Qu’est-ce que l’iridescence ?
L’iridescence est un phénomène optique dans lequel la couleur d’un objet dépend de l’angle d’observation et d’éclairage de celui-ci. En fonction de l’interaction de la lumière avec les structures à la surface de l’objet, différentes couleurs peuvent apparaître. Ce phénomène s’observe dans un grand nombre de situations, que ce soit sur les minéraux, les ailes de certains papillons, les bulles de savon, les taches d’essence et bien d’autres…
Pourquoi voit-on plusieurs couleurs sur un même objet ?
Contrairement aux couleurs dites "chimiques" (comme celles des pigments) dont l’apparence est stable, les couleurs "physiques" varient selon l’angle d’observation et la lumière. L’iridescence révèle donc des couleurs "physiques" qui apparaissent selon la façon dont la lumière interagit avec un objet et sa matière.
Deux grands types de phénomènes expliquent ces changements de couleurs selon l’angle d’observation.
Le premier, l’interférence par film mince, se produit lorsque la lumière traverse une couche de matière transparente, comme pour les bulles de savon aux reflets colorés : la couleur de lumière reflétée dépend alors de l’épaisseur de la bulle. Dans la nature, de telles couches minces sont souvent superposées, c’est le cas chez certains minéraux mais aussi de nombreux animaux ! Lorsque la lumière rencontre ces couches superposées, elle est réfléchie plusieurs fois. Les ondes lumineuses reflétées s’additionnent ou s’annulent selon leur longueur (ce qu’on appelle des interférences positives et négatives) créant des teintes qui changent en fonction de l’angle de vue.
Le deuxième, appelé "diffraction de réseau", se produit quand la surface d'un objet est constituée d'arrangements microscopiques ordonnés dans l’espace qui se répètent de façon régulière. C’est le cas par exemple dans certaines structures cristallines minérales ou encore dans la disposition des stries qui couvrent les écailles de certains papillons : la lumière est diffractée sur chacune de ces structures, et la répétition multiple de cet effet provoque des changements de couleur pour l’observateur.
Correspondances poétiques
Labradorite, collection de minéraux et gemmes du Muséum national d'Histoire naturelle
© MNHN - F. FargesLe poète Roger Caillois décrit l'aile des papillons Morpho du Brésil comme possédant une "lumière basculante".
En effet, l'aile est grise sous une certaine incidence de lumière, mais si l'angle de réfraction change, elle devient bleu électrique.
Il fera la même observation face à une labradorite, une roche qui passe du gris terne au bleu intense selon l’angle d’observation.
C’est en admirant ce même phénomène dans deux ordres naturels différents (animal et minéral) qu’il élaborera une partie de sa poétique.
Tout savoir sur la collection Roger Caillois
L’iridescence chez les minéraux
Une question de couches
Pour beaucoup de minéraux, les irisations naissent d’interférences lumineuses. La lumière se réfléchit sur de très fines couches "empilées", bien souvent des films d’oxydation, qui recouvrent la surface du minéral. C’est le cas, par exemple, de la chalcopyrite ou encore de certaines agates dites "agates de feu". La turgite, une variété de goethite, est particulièrement spectaculaire : elle montre des reflets intenses, aux dominantes vertes, roses et violettes.
D’autres matériaux, comme la nacre, doivent leur iridescence à l’empilement de minces couches d’aragonite. Leur superposition crée des interférences qui renvoient des couleurs changeantes selon l’angle d’observation.
Turgite et iridescences à sa surface
CC BY 2.0 James St. John
Agate "de feu" iridescente
CC BY 2.0 Jessa and Mark Anderson
Zoom sur de la nacre
© marinayesina
Image au microscope électronique de la surface d'une perle (nacre) : on y observe une superposition de lamelles
C0 Fabian HeinemannUne lumière sculptée par des inclusions
Enfin, certaines irisations proviennent de fines inclusions ou de nano-structures internes. Elles diffractent la lumière et créent des reflets multicolores. C’est le cas de la labradorite dont les irisations donnent naissance aux reflets bleus, verts ou dorés typiques de ce minéral.
L’opale irisée (contrairement aux opales communes) doit quant à elle ses couleurs à une structure interne très régulière. Elle est formée de minuscules sphères de silice hydratée, toutes de taille comparable (environ 0,3 µm). Cette organisation ordonnée diffracte la lumière et produit les célèbres éclats multicolores.
Des nuages multicolores !
Nuage iridescent
CC BY-SA 3.0 GQuirogaCertains nuages sont aussi iridescents. Plutôt fins, ce sont des nuages qui ont comme particularité un écartement des gouttes ou des cristaux de glace très spécifique. Le phénomène de diffraction opère, et le nuage se pare des couleurs d’un arc-en-ciel. Ces irisations s’observent majoritairement en altitude.
L’iridescence chez les animaux
Zoom sur l'aile d'un Morpho rhenetor
© MNHN - V. DebatComme chez les minéraux, une grande partie du phénomène d’iridescence chez les animaux (qu’il s’agisse de peau, de plumes, d’écailles…) est causée par la superposition de fines couches traversées par la lumière ou la juxtaposition de stries, ce qui provoque des interférences et/ou la diffraction de la lumière.
Ces couches ultrafines de kératine ou de chitine, intercalées par des couches d’air, sont à l'origine des couleurs iridescentes chez les animaux. C’est le cas des papillons du genre Morpho, dont les ailes, qui reflètent une couleur bleue iridescente, sont couvertes d’écailles microscopiques. Ces écailles sont elles-mêmes parcourues de stries, constituées de très fines lamelles superposées. Quand le papillon bat des ailes, la lumière passe à travers ces fines lamelles superposées et produit des "flashs" bleus et brillants. On pense que ces flashs favorisent la survie du papillon, en perturbant le prédateur au moment d'une attaque.
De nombreuses espèces peuvent présenter des irisations : les plumes des colibris ou des étourneaux brillent grâce à des nanostructures organisées tandis que certains scarabées par exemple doivent leur éclat métallique à des stries et lamelles à l’échelle du nanomètre. Même dans les profondeurs marines, certains céphalopodes ont des cellules spécialisées capables de produire des irisations : les iridophores et leucophores. Celles-ci contiennent des lamelles de guanine superposées.
L’iridescence peut avoir de nombreux effets : attirer un partenaire, dissuader un prédateur ou se fondre dans le milieu en perturbant la perception des couleurs. Bien plus qu’un simple "effet décoratif", elle illustre le lien étroit entre structures biologiques, comportements et propriétés physiques de la lumière.
À la recherche du Morpho bleu
Cétoine dorée (Cetonia aurata)
CC BY-SA 3.0 I. Chrumps
Souimanga de Palestine (Cinnyris osea osea)
CC BY-SA 4.0 Charles J. SharpCet article a été rédigé par Victoria Briand, rédactrice au Muséum national d'Histoire naturelle.
Relecture scientifique et contribution
Cristiano Ferraris
Maître de conférences en minéralogie au Muséum national d'Histoire naturelle (Institut de minéralogie, de physique des matériaux et de cosmochimie - UMR 7590)
Vincent Debat
Maître de Conférences au Muséum national d'Histoire naturelle (L’Institut de Systématique, Évolution, Biodiversité - UMR 7205)
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