Biographie

Germaine Petter (1923-2017)

Celles et ceux qui ont côtoyé Germaine Petter se souviennent d’une personne gentille et ouverte, mais qui n’aimait pas parler d’elle. Ils se remémorent une chercheuse discrète, curieuse et décidée.

Une paléontologue remarquable

Germaine Petter

© Claire Martha

Depuis son adolescence, elle s’intéresse aux sciences, veut devenir paléontologue et étudier les mammifères. Lauréate d’un baccalauréat en mathématiques, elle entre dans le monde des sciences naturelles qu’elle ne quittera pas. Son mémoire d’études supérieures de paléontologie soutenu en 1949 est consacré à un groupe de lamellibranches, des mollusques bivalves, provenant d’un gisement crétacé de l’Aude. Sa thèse de doctorat d’État, qu’elle défend en 1957, lui fait arpenter le Sahara et ses gisements paléontologiques.

Attirée par les vertébrés et plus particulièrement par les mammifères fossiles, elle se rapproche de Jean Piveteau, qui lui confie l’étude du lien entre le nanisme de certaines espèces d’éléphants fossiles et actuels de la forêt africaine. Elle retourne alors en Afrique, cette fois au Congo belge (aujourd’hui République démocratique du Congo). 

Après avoir décrit une particularité de l’oreille interne des lions, elle se consacre aux mustélidés, des petits mammifères carnivores, dans le laboratoire de paléontologie dirigé par Jean-Pierre Lehman. Elle collabore alors avec de fameux paléontologues tels Camille Arambourg, Léonard Ginsburg et Yves Coppens. L’Afrique est à nouveau convoquée, puisqu’elle embarque avec eux au Kenya, en Ouganda et surtout en Éthiopie, dans la vallée de l’Omo, qui ne cessera de la fasciner par la richesse de ses gisements fossiles et son rôle majeur dans l’étude de l’évolution des mammifères. Plus de trente ans après, Germaine évoque à demi-mot le jour de la découverte de Lucy, en 1974, à laquelle elle a participé, encore éblouie par le retentissement de ce moment exceptionnel.

Des missions à l'internationale

C’est donc en tant que paléontologue qu’à partir du début des années 1950 elle parcourt l’Afrique, un continent qui deviendra son terrain de fouilles privilégié. Les mammifères carnivores fossiles (mustélidés, viverridés, hyénidés, félidés, canidés, etc.) sont le sujet central de ses travaux scientifiques. Elle et son époux, Francis, effectuent de nombreux voyages sur le continent africain, partageant leur passion commune pour les animaux, actuels pour lui, disparus pour elle. Son beau-frère Jean-Jacques, vétérinaire, est toujours proche d’eux. Elle se rend également en mission en Espagne, en Israël, en Tanzanie, à Madagascar – où elle effectuera un moulage de Megaladapis pour en doter les collections du Muséum –, en Bolivie pour étudier les marsupiaux. Le Muséum conserve aujourd’hui les collectes réalisées par Germaine Petter au cours de ses missions, notamment des spécimens de goniatites, un ordre d’ammonites. 

Germaine Petter se présentera quatre fois avant d’être reçue au CNRS, alors que sa candidature est excellente. Ces refus sont-ils à attribuer à la forte masculinisation, voire au machisme, de l’univers scientifique, comme l’évoque une paléontologue ayant côtoyé Germaine Petter ? À l’issue de cette carrière parfois ralentie, mais au cours de laquelle elle sera parvenue à devenir directrice de recherche, Germaine Petter consacre pleinement sa retraite à la mise en valeur et au classement des collections de paléontologie en intégrant l’équipe muséographique de la galerie de Paléontologie et d’Anatomie comparée du Muséum. 

Ses autres activités de diffusion comprennent la rédaction de quelques livres de vulgarisation scientifique et la traduction d’autres ouvrages de l’anglais au français. Elle est notamment coautrice avec Brigitte Senut de Lucy retrouvée, publiée en 1994. Elle participe, par ses observations, à la carte géologique de l’Algérie. 

Un petit mammifère insectivore endémique de Madagascar nommé Plesiorycteropus germainepetterae lui a été dédié en 1994 par Ross MacPhee de l’American Museum of Natural History à New York.

Autrice

Image décorative

Cécile Colin-Fromont

Muséographe, cheffe de projet de la Galerie de Paléontologie et d’Anatomie comparée du Muséum national d'Histoire naturelle

Un article issu de l'ouvrage Savanturières, une histoire naturelle au féminin

Savanturières. Une histoire naturelle au féminin

  • Collectif
  • Relié cartonné
  • 19  ×  25,5 cm
  • Parution le 17 octobre 2025
  • 304 pages
  • 39 €

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