Toumaï, le plus vieil ancêtre de l’humain, était bipède

Une autre analyse des restes fossiles de Toumaï (Sahelanthropus tchadensis) confirme qu’il était bipède. Ainsi, il était bien un précurseur de la lignée humaine. Antoine Balzeau, paléoanthropologue au Muséum national d’Histoire naturelle, nous éclaire sur la portée de cette découverte.

En 2001, le paléoanthropologue Michel Brunet et son équipe annoncent la découverte de Toumaï (Sahelanthropus tchadensis), dans le désert du Djourab, situé dans la région de Toros Ménalla, au Tchad. Ce spécimen, daté d’environ 7 millions d’années, est devenu le plus ancien hominine connu. Si l’analyse de ses restes fossiles suggérait qu’il était bipède, cela restait encore à confirmer.

C’est désormais chose faite grâce à une nouvelle étude publiée dans la revue Nature. Une analyse poussée d’un fémur indique, en effet, qu’il était bien bipède.
 

Qui est Toumaï ? Qu’est-ce qui le distingue des autres hominines ?
 

Les restes fossiles de Toumaï (Sahelanthropus tchadensis) ont été découverts au début des années 2000, à plusieurs milliers de kilomètres à l’ouest du rift africain. Même si le crâne a été retrouvé écrasé, les os étaient bien conservés. Cela a permis de faire un énorme travail de reconstitution, un travail de qualité à partir de données micro-tomographiques.

L’anatomie du crâne est l’élément clef qui indique que le corps de Toumaï est adapté à la bipédie. Plusieurs espèces du règne animal peuvent se déplacer de manière bipède (ou sur deux pattes). Cela ne veut pas dire pour autant que leur corps est adapté à la bipédie, contrairement à Toumaï.

La position antérieure du trou occipital à la base de son crâne et la colonne vertébrale en dessous permet à l’individu de se tenir debout et de se déplacer sur ses deux jambes. Son corps s'est anatomiquement adapté à ce mode de locomotion.

Pourquoi y avait-il des doutes sur sa bipédie ?
 

Parmi les restes fossiles, il y avait aussi un fémur et des os de bras, mais ils ne permettaient pas de prouver qu’il était bipède : ses bras rappelaient ceux d’un chimpanzé, avec des phalanges montrant qu’il était un knuckle walker - c’est-à-dire qu’il pouvait se déplacer sur ses doigts.

Il était plus à l’aise pour se déplacer dans les arbres, mais cela ne signifie pas qu’il le faisait tout le temps. Nous sommes capables de nager, mais nous ne le faisons pas tout le temps. C’est la même chose pour Toumaï.

Son corps est plus adapté qu’un chimpanzé pour la bipédie et il a plus de facilités qu’Homo sapiens pour se déplacer dans les arbres. Cela dit, on ne sait pas dans quelle proportion ces modes de déplacement étaient utilisés.

Vallée du rift

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En quoi cette découverte est-elle importante pour l’histoire de l’humanité ?
 

Elle est importante parce qu’elle remet en cause la théorie de l’East Side Story. Cette hypothèse, popularisée par Yves Coppens, tente d’expliquer l’apparition de la lignée humaine en Afrique de l’Est par des changements climatiques majeurs.

Il y a environ 8 millions d’années, une faille gigantesque s’est formée dans cette région géologiquement instable. Elle a créé une barrière naturelle qui a séparé l’est et l’ouest du continent africain avec des environnements distincts.

Si à l’ouest, l’air était plutôt humide et la végétation luxuriante, à l’est, le climat s’est asséché et tout le milieu a radicalement changé. Les primates qui s’y trouvaient se sont alors adaptés en se redressant. Cela leur permettait notamment de se déplacer plus facilement.

Cette théorie semblait solide et le Rift est-africain est longtemps apparu comme le « berceau de l’humanité », sauf que les restes fossiles de Toumaï ont été découverts au Tchad, à plus de 2 000 km à l’ouest du rift africain. Le « berceau de l’humanité » n’est donc plus en Afrique de l’Est et nous n’avons pas assez de données pour le situer à quelque endroit que ce soit.

Référence scientifique :

Daver, G., Guy, F., Mackaye, H.T. et al. « Postcranial evidence of late Miocene hominin bipedalism in Chad. » Nature 609, 94–100 (2022). https://doi.org/10.1038/s41586-022-04901-z

Entretien réalisé en janvier 2024. Remerciements à Antoine Balzeau, paléoanthropologue au Muséum national d’Histoire naturelle (UMR 7194 – Histoire naturelle de l’Homme préhistorique), pour sa contribution et sa relecture.

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