Les manchots royaux face aux anomalies climatiques

Découverte

09.11.2015

Comment les écosystèmes marins répondent-ils aux évènements climatiques ? Cette question d'actualité nécessite une approche à l’interface de plusieurs disciplines : océanographie, climatologie, écologie, démographie… Une équipe multidisciplinaire de chercheurs – océanographes, climatologues et écologues, dont Cédric Cotté du Laboratoire d'océanographie et du climat : expérimentation et approches numériques1 – s’est intéressée à l'impact écologique d'oscillations en température se produisant dans le Sud des océans Indien et Atlantique.


Dans le but de comprendre la réponse d'un prédateur de l'Océan Austral, cette équipe a étudié le comportement de recherche alimentaire et la population du manchot royal face à des fluctuations importantes de leur environnement induites par des évènements climatiques dans l’archipel de Crozet2.

Grâce au suivi satellite des manchots royaux de Crozet pendant 16 ans (de 1992 à 2010), les scientifiques ont pu montrer qu'un réchauffement des eaux de surface provoque un éloignement du Front Polaire, leur zone d'alimentation (à raison de 130 km pour 1°C supplémentaire), contraignant les manchots à parcourir de plus grandes distances et à plonger plus profondément. Lors d'un évènement climatique extrême (augmentation de la température supérieure à 2°C observée en 1997), un doublement des distances parcourues pour atteindre le Front Polaire et une profondeur de plongée de 30 % supérieure à la moyenne ont entraîné une importante mortalité, se traduisant l'année suivante par une diminution de la population d'adultes reproducteurs de 34 %.

En identifiant un mécanisme comportemental relié à l'activité alimentaire, cette étude basée sur des observations à long terme permet de comprendre comment la variabilité climatique affecte les populations animales, bien que peu d'informations soient actuellement disponibles sur leurs proies. Semblablement à l'évènement extrême de 1997, les scénarios climatiques prévoient un déplacement du Front Polaire vers le sud, interrogeant ainsi sur le devenir des populations de manchots et d'autres prédateurs plongeurs de cette zone de l'Océan Austral.

Références

Bost, C. et al. Large-scale climatic anomalies affect marine predator foraging behaviour and demography. Nature Communications. 6:8220 (parution 26/10/2015)
doi: 10.1038/ncomms9220

Ecology: Foraging further. Nature 526, 646 (29 October 2015)
doi:10.1038/526646a


Notes

1- Laboratoire d'océanographie et du climat : expérimentation et approches numériques, LOCEAN (Sorbonne Universités - UPMC/CNRS/MNHN/IRD)
Centre d’Etudes Biologiques de Chizé, CEBC (CNRS)
Institut Pluridisciplinaire Hubert Curien, DEPE, (CNRS/ULP)
Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive/CNRS
National Institute of Polar Research, Japon

2- Zone indienne de l'océan Austral


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