Les animaux peuvent-ils être créatifs ?

De nombreuses espèces de primates peuvent faire preuve d’inventivité pour améliorer leur quotidien. Il est en revanche compliqué de parler de « créativité » au sens strict.

Les primates, des animaux rarement créatifs

Les primates par exemple, les animaux les plus proches de nous sur un plan évolutif, montrent plutôt un certain conformisme dans leur quotidien. Dans une même communauté, les chimpanzés utilisent toujours le même type d’outils, ce qui définit des « cultures » animales. L’usage qui en est fait est propre à un groupe et non à l’environnement ou à la génétique. Il est transmis de génération en génération avec peu d’innovation. Ce certain « conformisme » se retrouve aussi au niveau de l’alimentation, relativement fixe pour un groupe donné, les chimpanzés étant relativement néophobes (c’est-à-dire craignant la nouveauté) dans leur alimentation.

Cependant, face à des problèmes particuliers, les chimpanzés peuvent faire preuve de « créativité » et trouver des solutions originales: un chimpanzé blessé peut utiliser une liane de façon particulière pour se gratter le dos, un groupe peut développer des activités de pillage nocturne de maïs pour éviter d’être chassés par les agriculteurs qui relâchent leur gardiennage pendant la nuit.

Des individus plus ou moins créatifs

Nénette joue avec de la peinture

Nénette fait de la peinture

© MNHN - E. Baril

Contrairement à ce qu’on observe chez les communautés humaines depuis 800 000 ans, il n’y a pas d’intérêt chez les autres primates pour les objets lithiques brillants ou avec une apparence différente. En captivité, des objets pailletés, aux couleurs vives, aux formes particulières ont été proposés aux orang-outans de la Ménagerie du Jardin des Plantes : ils les manipulent plus que les pièces ternes mais ils ne les conservent pas et leur intérêt décroit avec le temps.

D’autres essais ont cependant montré que si l’on fournit des éléments permettant l’expression d’une certaine créativité aux orang-outans, certains manifestent un véritable intérêt. Lorsqu’on donne du papier et de la peinture non toxique à Nénette, une femelle orang-outan de la Ménagerie du Jardin des Plantes, elle occupe les 30 minutes de sa session de dessin à peindre avec ses doigts ou avec des objets, à faire des pliages… elle utilise même préférentiellement du vert et du marron ! Mais si Nénette sait faire preuve de créativité artistique, ses congénères sauvages sont en général plus pragmatiques et leur inventivité sera plutôt mise à profit pour trouver des stratégies dans les contextes alimentaires ou sociaux. 

Article rédigé en 2015. Sabrina Krief, Professeure au Muséum d’histoire naturelle (UMR 7206, Éco-anthropologie)

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