Remise du Prix Leroi-Gourhan 2013 à Florence Révelin

Remise de prix

04.12.2013

Créé en 2008 par la Société des Amis du Musée de l'Homme, le prix Leroi-Gourhan a pour objet d'aider dans ses travaux un étudiant du Muséum national d'Histoire naturelle engagé dans une recherche doctorale dont le résultat sera jugé susceptible de contribuer concrètement au contenu scientifique du Nouveau Musée de l'Homme. La lauréate du prix Leroi-Gourhan 2013 est Florence Revelin, docteur en anthropologie de l’environnement. Un des objectifs de cette recherche est de décrire comment les sociétés locales - en particulier les éleveurs - vivant dans ces espaces protégés intègrent le tourisme comme une activité qui participe à transformer leurs modes de vie. Le prix Leroi-Gourhan lui sera remis le lundi 16 décembre 2013 à 11h au Musée de l’Homme par Son excellence M. Anders AHLIND, Ambassadeur de Suède auprès de l’UNESCO.


L’inscription d’un site sur la Liste du Patrimoine mondial de l’Unesco sur la base de critères mixtes (naturels et culturels) combine des objectifs de conservation et de valorisation de systèmes naturels et culturels, susceptibles de transformer le rapport au lieu ou le lieu labellisé lui-même. La thèse de Florence Revelin aborde ces dynamiques à travers le prisme du tourisme, en étudiant deux situations de développement touristique dans des sites du Patrimoine mondial en régions de montagnes : Laponia (au nord de la Suède), territoire ancestral des Samis qui vivent de l’élevage transhumant des rennes, et Pyrénées-Mont Perdu (site transfrontalier entre la France et l’Espagne), façonné par l’agro-pastoralisme ovin et bovin. Ses travaux mobilisent une approche ethnographique et comparative pour analyser les pratiques, les savoirs et savoir-faire, les représentations et les imaginaires des divers usagers des sites (acteurs locaux du tourisme, éleveurs, agents des parcs nationaux, acteurs politiques et touristes).

Un des objectifs de cette recherche est de décrire comment les sociétés locales - en particulier les éleveurs - vivant dans ces espaces protégés intègrent le tourisme comme une activité qui participe à transformer leurs modes de vie. A partir d’observations et d’enquêtes, la thèse explore comment les habitants des deux sites accueillent les visiteurs, les perçoivent, se mettent en scène pour le tourisme, ou s’engagent dans cette économie pour soutenir leur activité agro-pastorale. Dans ce contexte, cette recherche porte une attention particulière au rôle joué par l’obtention d’un label incarnant une reconnaissance d’échelle mondiale dans ces dynamiques locales.

Les résultats montrent que le classement de ces régions par l’Unesco s’insère dans le cadre d’un processus dynamique qui dépasse largement le seul moment de l’inscription des sites, et met les acteurs locaux en mouvement autour des divers enjeux portés par ce label. Le tourisme y occupe une place particulière en ce qu’il interagit avec toutes les facettes du développement local, repose sur un processus historique qui l’a façonné au cours du temps et fait l’objet de diverses projections. La thèse démontre néanmoins que, si le développement touristique constitue une attente fondamentale de certains acteurs locaux lors du processus d’inscription des sites, cette labellisation n’affecte
qu’indirectement la mise en tourisme de leurs territoires.

Pour les Samis par exemple, dont le mode de vie est profondément lié à l’élevage transhumant des rennes, mais aussi à d’autres activités de subsistance telles que la chasse, la pêche, ou l’artisanat, le tourisme est envisagé comme une ressource potentielle pour dynamiser ses revenus, et notamment compléter l’activité d’élevage qui ne permet plus aujourd’hui, ou très difficilement, de faire vivre une famille. Mais le tourisme revêt aussi une autre fonction : il est une arène ouverte sur le monde pour présenter sa culture, pour accueillir soi-même le visiteur sur ses terres, et ainsi affirmer son identité en mettant en valeur ses liens aux terres ancestrales et aux savoirs liés à cet environnement. Le tourisme peut alors être considéré comme un medium pour attirer l’attention sur des problématiques auxquelles les Samis font aujourd’hui face, telles que la défense les droits autochtones, les difficultés de moderniser et de maintenir l’élevage de rennes dans le contexte du morcellement des territoires lié aux menaces qui pèsent sur leurs pâturages.

L’analyse révèle par ailleurs le caractère déterminant de la constitution des éleveurs en force politique : les inflexions observées sur le territoire de Laponia sont le résultat d’un investissement de la gouvernance de ce site par les Samis dans le contexte d’une lutte pour la reconnaissance de leurs droits et de leur culture, perspective que l’on ne retrouve pas dans le cas de Pyrénées-Mont Perdu. Pour de nombreux habitants de ce dernier site en effet, le titre de Patrimoine mondial reste prioritairement lié à l’idée d’un label pour le tourisme, une conception relativement éloignée des objectifs du Centre du Patrimoine mondial et des porteurs de l’inscription du site, qui aspirent avant tout à la reconnaissance et à la préservation d’un patrimoine aux « valeurs universelles exceptionnelles » (Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel , 1972).

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