Orangs-outans : le rôle de la conservation ex situ, en parc zoologique
Plus grands mammifères arboricoles au monde, les trois espèces d'orangs-outans sont classées en "Danger critique d'extinction" par la liste rouge mondiale de l'UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature). C'est en combinant les actions de conservation sur le terrain et en parcs zoologiques que nous pourrons assurer les meilleures chances de survie pour ces espèces, gravement menacées dans leur environnement naturel.
Vous trouverez ici des éléments de réponse aux différentes questions adressées à la Ménagerie, zoo du Jardin des Plantes, concernant l'hébergement des orangs-outans.
Comprendre la situation critique de ces espèces, les mesures autant que les limites qu'elle implique, est nécessaire pour dépasser les idées reçues, afin d'évaluer objectivement la contribution de tous les acteurs en faveur de leur préservation.
Pourquoi trouve-t-on encore des orangs-outans en parc zoologique ?
La conservation in situ (sur le terrain) des orangs-outans est particulièrement difficile car leurs habitats naturels sont soumis à de fortes pressions : déforestation, fragmentation des forêts ou encore trafic illégal.
Malgré les efforts locaux, les populations ne cessent de diminuer et ce déclin justifie le rôle complémentaire des parcs zoologiques : maintenir une population génétiquement viable, soutenir la recherche, sensibiliser le public et contribuer financièrement à des programmes de conservation in situ.
Ce n'est qu'en combinant ces actions sur le terrain et en parcs zoologiques que nous pourrons assurer les meilleures chances de survie pour l’espèce.
Pourquoi la conservation des orangs-outans en parc zoologique est-elle importante ?
En complément des actions de conservation menées in situ, les parcs zoologiques, dont la Ménagerie, participent activement à un programme d’élevage européen (EEP) de l’espèce. Ce programme, coordonné à l’échelle européenne par l’EAZA (Association européenne des zoos et aquariums), comprend une population d’orangs-outans de plus de 340 individus dont la diversité génétique est maintenue à plus de 98 %.
Ce maintien d’une population de réserve génétiquement viable représente un enjeu majeur. Les risques de diminution de la diversité génétique existent aussi dans la nature, où la fragmentation des habitats isole les groupes et limite les échanges. C’est pourquoi les programmes de conservation visent à préserver cette diversité génétique à la fois en parcs zoologiques et sur le terrain.
Pourquoi ne peut-on pas réintroduire les orangs-outans dans leur milieu naturel ?
En phase avec les recommandations de l’IUCN et les engagements de la Convention sur la diversité biologique, les orangs‑outans font l’objet d’une approche globale de conservation combinant actions ex situ et in situ, soutenue par les parcs zoologiques à travers les programmes d’élevage européens (EEP) notamment, et par des ONG de terrain. Cette stratégie se traduit concrètement par la restauration d’habitats, la réhabilitation d’individus et, dans certains cas, leur réintroduction.
Toutefois, la réintroduction d’orangs‑outans nés en parcs zoologiques reste limitée et ne constitue pas encore une pratique systématique, car elle nécessite des habitats vastes et protégés, stables sur le long terme, ainsi que des compétences spécifiques de survie que les animaux n’acquièrent pas toujours en parc zoologique. De plus, des risques sanitaires et comportementaux doivent être strictement évalués pour éviter de compromettre les populations sauvages déjà présentes.
C’est pourquoi, aujourd’hui, les efforts prioritaires se concentrent sur la protection des populations sauvages et la sauvegarde des habitats restants, tandis que les programmes d’élevage jouent avant tout le rôle de population de réserve et constituent une ressource pédagogique et scientifique, permettant de soutenir la recherche, la sensibilisation du public et la conservation globale de l’espèce.
Les populations de programmes d'élevage jouent ainsi un rôle de sauvegarde et de sensibilisation, en attendant que des conditions plus favorables puissent émerger.
Existe-t-il des exemples de réintroduction d’orangs-outans nés en parcs zoologiques ?
Quelques programmes de réhabilitation existent en Indonésie et en Malaisie, principalement pour des individus saisis du trafic illégal et réhabilités. Les réintroductions d’orangs-outans nés en parcs zoologiques restent en revanche exceptionnelles et ne constituent pas aujourd’hui une stratégie de conservation prioritaire, contrairement au renforcement des populations déjà présentes dans la nature et à la protection de leurs habitats.
Pourquoi ne pas plutôt investir dans la mise en place de réserves protégées en Malaisie ?
40 % du montant total collecté dans le cadre du parrainage des animaux de la Ménagerie est reversé à Hutan, une organisation non gouvernementale française qui œuvre à la conservation des orangs-outans en Malaisie. Leurs actions passent, entre autres, par l’éducation et l’implication directe des communautés Malaisiennes, mais aussi la protection des forêts, les suivis de terrain, la recherche en écologie.
Pourquoi continuer à héberger les orangs-outans au sein de la Ménagerie, lieu ouvert au public ?
Accueillir les orangs-outans et laisser au visiteur l'opportunité de découvrir cette espèce, y compris des individus âgés, présente un rôle d'éducation et de sensibilisation essentiel. Dans un monde où la majorité des personnes vivent à l'écart de la nature, l’expérience directe reste un puissant vecteur d’émotion et de prise de conscience.
Par ailleurs, la visibilité des animaux ne se fait pas au détriment de leur bien-être : leurs espaces sont conçus pour leur offrir des zones de retrait, leur permettant de décider s’ils souhaitent être vus ou non.
Le Muséum a par ailleurs investi 4 millions d'euros dans la création d’une extension de leur espace, actuellement en travaux et qui sera ouverte au Printemps 2026.
Les orangs-outans disposent également d’un espace extérieur, intégré à la zone actuellement en chantier. Les visiteurs n’ont pour l'instant accès qu’aux espaces intérieurs.
Qu'en est-il des jeunes orangs-outans ?
Les jeunes orangs-outans restent naturellement auprès de leur mère pendant 4 à 6 ans, les mâles ayant tendance à s’émanciper un peu plus tôt que les femelles. À la Ménagerie du Jardin des Plantes, et conformément aux recommandations du programme d’élevage, les jeunes ne sont pas séparés de leur mère durant leurs premières années. La jeune femelle Java, née en 2018, vit d’ailleurs toujours avec sa mère Theodora.
Dans le cadre du programme d’élevage européen coordonné par l’EAZA, les orangs-outans amenés à quitter leur groupe familial ne sont transférés que sur recommandation du coordinateur européen, vers des structures adaptées et préalablement validées par le programme.
Pourquoi ne pas leur permettre de finir leur vie dans un sanctuaire ?
Un sanctuaire pour animaux sauvages est un lieu dédié à l’hébergement d’animaux souvent issus du trafic illégal ou de saisies. Ces refuges n’ont généralement pas pour vocation de participer à la conservation d’une espèce et sont souvent saturés en raison du grand nombre d’animaux accueillis.
La Ménagerie est l’un des rares sites en France capable d’héberger durablement des orangs-outans dans des conditions adaptées. Si nous devions les replacer, ce serait dans un autre parc zoologique.
Les animaux bénéficient ici d’un suivi vétérinaire et comportemental au quotidien, encadré par une équipe animalière constituée de professionnels diplômés : soigneurs animaliers, vétérinaire, éthologues, biologistes.
Les aménagements dédiés aux orangs-outans vont être considérablement améliorés prochainement grâce à la construction d’un nouvel espace, pensé spécifiquement pour répondre à leurs besoins.
Certains parcs zoologiques, comme la Ménagerie du Jardin des Plantes, accueillent également des animaux saisis, dans le cadre de programmes structurés visant leur bien-être.
Faut-il relâcher Nénette ?
Nénette est arrivée à la Ménagerie du Jardin des Plantes en 1972. Originaire de Bornéo, elle fait partie d’une époque où les orangs-outans pouvaient encore être prélevés dans leur milieu naturel pour être exposés dans des parcs zoologiques. Aujourd’hui, plus aucun orang-outan de la Ménagerie n’est issu de la nature, et nous condamnons fermement ces pratiques du passé. Aucun membre du personnel actuel n’était présent lors de l’arrivée de Nénette, et aucun d’entre nous ne cautionne le préjudice dont elle a été victime. Ces méthodes n’ont plus cours : la Ménagerie s’engage désormais à respecter un code d’éthique strict et exemplaire, fondé sur le bien-être animal, la conservation et la transparence.
Âgée de 56 ans, Nénette fait aujourd’hui partie des cinq orangs-outans les plus âgés au monde. Alors que l’espérance de vie d’un orang-outan est en moyenne de 30 à 40 ans dans la nature et peut atteindre 50 à 60 ans en parc zoologique, elle a atteint un âge exceptionnel. Depuis des décennies, l’équipe animalière répond quotidiennement à ses besoins, connaît ses préférences, son tempérament et ses habitudes, et veille à lui proposer les activités qu’elle affectionne ainsi que les congénères avec lesquels elle choisit de vivre.
Les animaux en parc zoologique vivent plus longtemps qu’auparavant et souvent plus longtemps que dans leur milieu naturel, non pas par volonté de prolonger la vie à tout prix, mais en assurant à chaque individu la meilleure qualité de vie possible tout au long de son existence. Le Zoo du Jardin des Plantes assume ainsi de présenter le cycle de vie complet des animaux, de la naissance à la vieillesse, en intensifiant le suivi et les soins pour les individus qui en ont le plus besoin, comme Nénette.
Les vétérinaires, soigneurs animaliers et éthologues mettent en place un suivi gériatrique rigoureux et rapproché, garantissant un accompagnement adapté aux besoins spécifiques des animaux âgés et un confort optimal au quotidien. Parfaitement habituée à son environnement, Nénette y a ses repères, ses routines et sa sécurité affective. Transférer Nénette à son âge vers un autre lieu constituerait une source majeure de stress et de désorientation, comme pour tout animal très âgé arraché à ses conditions de vie familières, et pourrait entraîner un grave déclin, voire la mort. Pour toutes ces raisons, Nénette ne peut pas être relâchée et bénéficie au Jardin des Plantes d’un accompagnement attentif et respectueux pour sa fin de vie.
La Ménagerie, aujourd’hui et demain
Entre 2010 et 2023, la Ménagerie a divisé par trois le nombre d’animaux sur site et s’oriente désormais vers des espèces de petites et moyennes tailles, adaptées aux espaces du site. Elle privilégie également les espèces menacées et quasi menacées d’extinction sur la liste rouge mondiale de l’UICN et qui représentent aujourd’hui 44 % des espèces hébergées (soit 60 espèces). La Ménagerie s’engage aussi de façon active dans des programmes internationaux de conservation dans lesquels l’établissement est reconnu.
Pour les orangs-outans, cette orientation s’accompagne de façon très concrète par des travaux de réaménagement d’envergure et un investissement financier important de la part du Muséum national d’Histoire naturelle : une volière de 600m² au sol et jusqu'à 15 mètres de hauteur, dotée d'un aménagement complexe répondant aux besoins spécifiques des orangs-outans, est en cours de construction. Ce projet permettra de quintupler l'espace alloué à cette espèce, améliorant significativement leur hébergement, et aura un impact majeur sur leur qualité de vie.
Quoi de neuf au muséum ?


