La momification en Égypte antique
La pratique de la momification chez les Égyptiens anciens a évolué au cours du temps, à partir du milieu du IVe millénaire avant J.-C. jusqu'au IIIe ou IVe siècle après J.-C. Ayant perduré pendant 4 000 ans, elle a atteint un certain niveau de technicité.
Aux origines de la momification égyptienne
Les premières formes de momification
Les plus anciennes momies de l’Égypte ancienne sont le résultat d'un processus naturel, intrinsèquement lié à leur environnement. En effet, à la fin de la préhistoire égyptienne et avant l’émergence des dynasties pharaoniques, les Égyptiens enterraient les corps dans des tombes peu profondes. Les défunts étaient directement en contact du sable. Celui-ci participait au dessèchement des corps et à leur préservation.
Mais à cette époque, les Égyptiens n’en avaient pas conscience. Ayant observé ce phénomène, ils tenteront de le reproduire par la suite en développant des techniques plus ou moins complexes afin de favoriser la conservation des corps.
Pourquoi la momification était essentielle pour les Égyptiens
Chez les Égyptiens anciens, la préservation du corps est étroitement liée à la croyance en une forme de vie après la mort. Pour eux, une personne est constituée de plusieurs entités, dont une physique et l’autre non physique, mais lorsqu’elle trépasse, la connexion entre ces éléments est rompue. Le soin apporté au corps est donc essentiel pour restaurer ce lien, redonner une unité aux différentes composantes du défunt, et ainsi renouveler la vie. Des rituels spécifiques sont effectués pour lui permettre d’avoir accès à un nouveau corps.
La légende d’Isis et d’Osiris
Coffret funéraire (Égypte)
© Musée du Louvre, Dist. Grand Palais RMN - Georges PoncetDans la mythologie égyptienne, ce concept de résurrection est associé au dieu Osiris. Assassiné par son frère Seth, il aurait été découpé en plusieurs morceaux puis dispersé à travers toute l’Égypte. Isis, l’épouse d’Osiris, aurait alors entrepris une longue quête pour retrouver chaque fragment du corps de son époux. Une fois les morceaux du corps rassemblés, elle aurait sollicité Anubis, le dieu embaumeur, pour entourer le corps de bandelettes. Le dieu Osiris a été ramené à la vie. Elle aurait ainsi été à l’origine de la première momie. Ce mythe
incarne, pour les Égyptiens, l’espoir d’une résurrection après la mort.
Des techniques de momifications perfectionnées
Les étapes de la momification égyptienne
Très peu de sources émanant des Égyptiens anciens expliquent les méthodes de préservation des corps après la mort. Ce sont surtout des historiens grecs, Hérodote et Diodore de Sicile, qui en parlent dans leurs écrits en donnant des détails sur la pratique des embaumeurs.
Le corps était posé sur une table inclinée pour favoriser l’écoulement des fluides corporels. Il était ensuite nettoyé, puis éviscéré : tous les éléments putrescibles étaient retirés. L’os du nez était brisé pour faciliter le retrait du cerveau qui se faisait à l’aide d’une petite spatule et une incision était pratiquée sur le flanc gauche pour en retirer les viscères qui étaient conservés séparément.
Étiquette de momie égyptienne
© Musée du Louvre, Dist. Grand Palais RMN - Georges PoncetAprès l’éviscération, le corps était desséché à l’aide de natron (un sel minéral). Les embaumeurs essayaient ensuite de redonner du volume au corps du défunt en y introduisant diverses substances et éléments. Des amulettes et d’autres éléments étaient placés sur le corps pour assurer son devenir post mortem, puis, il était enveloppé de bandelettes en lin.
Toutefois, la momification n’était toutefois pas le seul rituel pour permettre au défunt d’accéder à la résurrection : des offrandes devaient être apportées au défunt pour qu’il puisse se nourrir et boire même dans l’au-delà ! Nombre de collations
pouvaient donc être laissées dans son tombeau.
Qui pouvait se faire momifier ?
Pour autant, selon les régions et les périodes historiques, seulement une certaine partie de la population égyptienne pouvait accéder à la momification. Aux origines de cette pratique, seul le roi et son entourage pouvaient être préservés de cette façon, et progressivement la pratique s’est étendue à une élite puis au peuple.
Exposition Momies au Musée de l'Homme
© MNHN - J.-C. DomenechOn considère que c’est au Nouvel Empire (Ier millénaire) que la momification atteint son apogée : les techniques se précisent et la pratique se répand auprès d’un plus grand nombre de personnes. Hérodote, lors de son voyage en Égypte au Ve siècle, mentionne alors l'existence de trois techniques de momification accessibles à toutes et tous. Les classes les plus populaires pouvaient ainsi faire appel aux embaumeurs pour pratiquer la technique la moins chère sur leurs défunts.
Momie d'une enfant égyptienne
Des momies d'animaux
Momie de chat (Égypte), inv. 90001366, musée des Confluences (Lyon, France)
© A. BargaudDans l’Égypte ancienne, les animaux aussi peuvent être momifiés : on connaît aujourd’hui des momies d’animaux domestiques comme les chats, mais aussi de bétail ou d’animaux sauvages, comme les oiseaux, lions, crocodiles...
Cet article a été rédigé par Victoria Briand et Samantha Fortes, rédactrices au Muséum national d'Histoire naturelle.
Relecture scientifique
Éloïse Quétel
Responsable des collections médicales et d’anatomie pathologique au sein du Pôle Collections scientifiques et Patrimoine de Sorbonne Université ; co-commissaire scientifique de l’exposition Momies au Musée de l’Homme.
Noëlle Timbart
Conservateur en chef du Patrimoine, responsable de la filière Archéologie et ethnographie et chargée des Antiquités égyptiennes et orientales au Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France
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