Rosa Bonheur (1822 – 1899)

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Publié le 9 juin 2026

Peintre animalière unanimement célébrée tout au long du XIXe siècle, Rosa Bonheur a vu plusieurs fois sa route croiser celle du Muséum national d’Histoire naturelle.

Une passion pour le monde animal

Portrait de Rosa Bonheur par Anna Klumpke, 1898, New York, Metropolitan Museum of Art

Formée auprès de son père Raimond, peintre paysagiste qui travailla ponctuellement pour le Muséum national d'Histoire naturelle1, Rosalie Bonheur se spécialise très tôt dans la représentation des animaux qu’elle étudie dans les campagnes environnant Paris2, à l’abattoir du Roule ou à la Ménagerie du Jardin des Plantes3.  

Les livrets des salons artistiques parisiens du XIXe siècle témoignent de son intérêt précoce pour l’art animalier : entre 1841 – date à laquelle, âgée de 19 ans, elle fait ses débuts avec les toiles Deux lapins et Chèvres et moutons – et 1848 – où elle est récompensée de la médaille d’or avec sa toile Boeufs et taureaux, race du Cantal – Marie-Rosalie Bonheur alias Rosa Bonheur présente plus de trente œuvres illustrant ainsi sa passion pour le monde animal.

  • 1« Vers cette époque, M. Geoffroy Saint-Hilaire, le célèbre directeur du Muséum, fit à mon père la commande d’une série considérable de planches représentant des pièces d'histoire naturelle », dans Anna Klumpke, Rosa Bonheur ; sa vie son œuvre, Paris, E. Flammarion, 1909, p. 158.
  • 2« Je poursuivais mon éducation artistique en travaillant dur dans ce quartier de Paris qui s’étend derrière le parc Monceau et qui dans ce temps-là n’était que champs, fermes et laiteries. J’y étudiai les vaches, les moutons, les chèvres. ». Rosa Bonheur, « La vie d’une artiste » dans La revue des revues, 15 janvier 1897, p.136.
  • 3Dans Reminiscences of Rosa Bonheur, la biographie qu’il consacre à Rosa Bonheur en 1910, Théodore Stanton cite Albert Geoffroy Saint-Hilaire : « Je connaissais depuis longtemps l'éminente artiste, qui était souvent chez nous, car, dès sa plus tendre jeunesse, elle fréquentait assidûment la ménagerie du Muséum d'histoire naturelle ». (p.35-36). Disponible en ligne : Reminiscences of Rosa Bonheur : Stanton, Theodore, 1851-1925

Boeufs du Cantal. 10, lithographie en noir, d'après le tableau de Rosa Bonheur de 1856 par Louis-Emmanuel Soulange-Tessier. Direction des bibliothèques et de la documentation

 

 

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Une renommée qui devient internationale

Suivront, au Palais des Tuileries puis à l'Hôtel des Menus-Plaisirs, ses plus grands succès : Labourage nivernais ; le sombrage, tableau exposé en 1849 à l'issue d’un voyage d’étude dans la Nièvre, et Le Marché aux chevaux, spectaculaire toile de 2 m 50 sur 5 mètres dévoilée en 1853. Représentante du mouvement réaliste, Rosa Bonheur a passé plus d’un an au cœur du marché aux chevaux de Paris pour réaliser ce tableau. Vendu 40 000 francs à un éditeur anglais, il sera racheté en 1887 par Cornelius Vanderbilt pour en faire don au Metropolitan Museum of Art de New-York, où il est toujours exposé aujourd'hui. Le Marché aux chevaux vaut à Rosa Bonheur une renommée internationale, notamment en Angleterre, qu’elle visite dès 1856, enrichissant encore sa palette de modèles vivants.

Le Marché aux chevaux par Rosa Bonheur, 1852-55, huile sur toile, tableau exposé au Metropolitan Museum of Art, New-York

Un réalisme anatomique exceptionnel

Chien d'arrêt par J. Aubert, lithographie en noir d'après Rosa Bonheur. Direction des bibliothèques et de la documentation

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Les critiques présents au Salon de 1853 ne s’y trompent pas, soulignant le grand réalisme de son travail et la forte impression produite par la toile4. Dans la thèse de doctorat vétérinaire qu’elle a consacrée à Rosa Bonheur en 2013, Léa Rebsamen souligne l’exactitude anatomique des sujets de l’artiste, dont elle salue « l’éthique de travail acharné » jusqu’à faire d’elle « la plus scientifique, la plus naturaliste de tous les peintres animaliers »5.  

Rosa Bonheur elle-même, revenant en 1897 sur les débuts de sa carrière, insiste sur l’observation approfondie qu’elle a toujours consacrée à ses sujets :

Avant d’entreprendre l’étude d’un chien, d’un cheval, d’une brebis, je me familiarisai avec l’anatomie, l’ostéologie, la myologie de chacun d’eux. Je faisais même des travaux de dissection, et c’est encore un conseil que je donne aux animaliers.

Rosa Bonheur, « La vie d’une artiste » dans La revue des revues, op.cit., p.137

La Bibliothèque centrale du Muséum conserve dix lithographies appartenant à une série de Grandes études d’animaux d’après des études peintes par Rosa Bonheur (éditées par Hippolyte Peyrol à Paris), deux héliogravures et un ensemble de cinq esquisses signées Rosa Bonheur : on y retrouve la précision chère à l’artiste et l’attention toute particulière portée au regard des animaux qu’elle représente. Dans les souvenirs recueillis par Anna Klumpke, peintre américaine qui a partagé au château de By les dernières années de sa vie, Rosa Bonheur revient sur cette dimension dans son travail : 

Je ne me plaisais qu’au milieu de ces bêtes, je les étudiais avec passion dans leurs mœurs. Une chose que j’observais avec un intérêt spécial, c'était l'expression de leur regard : l’œil n'est-il pas le miroir de l’âme pour toutes les créatures vivantes ; n'est-ce pas là que se peignent les volontés, les sensations des êtres auxquels la nature n'a pas donné d'autre moyen d'exprimer leur pensée.

  • 4Voir « Salon de 1853 » dans Le Nu moderne au salon (1799-1853) : Revue de presse [en ligne]. Grenoble : UGA Éditions, 2005. Disponible sur Internet : http://books.openedition.org/ugaeditions/8633.
  • 5Léa Rebsamen (sous la direction de Christophe Degueurce), Rosa Bonheur, artiste animalière au 19ème siècle, Ecole vétérinaire de Maisons-Alfort, 2013, p.12.

Rosa Bonheur et le Muséum national d’Histoire naturelle

Bouc des Pyrénées  par Achille Gilbert, lithographie, en noir d'après le tableau de Rosa Bonheur exposé au Musée de Bordeaux. Direction des bibliothèques et de la documentation

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Avec les succès remportés aux salons des années 1840 et 1850 viennent de nombreuses commandes6, l’installation dans un atelier rue d’Assas où Rosa Bonheur travaille entourée d’animaux – comme en témoigne une gravure publiée dans L’Illustration de mai 1852 – puis, en 1859, l’acquisition du château de By dans la commune de Thomery, en Seine-et-Marne.  

Sitôt installée, Rosa Bonheur s’intéresse aux animaux de la forêt de Fontainebleau et aménage une ménagerie sur sa propriété : « À certain moment, c'est une véritable arche de Noé que j’ai eue là. On y a vu des mouflons, des cerfs, des biches, des isards, des sangliers, des moutons, des chevaux, des bœufs, et même des lions. »7

À la suite de la guerre de 1870, Rosa Bonheur s’attèle à l’étude des lions et des tigres : comme de nombreux artistes du XIXe siècle8, elle trouve ses modèles à la Ménagerie du Jardin des Plantes avant de faire l’acquisition d’un couple de lions achetés au Jardin zoologique de Marseille, qu’elle offre peu de temps après au Muséum. Les archives de la Ménagerie (consultables en ligne) conservent bien la trace, le 10 août 1880, du don, par Mademoiselle Rosa Bonheur, d’un lion et d’une lionne portant le numéro d’entrée 739, don également immortalisé par une estampe conservée dans les collections des bibliothèques du Muséum. 

C’est aussi au château de By, en 1865, que Rosa Bonheur se voit remettre par l’impératrice Eugénie la croix de la Légion d’honneur, épinglée avec ces mots : 

« Je suis tout heureuse d'être la marraine de la première femme artiste qui reçoive cette haute distinction. J’ai voulu que le dernier acte de ma régence fût consacré à montrer qu’à mes yeux le génie n’a pas de sexe. »

Impératrice Eugénie dans Rosa Bonheur ; sa vie son œuvre, op.cit. p.264

  • 6Dans la préface de L'agriculture française : principes d'agriculture appliqués aux diverses parties de la France, dont certaines planches ont été dessinées par Rosa Bonheur, Louis Gassin remercie l’artiste, « qui a daigné coopérer elle-même à ce travail ».
  • 7Rosa Bonheur ; sa vie son œuvre, op.cit. p.249
  • 8Luc Vézin, Les artistes au Jardin des plantes, Herscher, 1990
  • 9Registre d’entrée des mammifères à la ménagerie, 1853-1901, ARCH Men 29

Lionne et lion donnés au Jardin des Plantes par Melle Rosa Bonheur, estampe (xylographie en noir) par G. Perruchot, 1880. Direction des bibliothèques et de la documentation

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Une artiste oubliée mais remise en lumière

Si Rosa Bonheur a été peu à peu oubliée en France après sa mort en 1899, les nombreuses expositions à l’occasion du bicentenaire de sa naissance en 2022 ont contribué à la remettre en lumière avec notamment au château de Rosa Bonheur « Le Musée des œuvres disparues », une exposition inédite des œuvres de Rosa Bonheur ainsi que « Rosa Bonheur à Bordeaux » au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux, sa ville de naissance et une importante rétrospective proposée par le musée d’Orsay.