Coulisses

De l’Atacama jusqu’à Paris, capturer le désert

Publié le 15 décembre 2025

Depuis 2009, Matthieu Gounelle, Professeur du Muséum, se rend tous les ans dans le désert d’Atacama, au Chili, à la recherche de météorites. En 2024, il est accompagné par deux artistes, Julien Magre, photographe, et Alexandra Roussopoulos, peintre. Cette collaboration a donné naissance à un ouvrage et une exposition : Un désert, des météorites, Carnets d’Atacama.

L’expérience du désert

L’objectif de cette collaboration n’était pas de documenter l’expédition, mais plutôt de rendre compte de l’expérience singulière de la recherche de météorites dans le désert d’Atacama : camper au cœur du désert, loin de toute végétation ou présence animale… en apprenant à reconnaître et récolter des pierres tombées du ciel. 

Les deux artistes ont très vite appris à distinguer les météorites des millions d’autres pierres terrestres qui peuplent le désert. Elles sont sombres, avec une teinte légèrement rougeâtre due à l’oxydation du métal qu’elles contiennent naturellement. Leur forme est souvent arrondie, toujours douce. Et la façon qu’elles ont d’être posées sur le sol témoigne de leur densité et de leur antiquité. 

Dans cet environnement très minéral où le soleil brûle et où le vent balaye toutes choses, les trois "chercheurs" ont vécu une expérience unique, se plongeant dans un état "flottant" indispensable pour trouver des météorites. L’expérience du scientifique et des artistes a donné lieu à un ouvrage où se mêlent des témoignages de cette "écoute", croisant photographies, peintures, et carnets de notes.

Alexandra, Matthieu et Jérôme, désert d'Atacama, novembre 2024

© Julien Magre

Des œuvres autour du mirage, au cœur du désert

Le travail esthétique s’est articulé autour de l’idée du mirage, du trouble que pouvait ressentir le trio dans ce vaste espace aride. Comme les protagonistes le soulignent, l’expérience a été humaine avant d’être artistique : "le silence régnait, le travail de recherche pouvait être épuisant (des kilomètres parcourus quotidiennement à pied), nous étions seuls tout en étant profondément unis, la chaleur était le jour accablante et les soirées glaciales". Ces variations radicales de température trouvent un écho dans le choix du photographe dont les images sont en noir et blanc de jour, en couleur la nuit.

D’autres choix reflètent cette confiance absolue qui a lié instantanément les artistes : certains tirages photographiques de Julien Magre ont servi, après le retour des artistes à Paris, à l’élaboration d’une œuvre plus ample. Ils sont devenus une base de travail pour la peintre, un canevas destiné à être coloré. Chaque œuvre mixte est unique : à chaque fois, Alexandra Roussopoulos n’a eu qu’une seule occasion d’offrir une continuité au tirage photographique grâce à ses pinceaux. Dans un geste parfait, de longs traits horizontaux étirent le paysage et rappellent le mirage.

Photo pour Un désert, des météorites, carnets d'Atacama

© Julien Magre

Pour en savoir plus

Pour retrouver les correspondances établies entre le travail scientifique et les perceptions artistiques, l’ouvrage Un désert, des météorites, coédité par le Muséum et les éditions Ulmer, est disponible en librairie. Une exposition est également présentée dans la Grande Galerie de l'Évolution à la sortie de l'exposition Déserts, du 10 décembre 2025 au 19 avril 2026.

Découvrir l'ouvrage

Photo et peinture, Un désert, des météorites, carnets d'Atacama

© Julien Magre, photographe, et Alexandra Roussopoulos, peintre

Photo pour Un désert, des météorites, carnets d'Atacama

© Julien Magre

Peinture sur verre, Un désert, des météorites, carnets d'Atacama

© Alexandra Roussopoulos

Désertique (2024), peinture sous verre

© Alexandra Roussopoulos

Un désert, des météorites. Carnets d’Atacama

  • Matthieu Gounelle (MNHN), Julien Magre, Alexandra Roussopoulos
  • En partenariat avec les éditions Ulmer
  • Broché
  • 21 x 28 cm
  • 168 pages
  • 32 €
  • Parution le 2 octobre 2025

Cet article a été rédigé par Victoria Briand, rédactrice au Muséum national d'Histoire naturelle.

Relecture scientifique

Matthieu Gounelle

Professeur au Muséum national d'Histoire naturelle (Institut de minéralogie, de physique des matériaux et de cosmochimie - UMR 7590). Chargé de conservation de la collection de météorites du Muséum national d'Histoire naturelle.