Momie

Momie des chullpas

Momie andine

Une femme de haut rang, momifiée naturellement et retrouvée avec des parures précieuses dans une tour funéraire andine, est aujourd’hui au cœur d’une énigme muséale, son identité ayant été brouillée par un échange de numéros d’inventaire.

Avertissement contenu sensible

Cette page présente un corps humain momifié pouvant susciter des émotions diverses. Nous vous invitons à en tenir compte avant votre lecture, une image se situe au bas de la page.

Une énigme venue de l’Altiplano

En mars 1866, Henri Arnous-Rivière, diplomate français et amateur d’antiquités, séjourne à Mejillones, au nord de l’actuel Chili. Il est alors représentant dans le commerce de guano (une matière utilisée comme engrais). C’est là qu’il acquiert deux momies issues des plateaux désertiques boliviens, dans des circonstances encore aujourd’hui inconnues.

En janvier 1867, il revient en France, et fait don de ces momies au Muséum. Il les identifie comme des momies « des chullpas » de Bolivie, tirant leur nom des tours funéraires de l’Altiplano andin. À ce moment-là, l’une reçoit le numéro d’inventaire n° 3783, l’autre, le n° 3784.

Une dignitaire andine, honorée après sa mort

Appartenant à une certaine élite, la momie « n° 3784 » est naturellement momifiée. Son corps, placé en position fœtale, témoigne de pratiques funéraires préhispaniques, probablement associées à une vision cyclique de la mort, voire à un retour à la terre-mère.

Le mobilier funéraire révèle le milieu aisé de la défunte. En effet, elle est conservée avec :

  • un anneau en argent martelé à l’annulaire gauche,
  • un collier de perles en spondyle, coquillage rare et précieux, chargé d’une symbolique forte, souvent liée à la renaissance, aux rituels religieux et à la fertilité,
  • un pendentif en argent représentant un oiseau,
  • des pierres bleutées (des turquoises ou peut-être chrysocolles).

La défunte a probablement été déposée dans une chullpa (ou « maison des morts »), une tour funéraire réservée aux dignitaires andins entre le XIIe et le XVIe siècle. Ces structures pouvaient abriter un ou plusieurs corps enveloppés dans un fardo, composé d’une succession de couches de textiles qui emballent le défunt. Les chullpas ont malheureusement été largement pillées, limitant considérablement les informations sur le culte funéraire qui pouvaient être obtenues dans ces lieux.

Une identité brouillée : deux momies pour un numéro

La momie actuellement enregistrée sous le n° 3784 pose une énigme muséale puisqu’un second numéro plus ancien est inscrit sur sa jambe : le n° 1369.

Or, une momie portant ce même numéro est déjà enregistrée dans les collections : il s'agit d'une momie provenant d'Iquique, au nord de l'actuel Chili, sa datation correspond à la période de construction des chullpas. Il y aurait donc eu confusion entre les deux momies. Celles-ci partagent d’ailleurs plusieurs traits : ce sont des femmes momifiées en position fœtale, dépouillées de leur fardo et conservées nues, elles viennent toutes les deux des Andes et sont dépourvues de contexte archéologique.

Les documents du XXe siècle ne font qu’ajouter à la confusion : elle y apparaît plusieurs fois comme n° 3784, mais rien ne permet de garantir qu’elle soit bien la momie d’origine.

La datation au carbone 14 de l'actuelle momie n° 3784 indique qu'elle est antérieure à la période de construction des chullpas, indiquant une erreur d'inventaire. Néanmoins, le manque de données archéologiques sur ces structures funéraires pourrait poser un biais dans cette incohérence chronologique. S’il est difficile de déterminer laquelle des deux momies portait la première le n° 3784, des photographies et registres d’inventaire retracent leur parcours dans les collections, offrant ainsi des pistes pour comprendre cet échange d’identités. 

Ainsi demeure une question à ce jour sans réponse : qui est la « vraie » momie n° 3784 ? S’agit-il de la dignitaire des chullpas boliviennes, ou de la Péruvienne d’Iquique ?

Momie des chullpas

© MNHN - J.-C. Domenech
  • Dénomination

    Momie des chullpas

    Civilisation / origine

    Culture andine (entre 1100 et 1532)

    Statut social

    Dignitaire

    Sexe

    Féminin

    Caractéristiques physiques

    Cheveux bruns tressés

    Âge au décès

    Adulte

    État de santé

    Brachycéphalie (déformation crânienne)

    Cause du décès

    Indéterminée

    Type de sépulture

    Chullpa (tour funéraire) 

    Numéro d’inventaire

    3784 (mais potentiellement 1369) 

Cet article a été rédigé par Victoria Briand, rédactrice au Muséum national d'Histoire naturelle.

Relecture scientifique

Marilou Renard

Archéo-anthropologue, Doctorante en Archéologie des Amériques, Sorbonne Université (Centre de Recherche André-Chastel - UMR 8150)