Les grands singes, nos chers cousins

Ils nous troublent par leur ressemblance et nous permettent de mieux nous connaître. Si les grands singes passionnent les scientifiques, ce n’est pas pour rien ! Partez à leur rencontre, au cœur des forêts tropicales, où nos chercheurs les observent pour mieux les sauvegarder.

Filou, juvénile mâle bonobo de la communauté de Manzano dans une jachère.

© V. Narat/Mbou-Mon-Tour

Orang-outans, gorilles, chimpanzés, bonobos... les grands singes nous ont toujours fascinés. Vous aussi sans doute. Comment ne pas être sensible à leurs expressions, leur regard, leur sociabilité ? Et pour cause, nous faisons partie de la même famille : les hominidés. Mais au-delà de la curiosité, l’étude de nos proches parents nous renseigne sur nous-mêmes et notre environnement. En outre, nos « cousins » sont menacés de tous côtés par la déforestation, le réchauffement climatique, le braconnage : ils sont en danger d’extinction et pour les protéger, les faire connaître est une urgence. Autant de motivations pour nos chercheurs, qui enquêtent sur eux depuis des années : habitudes de vie, alimentation, santé, comportements face aux autres espèces...

Vous voici en pleine forêt en Afrique et plus exactement en Ouganda, en République Centrafricaine ou encore en République démocratique du Congo. C’est là que les scientifiques peuvent étudier au sein de leur habitat naturel certains de nos cousins, chimpanzés, gorilles de l’Ouest, bonobos.

Obtenir des données sur ces espèces relève d’un exploit ! Avant de réussir à approcher ces animaux sauvages et d’effectuer la moindre observation, il peut s’écouler des années. Les bonobos et chimpanzés vivent en communautés de dizaines d’individus sur un territoire de plusieurs km2 alors que les gorilles de l’Ouest cohabitent en harem réunissant des femelles et leurs enfants autour du mâle dominant, le « dos argenté ». Et il aura fallu cinq à dix ans à nos équipes scientifiques pour se faire accepter d’eux à minimum huit mètres de distance ! Ce travail a été initié en 2000 pour les chimpanzés et les gorilles, 2010 pour les bonobos.

Un oeuf de strongles observés au microscope optique (x400) dans une crotte de bonobos. Les strongles sont des parasites intestinaux relativement fréquent chez les bonobos et les chimpanzés.

© V. Narat

Objectifs : mieux comprendre leur usage du territoire et leurs relations avec les populations locales, améliorer leur protection mais aussi anticiper certains risques pour la santé humaine. Compte tenu de leur proximité génétique avec nous, les grands singes sont en effet des réservoirs d’agents pathogènes susceptibles de nous contaminer… et inversement. Grâce à la collecte d’excréments conservés au Muséum dans du formol, les chercheurs ont pu faire l’inventaire des parasites intestinaux.

Les grands singes peuvent aussi nous aider à nous soigner ! Direction l’Ouganda. L’équipe y observe les chimpanzés sauvages dans la zone de Sebitoli, où le Muséum a établi une station de recherche et de préservation de ces animaux. Ils consomment ou utilisent préférentiellement tel ou tel végétal comme remède contre les parasites, la toux, les plaies. Leur pharmacopée compterait près de 40 plantes ! En repérant ces dernières, les chercheurs isolent puis identifient les molécules actives qu’elles contiennent, ouvrant peut-être de nouvelles pistes thérapeutiques. Une démarche qui illustre le concept d’Une Seule Santé (« One Heath »), le lien entre santé animale, humaine et environnementale.

Le volet conservation est également au centre des missions. Le Muséum participe par exemple au projet FoFauPopU pour préserver le Parc national de Kibale qui abrite la plus forte densité de primates au monde, et cela en lien avec les populations locales. Les chercheurs s’appuient aussi sur elles pour protéger les bonobos en République démocratique du Congo. Les connaissances accumulées permettent d’être force de proposition en matière de préservation des grands singes, par exemple en lien avec l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Il faut poursuivre !

 

Équipe de recherche

L'équipe de l’UMR 7206 Éco-anthropologie (EA) concernée par l'étude des grands singes est l'équipe IPE (Interactions primates et environnement).

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