Madeleine-Françoise Basseporte (1701-1780)
« La nature donnait l’existence aux plantes, mais Mademoiselle Basseporte la leur conservait » : c’est ainsi que Jean-Jacques Rousseau, que l’on sait sensible aux beautés de la nature, rend hommage à cette dessinatrice aussi singulière par son talent que par sa trajectoire sociale.
Choisir la voie des arts
Madeleine Basseporte
© Claire MarthaRien, en effet, ne destinait Madeleine-Françoise Basseporte à une carrière artistique. Fille d’un marchand de vin en gros originaire de l’Yonne, elle naît sur l’île Saint-Louis, à Paris, le 28 avril 1701. Orpheline de père à l’âge de huit ans, Madeleine Basseporte aurait pu suivre un chemin tout tracé, en épousant un négociant issu d’une autre famille commerçante. Mais elle choisit la voie des arts et, vers 1725, elle est repérée par Paul-Ponce-Antoine Robert de Séry, peintre du cardinal de Rohan. Après avoir été son professeur, il collabore avec elle sur diverses œuvres ; quand il ouvre une école à destination des jeunes filles, il lui en confie l’administration. Durant ses années de formation, Madeleine-Françoise s’essaie à de nombreuses techniques – pastel, gouache, gravure – et à divers sujets ; c’est ainsi qu’en 1727 elle peint une « tête de jeune fille » (aujourd’hui au Rijksmuseum) qui est peut-être un autoportrait.
Peindre des plantes
Madeleine-Françoise est cependant amenée à se spécialiser dans la peinture de plantes. Par le biais de Robert de Séry, elle a l’opportunité de produire des gravures pour illustrer les premiers volumes du Spectacle de la nature de l’abbé Pluche, publié entre 1732 et 1750. En parallèle, elle commence à travailler avec Claude Aubriet, « peintre des plantes » de Louis XV. Cette collaboration est formalisée en 1735 par un accord où Aubriet, en échange du travail gratuit de Basseporte, lui assure la survivance de son poste. La même année, elle obtient le titre de peintre en miniature de Sa Majesté, qui n’accorde aucun revenu mais qui, par son prestige, lui permet de viser une clientèle privée. Enfin, en 1741, Aubriet n’étant plus en état de travailler, Madeleine-Françoise devient peintre des plantes à son tour.
Peintre de vélins
Vélin de Madeleine-Françoise Basseporte
© MNHN - Direction des bibliothèques et de la documentationDans ses nouvelles fonctions, dûment rémunérées, Basseporte doit peindre 24 vélins de plantes par an. Cette collection de vélins est née un siècle plus tôt, à l’initiative de Gaston d’Orléans, le frère de Louis XIII, qui avait demandé à Nicolas Robert de peindre les plantes de son jardin botanique. Lorsque son neveu Louis XIV en hérite, il décide de la poursuivre, en confiant à un peintre attitré la mission de représenter les plantes du Jardin du roi. Les vélins, faits à partir de peau de veau mort-né sur laquelle on peint à la gouache ou à l’aquarelle, sont des manuscrits fins et précieux, permettant de restituer l’éclat des fleurs. Les peindre est une tâche épuisante, car ce support n’autorise pas le repentir. Travailleuse acharnée, Madeleine-Françoise n’en arrive pas moins, durant toute sa carrière, à produire 313 vélins, dont 295 de botanique – sur les 7 000 que compte aujourd’hui la collection des vélins du Muséum. Ses réalisations sont systématiquement vérifiées par les botanistes du Jardin, et notamment par Buffon, qui manifeste une grande admiration pour son travail.
En parallèle de sa mission principale, Basseporte travaille pour le compte de Mme de Pompadour, qui devient sa protectrice, et lui demande de peindre les plantes de son domaine de Bellevue. Elle donne aussi des cours de dessin aux filles de Louis XV et effectue divers voyages à Versailles pour dresser le portrait des animaux de sa ménagerie. Elle occupe enfin une place importante dans les cénacles scientifiques de l’époque, tissant des liens avec Daubenton, Bernard de Jussieu ou le physicien Duhamel du Monceau, qui l’invite à réaliser les illustrations botaniques des Mémoires de l’Académie royale des sciences.
Devenue célèbre dans toute l’Europe, elle donne à la charge qu’elle occupe un relief inédit. Elle se lie notamment d’amitié avec le naturaliste suédois Carl von Linné, qui la désigne, en plaisantant, comme sa « seconde épouse ». Sa nouvelle assise sociale lui permet de soutenir et de former de jeunes artistes, comme la peintre Marie-Thérèse Reboul (dite Mme Vien), Anne Vallayer-Coster, ou encore la céroplaste Marie-Marguerite Bihéron, qui ouvrira une école d’anatomie.
Jusqu’à son dernier souffle, Madeleine-Françoise Basseporte a continué à peindre, refusant même de céder son poste malgré son âge avancé. Elle s’éteint le 6 septembre 1780, en laissant une œuvre aussi remarquable par ses qualités artistiques que par sa précision scientifique, et en ayant tracé une voie que ses élèves s’attacheront à suivre.
Découvrir son portrait en vidéo
Savanturières - Madeleine-Françoise Basseporte
Savanturières - Madeleine-Françoise Basseporte, illustratrice botanique du roi

Video : Savanturières - Madeleine-Françoise Basseporte
Cet article a été rédigé par
Clément Oury
Conservateur des bibliothèques (anciennement au Muséum national d'Histoire naturelle), directeur général adjoint du Campus Condorcet en charge de l’Humathèque
Un article issu de l'ouvrage Savanturières, une histoire naturelle au féminin

Savanturières. Une histoire naturelle au féminin
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