Qu’est-ce que le wax ?

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Publié le 24 septembre 2025

Le wax est un tissu coloré emblématique du continent africain. Plus qu’un simple textile, cette étoffe, née il y a 120 ans d’un métissage entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique, est porteuse d’histoire et de symboles.

Reconnaissable au premier coup d’œil, le wax est composé de motifs colorés, imprimés sur les deux faces du tissu. Ses dessins sont réalisés grâce à une technique utilisant la cire pour délimiter les contours d’impression. D'où son nom, puisqu'en anglais le mot wax veut dire « cire ». En effet, ce tissu associé à la culture africaine possède aussi des racines européennes — britanniques, hollandaises et suisses, entre autres.

Une histoire née sur trois continents

Le wax a été introduit en Afrique dès la fin du XIXe siècle, dans un contexte colonial, par les Néerlandais. Ils tentent d’abord de faire commerce en Indonésie du batik, un tissu né à Java, imprimé sur deux faces de motifs floraux dessinés grâce à un stylet de cire. Mais leurs copies ne rencontrent pas le succès espéré. Des soldats ghanéens envoyés à Java par les Néerlandais — présents au Ghana, alors appelé Côte-de-l’Or, jusqu’en 1872 — se seraient entichés de ces productions qui deviendront très appréciées par la suite dans la région.

Tissu Wax

© Vlisco B. V., photo : MNHN - J.-C. Domenech

Tissu Wax

© Vlisco B. V., photo : MNHN - J.-C. Domenech

Tissu Wax

© Vlisco B. V., photo : MNHN - J.-C. Domenech

Tissu Wax

© Vlisco B. V., photo : MNHN - J.-C. Domenech

Coproduction économique et culturelle

Hollandais et Britanniques implantés sur la côte ouest-africaine s’associent pour développer ce commerce. Les Hollandais en maîtrisent les techniques, les Britanniques la distribution. Un écossais, Ebenezer Brown Fleming, crée des motifs originaux d’inspiration indienne, égyptienne et surtout africaine. Ses dessins sont adoptés mais réinterprétés par les clientes et les vendeuses. L’aile stylisée de Garuda, oiseau sacré hindou, est par exemple perçue comme un coquillage, un escargot sortant de sa coquille ou un régime de banane, selon les régions.

Les femmes au cœur du wax

Les revendeuses de wax orientent les choix des couleurs et des motifs, les nomment, les associent à des slogans et des proverbes achevant de les populariser. Dans les années 1960, un groupe de femmes togolaises domine le marché de l’Afrique de l’Ouest, le Ghana indépendant ayant rejeté cette production coloniale. Appelées « Nana Benz », car elles circulent dans de coûteuses Mercedez Benz, elles contribuent à l’économie et parfois à la politique de leur pays. Elles financent également la construction d’écoles, d’hôpitaux ou d’églises ou… prêtent leurs voitures aux officiels.

Le langage du Wax

Le wax devient un produit culturel. Ses couleurs et ses motifs sont porteurs de sens. Un oiseau s’envolant d’une cage signifie « Si tu sors, je sors », un slogan marquant soit sa liberté, soit la cohésion entre conjoints ; « l’œil de ma rivale » est un avertissement lancé à une amante potentielle ; une feuille de gombo symbolise un caractère déterminé. Des motifs deviennent traditionnels, d’autres, éphémères, s’affichent en certaines occasions.

Wax de la maison Vlisco

Wax de la maison Vlisco

© Vlisco B. V., photo : MNHN - J.-C. Domenech
Exposition WAX au Musée de l'Homme
© Vlisco B. V., photo : MNHN - J.-C. Domenech

Un marché convoité

Rapidement, le wax se démocratise. Les prix baissent encore avec l’arrivée de concurrents locaux et surtout chinois, qui occupent désormais une grande part du marché. Vlisco, l’un des pionniers néerlandais, reste toutefois une marque incontournable, prisée par les couturiers. Ces derniers achèvent de faire du wax un tissu à la fois universel et un marqueur de la culture africaine, arboré à travers toute la planète.

Tissu Wax

© Vlisco B. V., photo : MNHN - J.-C. Domenech

Tissu Wax

© Vlisco B. V., photo : MNHN - J.-C. Domenech

Tissu Wax

© Vlisco B. V., photo : MNHN - J.-C. Domenech

Tissu Wax

© Vlisco B. V., photo : MNHN - J.-C. Domenech

Relecture scientifique

Manuel Valentin

Responsable scientifique des collections d'anthropologie culturelle et maître de conférence au Muséum national d'Histoire naturelle (Patrimoines locaux, environnement & globalisation - UMR 208)