Manifeste du Muséum. Migrations

Les déplacements entre pays sont aujourd’hui source de conflits et de drames. Ainsi, en Europe, des milliers de personnes se noient chaque année en traversant les frontières par la mer. Les humains ont pourtant toujours migré, comme toutes les espèces. Mais ces migrations sont devenues un enjeu politique, qui exagère leur nombre et leurs trajectoires. Dans ce contexte, l’Histoire naturelle propose un regard dépassionné sur les mobilités humaines, pour un débat éclairé et apaisé.

Dessins de trois hirondelles au dos noir et ventre blanc.

3 espèces d’hirondelles, migratrices intercontinentales, peinture sur vélin, par Nicolas Robert (XVIIe siècle)

© MNHN dist. Rmn-GP

La mobilité est indispensable au maintien de la vie sur Terre. Animaux et végétaux migrent, développent des caractéristiques adaptées à leur nouveau milieu puis se mêlent à de nouveaux arrivants. Ce mélange enrichit une nouvelle fois le patrimoine génétique du groupe, assurant à la fois l’évolution et la pérennité des espèces. 

À l’instar des autres espèces, « la migration a joué un rôle majeur dans l’expansion et l’évolution des humains », depuis l’apparition de nos parents du genre Homo sur le continent africain il y a plus de 7,5 millions d’années, jusqu’à la diversité biologique et culturelle actuelle.

Aujourd’hui, les moyens de transport modernes facilitent les déplacements et allongent leurs distances. Le nombre de migrants n’augmente pas pour autant. « Seule une petite fraction de l’humanité souhaite migrer. Au total, 97 % des humains vivent dans leur pays de naissance. »

Couverture du livre du Manifeste du Muséum Migrations

Manifeste du Muséum. Migrations

  • Coédition Muséum national d’Histoire naturelle / Reliefs Éditions
  • Auteurs : collectif, sous la direction de Guillaume Lecointre, zoologiste, systématicien et professeur du Muséum
  • Bilingue français / anglais
  • 2018
  • 94 p.
  • 7,50 €
Dessin d'une branche de téhier avec ses fleurs blanches.

Théier, Camellia sinensis, Chine, elle est cultivée sur tous les continents, peinture sur vélin, par Madeleine Basseporte, (XVIIIe siècle)

© MNHN dist. Rmn-GP

Des motivations multiples et combinées

Au-delà de la recherche de ressources vitales, Homo sapiens semble déjà avoir été mû par une volonté d’exploration. Il y a 65 000 ans, des peuples atteignaient l’Australie. 

Aujourd’hui, les migrations sont aussi étudiantes, de travail, pour fuir la pauvreté, des conflits ou des persécutions… Le plus souvent, plusieurs causes se combinent.

Dans la plupart des cas, « les migrations ne sont pas le fait des plus misérables. » Changer de lieu de vie implique des prédispositions culturelles, des moyens financiers et un réseau sur lequel s’appuyer.

« Les zones les plus pauvres de la planète ne comptent que très peu de migrants […] et ils restent principalement dans leur région de départ. En 2017, 84 % des réfugiés étaient restés dans les pays du Sud, à proximité des zones de crise qu’ils avaient fuies. » En somme, quand on est pauvre on émigre majoritairement dans le pays juste voisin.

Photographie en noir et blanc d'une arrivée d'immigrants en bateau.

Immigrants arrivant à Ellis Island à proximité de Manhattan (1915)

© Library of Congress's Prints and Photographs division

Des perceptions biaisées

Alors que depuis les années 1950, la majorité des migrations sont Sud-Sud, les pays riches nourrissent des craintes d’invasion. Les a priori et les peurs engendrent des réactions racistes ou xénophobes. Peur d’une concurrence sur le marché de travail ou « la peur d’un “grand remplacement”, [qui] n’est étayée ni par les chiffres ni par les comportements ». En France par exemple, les deux tiers des enfants de migrants se marient à des personnes natives ou non enfant de migrants. 

Les flux migratoires sont gérés de façon sécuritaire et à coup de réunions de crise, ce qui entretient une anxiété face à un phénomène pourtant durable et relativisé par les chiffres : 3 % des humains sont des immigrés.

Photo en noir et blanc d'un camp montrant des habitats de fortune sur les versans de collines.

Camp de Kibeho, destiné aux rapatriés du Zaïre et du Burundi (Rwanda)

© S. Salgado

En conséquence, les tensions s’exacerbent aux frontières où se renforcent les barrières physiques (murs), policières ou législatives, démontrant ainsi qu’il n’existe pas de « crise des migrants » mais une crise de l’accueil. Or, en voulant préserver l’intégrité d’une société, cette limitation éclipse la responsabilité morale envers autrui et nie le droit universel de toute personne à quitter le lieu où elle se trouve.

L’Histoire naturelle rappelle que la notion d’hospitalité distingue les humains des autres espèces animales. Elle replace ainsi le cadre du débat sur la question morale et sociale du choix de notre modèle de société, entre recherche d’une nécessaire stabilité et solidarité humaine.

© MNHN
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