Mammifère

Rat-taupe nu

Heterocephalus glaber

Ils vivent sous terre, n’ont presque pas de poils et forment des sociétés matriarcales : découvrez tous les secrets du rat-taupe nu, un rongeur hors du commun.

Taillé pour creuser

Originaire de la corne de l’Afrique, le rat-taupe nu (Heterocephalus glaber) évolue dans des zones semi-arides et herbeuses, entre 400 et 1 500 m d’altitude. Là-bas, il passe la quasi-totalité de sa vie sous terre, dans des galeries s’enfonçant jusqu’à deux mètres de profondeur. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que son physique reflète son mode de vie : ses yeux sont très atrophiés et ses oreilles, sans pavillon externe, peuvent se fermer pour éviter que de la terre n’y entre, tout comme ses narines !

Ni rat, ni taupe ?

Contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire, le rat-taupe nu n'a rien de commun avec la taupe… si ce n’est son aptitude à vivre sous terre ! Il appartient à l'ordre des Rongeurs, comme le rat, et plus précisément à la famille des Bathyergidés.

Rat-taupe nu (Heterocephalus glaber)

© MNHN - G. Balemboy

Mais ne vous laissez pas berner par son apparence : derrière cet aspect « primitif » se cache un animal parfaitement adapté à son environnement. Son ouïe et son odorat sont particulièrement développés et les rares poils que porte son corps (que l’on appelle « vibrisses ») lui permettent de détecter les vibrations, les courants d’air et les obstacles. Une capacité indispensable pour se repérer dans les galeries qu'il creuse.

En parlant de « creuser » : saviez-vous que ce sont les incisives du rat-taupe nu, dont la croissance est continue tout au long de sa vie, qui lui permettent de façonner les tunnels dans lesquels il évolue ? Ces dents ont la particularité de traverser sa peau, lui permettant de creuser sans même ouvrir la bouche !

Un quart de sa masse musculaire est d’ailleurs concentrée dans ses puissantes mâchoires. Et ce n’est pas tout : il possède même de petits poils entre les doigts de ses pattes qui lui permettent de balayer le sol pour évacuer la terre.

Un environnement peu hospitalier

Peu d’animaux seraient capables de vivre dans des galeries souterraines où l’oxygène se fait rare (seulement 10 à 15 %). Pourtant, le rat-taupe nu possède une capacité remarquable d’adaptation : il peut survivre jusqu’à 18 minutes sans oxygène. Même s’il perd connaissance, il reprend rapidement ses esprits, sans aucune séquelle, dès que l’air redevient respirable.

La chaleur, ça se partage

Contrairement aux autres mammifères, le rat-taupe nu est incapable de réguler seul sa température corporelle. Pour se réchauffer, il doit donc se blottir contre ses congénères pour profiter de la chaleur collective. Il peut aussi se reposer dans des tunnels proches de la surface, où le sol est chauffé par le soleil.

Pour se nourrir, il consomme principalement des tubercules et des racines charnues, qui lui fournissent également l’eau nécessaire à sa survie. Lorsqu’il découvre un tubercule de grande taille, il n’en mange que l’intérieur et laisse intacte l’épiderme. Il rebouche ensuite le trou avec de la terre, permettant ainsi au tubercule de continuer à croître et de rester une ressource alimentaire durable. Un véritable jardinier souterrain qui pense déjà à son prochain repas !

Un modèle de longévité

Rats-taupes nus (Heterocephalus glaber)

© MNHN - G. Balemboy

Le rat-taupe nu possède une particularité étonnante : il sécrète de très grandes quantités d’acide hyaluronique. Cette molécule confère à sa peau une souplesse et une élasticité remarquables, tout en le protégeant du vieillissement cutané. Mais ce n’est pas tout ! Le rat-taupe nu ne développe pas de cancers, ni de maladies dégénératives ou cardiovasculaires. Autant de caractéristiques exceptionnelles qui expliquent l’intérêt des chercheurs pour cet animal.

Fait encore plus surprenant, le rat-taupe nu vit beaucoup plus longtemps que la plupart des rongeurs. Alors que sa cousine la sourie dépasse rarement trois ou quatre ans, le rat-taupe nu peut vivre une trentaine d’années !

La reine des rats

Avec le rat-taupe de Damara (Cryptomys damarensis), le rat-taupe nu est l’un des deux seuls mammifères eusociaux au monde ! Comme chez les fourmis et les termites, cela signifie qu’il vit en colonie de 70 à 300 individus parmi lesquels une reine unique, entourée d’un harem de mâles, est la seule femelle à être capable de se reproduire. 

Le saviez-vous ?

Lorsque la reine attend des petits, et pour éviter qu'elle ne reste coincée dans une galerie, sa colonne vertébrale s’allonge et son corps s’étire en longueur !

Plus grosse et plus grande que ses congénères, la reine est capable d’avoir cinq portées par an pour une moyenne de douze petits par portée ! Lorsqu'elle meurt, ce sont les femelles les plus âgées et les plus imposantes qui prennent sa place, non sans s’être au préalable livré à de violents combats, parfois jusqu’à la mort.

À chaque colonie son identité

Les colonies de rats-taupes nus disposent chacune de caractéristiques qui leur sont propres : elle possède leur propre odeur mais aussi leur propre langage composé de près d’une vingtaine de vocalisations différentes. Des gazouillis qui ne sont pas innés, mais issus de l’apprentissage. La preuve : lorsque des nouveau-nés sont kidnappés par des colonies voisines (une façon courante pour les rats-taupes nus d’étendre leur territoire), les jeunes sont capables d’apprendre le dialecte de leur nouvelle colonie !

Cet article a été rédigé par Guillaume Crest, rédacteur au Muséum national d'Histoire naturelle.

Relecture scientifique

Élodie Rey

Directrice adjointe de la Ménagerie, zoo du Jardin des Plantes

Image décorative

Sébastien Verdin

Gestionnaire de collection

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