Manifeste du Muséum. Quel Futur sans nature ?

Du rôle et de la nécessité de l’histoire naturelle dans les sociétés contemporaines

Infox, complotisme, suspicion : face à la progression de l'obscurantisme, l'Histoire naturelle propose une vision rationnelle du monde. Fondée sur l'observation, elle invite à penser l'humain comme membre d'un vaste écosystème naturel avec lequel il doit apprendre à vivre. Ce manifeste trace un chemin vers la construction d'un avenir désirable.

Fleur et bouton séchés dans un herbier, présentant des graines en aigrettes comme chez le pissenlit.

Tragopogon porrifolius L. Asteraceae, Planche des herbier Mercurin (1951)

© MNHN

L’Histoire naturelle est « naturelle » au sens le plus large, car elle observe, caractérise et nomme le monde minéral, végétal et animal, en incluant l'humain dans ses composantes biologiques et sociales. Mais elle est aussi « Histoire », tant au sens originel où elle établit l’inventaire de ce qui existe, qu’au sens moderne où elle en retrace les évolutions dans le temps, depuis les origines de la Terre.

L'Histoire naturelle est en cela une science de la complexité, qui décrit les choses et leurs interactions à toutes les échelles (moléculaire, astronomique, sociale...) pour comprendre leur organisation. Elle convoque pour cela les autres disciplines scientifiques, des mathématiques à la physique, en passant par les sciences sociales, l'agronomie et la philosophie. Et elle distille les connaissances acquises dans toute la société : ses observations sont une source d'inspiration technologique (velcro), médicale (antibiotiques), mais posent aussi les bases d'une réflexion éthique et politique.

Couverture du livre Manifeste Quel futur sans nature ?

Manifeste du Muséum. Quel Futur sans nature ?

  • Coédition Muséum national d’Histoire naturelle / Reliefs Éditions
  • Auteurs : collectif, sous la direction de Guillaume Lecointre, zoologiste, systématicien et professeur du Muséum
  • Bilingue français / anglais
  • 2017
  • 84 p.
  • 7,50 €
Minéral aux teintes pourpres, rosées et blanches.

Rhodochrosite, collection Caillois

© MNHN - F. Farges

Le dictionnaire de la nature

L'Histoire naturelle nécessite la constitution de collections, dans des jardins botaniques et zoologiques, dans des musées, dans des aires naturelles protégées. Chaque avancée technologique (comme le séquençage ADN) conduit à revisiter continuellement ces archives. Ces collections constituent un référentiel sur lequel reposent le savoir scientifique et une réflexion rationnelle sur l'évolution des espèces, la dynamique des populations et le rôle joué par les humains.

Les musées élaborés autour de ces collections sensibilisent le public à son origine et sa place parmi le monde naturel, cultivent sa capacité à comprendre et à raisonner, l'invitent à prendre conscience de son influence et de sa responsabilité sur l'évolution de la planète. Ils répondent ainsi à la nécessité d'« enraciner l'humain en nature ».

Il faut donc « œuvrer pour qu’en France, la science, et en particulier l’Histoire naturelle, fasse partie de la culture », et revaloriser l'enseignement de ses disciplines phares : zoologie, botanique, microbiologie, paléontologie, géologie, anthropologie, ethnologie.

Illustration d'un cactus surmonté d'une fleur rose et d'un fruit.

Cactus cochenillifer, Opuntia cochenillifera, Peinture sur vélin, par Pierre-Joseph Redouté, (circa 1797-1798)

© MNHN

Réconcilier l'humain et la nature

La pratique de l'Histoire naturelle mérite qu'on investisse dans les équipements qu'elle exploite (collections, laboratoires, équipements d'analyse, observatoires, musées). Car elle joue un rôle d'expertise essentiel dans nos sociétés de plus en plus complexes et interconnectées : « Parce qu’elle est aussi réflexion sur la complexité, l’Histoire naturelle est l’un des moyens d’envisager rationnellement [les] conséquences [des innovations qui s’accélèrent] à court ou moyen terme sur les sociétés et la biodiversité ».

L’Histoire naturelle éclaire ainsi les débats nécessaires sur la biologie de synthèse, l'agronomie intensive ou forestière, le devenir des déchets radioactifs, ou encore la conservation des espèces.

Car ces choix politiques sont la clé d'un avenir désirable, basé sur « une nouvelle interaction durable où l’humain [...] saura se réinsérer en nature d’une manière moins conquérante. »

Poisson aux couleurs vives.

Sergent-major, Abudefduf saxatilis, Linné, Peinture sur vélin, par Jean Gabriel Prêtre, (1847)

© MNHN
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