Une équipe de recherche de l’Université Paris-Saclay, du Muséum national d’Histoire naturelle, d’AgroParisTech et du CNRS1 a pu mesurer pour la première fois les effets de la présence de perruches à collier sur les autres oiseaux pour l’accès aux ressources alimentaires. Les données du programme de sciences participatives BirdLab montrent une compétitivité très relative de cette espèce introduite et jugée « envahissante ». Ces résultats sont publiés le 27 mai 2020 dans Science of the Total Environment.

En hiver, les oiseaux doivent faire face à une diminution des ressources alimentaires (graines, insectes), lesquelles deviennent l’enjeu d’une compétition entre individus et entre espèces. Le nourrissage, qui consiste à disposer une nourriture adaptée dans une mangeoire, aide les oiseaux dans cette épreuve annuelle.

Mais cette activité pourrait aussi favoriser certaines espèces non locales relâchées intentionnellement ou non par l’homme, telle que la perruche à collier. Originaire d’Afrique et d’Asie, cet oiseau aujourd’hui présent dans la plupart des grandes villes d’Europe fréquente toute l’année les grands parcs et jardins, notamment en région parisienne.

Une équipe de recherche de l’Université Paris-Saclay, du Muséum national d’Histoire naturelle, d’AgroParisTech et du CNRS a étudié in natura et à l’échelle nationale les effets de la présence de cette perruche sur les autres oiseaux pour l’accès aux ressources alimentaires communes telles que des graines de tournesol. Pour mieux comprendre ces effets, ils sont comparés à ceux d’espèces de taille équivalente : la pie bavarde et la tourterelle turque. Cette grande première a été possible grâce aux observations faites pendant deux hivers sur les mangeoires des participants au programme de sciences participatives BirdLab (voir encadré).

Les données des volontaires montrent que la présence de la perruche, comme celle de la pie, ne fait pas diminuer le nombre d’espèces fréquentant les mangeoires, contrairement à la tourterelle. Néanmoins, les autres oiseaux y restent moins longtemps en présence de la perruche (-43 %) ou de la tourterelle (-33 %). Ces résultats témoignent certes d’une concurrence sur les mangeoires avec les petites espèces (mésanges, moineaux, rougegorges, etc.), mais ni plus, ni moins qu’avec d’autres oiseaux du même gabarit.

Des travaux précédents ont mis en évidence d’autres types d’interactions impliquant la perruche à collier : compétition pour l’accès aux cavités dans les arbres, défense contre les prédateurs. Des études sur plusieurs années sont donc essentielles afin d’évaluer les effets écologiques plus globaux de cette espèce sur son environnement.

Ces résultats inédits vont à l’encontre de certains discours alarmistes sur cet oiseau introduit en France dans les années 1970. Ils suggèrent la nécessaire prise de recul sur les espèces exotiques qui font maintenant partie des milieux les plus anthropisés. Au fil des hivers, BirdLab permettra de mesurer l'évolution de ces interactions dans le temps et l'adaptation des communautés locales à ces nouvelles espèces.

 

BirdLab, un « jeu sérieux » pour étudier le comportement des oiseaux à la mangeoire

Depuis 2014, le programme de sciences participatives Vigie-Nature propose au grand public de jouer sur son smartphone tout en contribuant à la recherche. Le protocole consiste à installer deux mangeoires identiques dans son jardin et de reproduire, au cours de parties de cinq minutes, les déplacements des oiseaux qui viennent se nourrir. La saison se déroule de novembre à mars. Grâce à un important jeu de données, les chercheurs peuvent ainsi étudier finement les comportements des différentes espèces face aux ressources alimentaires.

En savoir plus sur BirdLab

 

1 - Les laboratoires impliqués sont Écologie, systématique et évolution (ESE, UPSaclay/CNRS/AgroParisTech) et le Centre d'écologie et des sciences de la conservation (CESCO, MNHN/CNRS/Sorbonne Université).

Références

Nicolas Deguinesa,b, Romain Lorrillierea,b, Anne Dozièresb, Carmen Bessa-Gomesa, François Chirona

a Université Paris-Saclay, CNRS, AgroParisTech, Ecologie Systématique Evolution, 91405, Orsay, France.
bCentre d'écologie et des sciences de la conservation (CESCO), Muséum national d'Histoire naturelle, CNRS, Sorbonne Université, CP 135, 57 rue Cuvier 75005 Paris, France.

Publié dans Science of the Total Environment.

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