui distingue deux catégories parmi les membres d'une société : les hommes et les femmes. S'il s'appuie sur l'existence de différences morphologiques remarquables, mais ne supporte pas l'ambiguïté. Ainsi, en France, un enfant né avec des caractères sexuels difficiles à catégoriser subira des opérations chirurgicales pour faire coïncider son apparence au genre qui lui est assigné.

Cette catégorisation place de fait l'individu dans un jeu de pouvoirs hiérarchisés entre hommes et femmes. Nos sociétés actuelles sont dominées par un schéma patriarcal plus ou moins radical, qui avantage les hommes, et soumet les femmes à des contraintes et des sanctions sociales.

Photo d'un couple de cerf et biche, enlacés

Red deer stag and hind

© Mike Potter - stock.adobe.com

À l'origine du genre

Faute de témoignages préhistoriques suffisants, il est difficile de déterminer quand cette catégorisation a débuté. Elle pourrait prendre racine dans une division sexuelle du travail apparue au Néolithique avec l'agriculture et la sédentarisation.

Chez les animaux, s'il existe une répartition des tâches selon le sexe, elle semble moins marquée et variable selon les espèces. Ils n'affichent pas non plus de comportement type associé au sexe : ainsi, les femelles émeu combattent, les lionnes chassent, de nombreux poissons mâles s'occupent de leur couvée. Quant aux comportements homosexuels, ils ont été décrits chez plus de 1 500 espèces animales.

Qu'est-ce que le sexe ?

La reproduction sexuée suppose la fusion de plusieurs cellules différentes, le plus souvent un gamète dit « mâle » et un autre « femelle ».

Dans le monde végétal et animal, on trouve toutes sortes de configurations : gamètes mâles et femelles peuvent être portés par un même individu (hermaphrodisme) ou par deux individus distincts, qui peuvent même changer de sexe au cours de leur vie.

Dans l'espèce humaine, le sexe est en principe déterminé dès la conception. Pourtant, une minorité d'individus sont dotés de caractéristiques génétiques et/ou morphologiques telles que leur sexe ne peut pas être déterminé.

Il n'existe donc pas de frontière naturelle stricte entre être un individu « mâle » et être un individu « femelle ».

Ouvrir les catégories

Les catégories s'avèrent cruciales pour penser, communiquer et construire la connaissance scientifique. Mais elles ne doivent pas devenir des outils de domination sociale. Or, superposer genre et sexe revient à enfermer les individus dans des rôles prédéterminés, faisant le lit d'un patriarcat parfois violent. On peut avoir des seins et être considéré comme un homme, affirme la philosophie queer, qui propose de se libérer des cases instituées, notamment, par la culture occidentale.

Aller plus loin

Couple de faisans, où l'apprence du mâle et de la femmelle est bien différente.

Le sexe désigne tout mélange génétique entre deux individus, autant que des modes de reproduction, des caractères morphologiques...

Couverture du Manifeste du Muséum Aux origines du genre

Manifeste du Muséum : Aux origines du genre

Coédition : Muséum national d’Histoire naturelle / Reliefs Éditions.
Parution : 24 novembre 2022.
Auteurs : collectif, sous la direction de Guillaume Lecointre, zoologiste, systématicien et professeur du Muséum.
Bilingue français / anglais.
98 p., 7,50 € TTC.
À retrouver en librairie, sur tous les sites marchands ainsi que sur le site des Éditions Reliefs.

    Les tribunes du Muséum : Aux origines du genre

    Cette nouvelle édition des Tribunes se fonde sur la dernière parution du Manifeste « Aux origines du genre ». Elle a pour objectif de partager différents points de vue afin d'éclairer les évolutions de la pensée quant à ces notions.

    Notes de bas de page