Les perturbateurs endocriniens en question

De nombreux produits chimiques présents dans l’environnement perturbent le système hormonal des êtres vivants, dont le nôtre. Comment et avec quelles conséquences ? Nos chercheurs traquent les substances incriminées et étudient leur impact. Avec quels résultats ?

Vous avez certainement entendu parler des perturbateurs endocriniens. En mal. Et pour cause, il s’agit de substances chimiques qui altèrent la santé, voire la survie des êtres vivants, sans nous épargner. Et impossible de les éviter. Ils rentrent dans la composition des plastiques, cosmétiques, meubles, textiles… puis finissent dans l’air que nous respirons, les aliments que nous consommons, l’eau que nous buvons.

Pour comprendre ces risques, il faut remonter aux années 70. Les scientifiques découvrent alors que les vertébrés présentent un fonctionnement hormonal très conservé au cours de l’évolution. Le Muséum, pionnier dans ces recherches, montre par exemple que l’hormone thyroïdienne qui prévient la maladie appelée crétinisme chez les jeunes enfants est aussi responsable de la métamorphose des amphibiens. En parallèle, des chercheurs constatent des problèmes de reproduction d’espèces animales dans la nature et réalisent que certaines molécules libérées dans l’environnement en sont la cause. Les premières perturbations des systèmes hormonaux sont identifiées au début des années 90.

Têtard de Xenopus laevis rendu doublement transgénique par le méthode REMI. Les neurones sont visibles en rouge tandis que les oligodendrocytes sont visibles en vert. Son nom est Tg(Mmu Mbp-GFP::NTR; Nbeta DsREd).

© S. Le Mével

Au sein de nos labos, le rôle majeur des hormones thyroïdiennes continue d’être étudié, ainsi que ses dysfonctionnements, dans le développement des vertébrés. Pour découvrir les substances qui interfèrent avec ces processus, l’une de nos chercheuses a conçu avec son équipe un test spécifique. Il repose sur l’utilisation de larves de xénopes génétiquement modifiées. En fonction de la quantité d’hormones thyroïdiennes présente dans ces organismes, un signal fluorescent d’intensité variable est émis. L’exposition à des molécules chimiques ou à des mélanges permet ainsi de vérifier si leur production est normale ou altérée. Aujourd’hui, il fait partie de la palette de tests disponibles pour les laboratoires publics ou privés et est largement utilisé par nos équipes dans le cadre de projets collaboratifs.

En parallèle, les connaissances de nos scientifiques progressent concernant l’impact de ces substances sur la santé humaine. Ils ont notamment montré que 15 substances fréquemment retrouvées dans le liquide amniotique des femmes enceintes (triclosan, pesticides, Bisphénol A, perchlorate, métaux lourds…) impactent le fonctionnement normal des hormones thyroïdiennes et empêchent le développement cérébral normal des amphibiens, provoquant des problèmes de mobilité... De quoi tirer la sonnette d’alarme. Le projet européen EDC mix risk auquel le Muséum a pris une part active a permis d’étudier les effets chez l’Homme de tels mélanges. Un lien a en effet été démontré entre certaines molécules retrouvées chez les mères au cours de la grossesse et des retards de langage à trois ans chez les enfants (bisphénol et phtalates notamment). Ces travaux valent à nos chercheurs une reconnaissance internationale. Sollicités par le Parlement européen, les agences de sécurité sanitaire française ou européenne, ils émettent des recommandations qui ont déjà permis d’interdire certains produits nocifs. Une intervention en faveur de notre protection.
Aujourd’hui, les investigations se poursuivent et vont bien au-delà du développement cérébral. En une à deux décennies, le nombre de cas de plusieurs troubles ou maladies a explosé : obésité, diabète, infertilité. Le cocktail de produits chimiques dans lequel nous baignons dès notre conception questionne donc plus que jamais. Nos scientifiques explorent sans relâche les liens entre l’exposition à ces substances et notre santé, en lien avec l’environnement.
Quand science rime avec vigilance…

Équipe de recherche

Les scientifiques de l’UMR PhyMA, dirigée par le Dr Laurent Sachs, qui travaillent sur l'étude des perturbateurs endocriniens sont réunis au sein du groupe du Pr Jean-Baptiste Fini.

Quoi de neuf au muséum ?
Retrouvez nos actualités et nos dossiers thématiques pour mieux comprendre l'Homme et la nature.

Notes de bas de page