Qu’est-ce que le genre ?

Quelques clefs pour mieux comprendre cette notion au cœur de nombreux débats !

Fin 2021, le pronom « iel » fait son entrée dans la version numérique du Petit Robert. Un pronom personnel sujet qui s’emploie aussi bien à la troisième personne du singulier qu’au pluriel (iels) et est utilisé pour désigner les personnes non-binaires, qui ne se reconnaissent pas dans un genre en particulier.

Partant d’une démarche inclusive, ce petit mot a été au cœur de discussions houleuses ! Mais il permet aussi de nous interroger sur ce qu’est le genre.

Le genre au quotidien

Pour la sociologie actuelle, le genre (au singulier) est un concept, une grille de lecture, qui permet d’analyser des interactions sociales. En effet, le genre est un dispositif qui se manifeste au quotidien.

Il transparaît dans le langage, comme lorsque nous disons « Madame », « Monsieur », « il » ou « elle ». Il apparaît également à travers des codes esthétiques ou vestimentaires. Le pantalon, par exemple, a longtemps été interdit aux femmes et les hommes vêtus d’une robe ne courent pas les rues !

Le saviez-vous ?

L’ordonnance du 16 brumaire an IX (7 novembre 1800) interdisant aux femmes de « s’habiller en homme » n’a été abrogée qu’en 2013 ! Cette loi désuète les décourageait fortement à transgresser la frontière du genre : « Toute femme trouvée travestie [...] sera arrêtée et conduite à la préfecture de police ».

Le genre est donc une convention de catégorisation binaire (masculin / féminin) qui met en place une différenciation sociale culturellement apprise mais calquée sur une différenciation biologique, celle de l’appareil reproducteur (« mâle » / « femelle »). Pour le dire autrement, les humains auraient pu créer des genres sociaux sur d’autres caractéristiques biologiques (la taille, la couleur des cheveux, etc.).

Sexe et genre : deux notions liées

Le sexe et le genre sont deux notions distinctes mais étroitement liées. Si le genre est un dispositif binaire c’est parce qu’il est associé à un phénomène biologique qui, a priori, s’y prête : chez les mammifères, la morphologie des organes sexuels a une distribution en deux groupes identifiables dès la naissance pour la plupart.

Chez les humains, un genre est assigné aux enfants dès la naissance (garçon ou fille) à partir de cette référence biologique. Vient ensuite le choix du prénom !

Il existe un nombre important de prénoms « mixtes » ou « épicènes » : Camille, Morgan, Claude, Sasha… Mais, dans les sociétés européennes, les prénoms sont généralement genrés car ils sont strictement attribués en fonction de l’appareil reproducteur des personnes.

Et si les organes sexuels ne permettent pas de classer un enfant à la naissance ? En France, dans les rares cas où cela arrive, le corps médical les soumet à des opérations chirurgicales pour leur confectionner des organes sexuels « conformes ».

« La norme de genre occulte donc toute variation naturelle avérée. [...] C’est en ce sens que le genre est vu comme une contrainte qui impose son ordre à la nature et non l’inverse ».

Rappel à l’ordre… du genre

L’ordre du genre désigne les normes genrées qui pèsent sur les femmes et les hommes. Il crée, fige et naturalise les différences et une hiérarchie entre féminin et masculin. Cet ordre s’instaure dans un régime de genre. Le système patriarcal, par exemple, en est un.

Il constitue un cadre social global qui avantage la classe des hommes et soumet la classe des femmes et des hommes à des injonctions différentes, plus ou moins fortes selon les époques et les régions. Les catégories de genre « homme » et « femme » servent donc à la domination des premiers sur les secondes. Bien que fortement contraignants, de tels rapports sociaux ne sont pas immuables puisque les êtres humains en sont les acteurs.

Le saviez-vous ?

Le mouvement #MeToo a mis en lumière les violences faites aux femmes dès 2007 et s’est développé dix ans plus tard. Il a permis de questionner les rapports de domination liés au genre et de montrer l’ampleur du phénomène (harcèlements, agressions, viols, féminicides…).

Des expressions multiples

Est-il alors possible de dissocier le sexe et le genre ? L’Histoire naturelle nous y engage. En effet, il est important de pouvoir faire des catégories pour parler et réfléchir. La véritable question est de savoir à quoi servent nos catégories. Les catégories de sexe servent à décrire scientifiquement le réel, tandis que les catégories de genre « femme »/« homme » sont des catégories de domination. La philosophie queer tend également à le faire.

Cette perspective envisage le genre et ses expressions de manière plurielle.

Ainsi, la référence biologique n'empêche pas les personnes non-binaires de revendiquer une appartenance à deux genres voire plus ou, au contraire, à ne s'identifier à aucun genre.

Certains courants de la pensée queer tiennent également compte de la transidentité. En clair, on peut avoir des seins et un utérus fonctionnels et être considéré(e) comme un homme, avoir une verge et être considéré(e) comme une femme.

On parle aussi de « fluidité de genre » pour désigner le fait de naviguer d’un genre à l’autre.

Une diversification des catégories qui s’émancipe du dispositif binaire classique et peut aujourd’hui être vue comme une véritable libération. 

Lire le nouveau manifeste du Muséum « Aux origines du genre »

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