Image de sciences : les entrailles d'un poisson-lune passées au scanner

Découverte

15.03.2021

Pour comprendre comment les espèces évoluent et se différentient, il faut parfois les imager en profondeur.


Le format « Images de science » vous propose de décrypter une photographie particulièrement signifiante d’un point de vue scientifique, de la décrire et d’en comprendre les enjeux.

 


Voici une coupe virtuelle dans un animal étrange : un poisson-lune ou « môle ». Ce poisson est énorme, il peut mesurer plus de 3 mètres et peser plus d’une tonne. On le rencontre dans les eaux marines du monde entier, en zone tropicale ou tempérée. Cette coupe, réalisée avec un scanner, est « virtuelle », car elle a été obtenue sans ouvrir ni disséquer l’animal, par imagerie.

Cette image fait partie d’une série d’études qui a contribué à montrer que les lophiiformes (groupe de la baudroie) et les tétraodontiformes (groupe du poisson-lune) ont un ancêtre commun proche, ce qui était loin d’être évident, car ils ne se ressemblent pas du tout. En effet, les résultats de travaux moléculaires récents avaient proposé que les espèces de ces deux différents groupes partageaient un ancêtre commun proche. Une parenté jugée tout d’abord étrange, voire risible par certains, avant d’être corroborée par des données issues de l’anatomie externe sur des larves et interne sur des adultes.


Entre poisson-lune et baudroie, pas facile de voir les points communs ! Jean‑François Dejouannet, MNHN, Author provided

Comparer les organes internes sans dissection

Le but d’un tel examen s’inscrit dans une étude d’anatomie comparée. Cette discipline étudie et établit des correspondances entre des parties d’organismes appartenant à des espèces différentes. Elle cherche donc à déterminer qui est proche de qui en s’intéressant à l’aspect et la disposition des organes (foie, tissus nerveux, muscles…). Le plus souvent destructrice par nécessité, l’anatomie comparée repose sur des résultats de dissections mettant à mal certaines parties du corps des organismes afin d’en mettre d’autres en exergue.

Toutefois, les techniques médicales modernes en termes d’imagerie sont à la fois non invasives et non destructrices. L’imagerie par résonance magnétique (IRM) et le scanner, encore appelé CT-scan ou tomographie par rayons X, comme ici, permettent d’obtenir des coupes de l’intérieur des organismes sans les dégrader.

Cela est particulièrement intéressant pour des spécimens rares ou historiques, à grande valeur patrimoniale. Dans ce cadre, différents travaux ont permis d’étudier l’anatomie interne de spécimens conservés dans l’alcool, sans ouvrir les bocaux. Dans le cas de notre poisson-lune, l’intérêt d’utiliser ces techniques est qu’il est peu courant d’en pêcher, rendant les spécimens précieux.

Ainsi, nos scanners de poisson-lune et de baudroie ont permis de montrer qu’ils ont tous deux un orifice operculaire réduit, des reins arrondis et situés antérieurement dans la cavité abdominale ; une glande thyroïde compacte incluse dans un sinus veineux ; une moelle épinière très courte, un foie asymétrique et des groupes de neurones particuliers situés au-dessus de la moelle épinière, ce qui indique qu’ils ne sont pas si dissemblables qu’ils en ont l’air.

 


Le site AcanthoWeb vous permettra de plonger en détail dans la diversité et la classification des acanthomorphes, de la morue à la sole, de la perche au sandre, du guppy au poisson-ange…

 

 

Bruno Chanet, Chercheur attaché-honoraire, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et Claude Guintard, Maître de conférences en anatomie comparée et responsable de l'unité d'anatomie de l'École Nationale Vétérinaire de Nantes, Oniris

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


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