Débat : des zoos, pour quoi faire ?

Leurs missions d'éducation, de conservation et de recherche sont légitimes et nécessaires à la préservation de la biodiversité.


Que Pierre Gay, ex-directeur du Bioparc de Doué-la-Fontaine, me pardonne de lui emprunter ainsi le titre du livre qu’il a publié il y a une quinzaine d’années. Cette question résume très bien les nombreux débats qui refont surface depuis les annonces de la ministre de la Transition écologique d’interdire progressivement les spectacles d’animaux sauvages itinérants ainsi que les delphinariums.

Mais pourquoi donc faudrait-il maintenir des lions, des singes et des éléphants en captivité dans les parcs zoologiques, alors qu’on refuse désormais de les voir en cage dans les cirques ?

 

Le 29 septembre 2020, la ministre de l’Environnement Barbara Pompili annonce l’interdiction « progressive » des animaux sauvages dans les cirques itinérants (LeHuffPost/YouTube).

 

La communauté des parcs zoologiques est vaste puisqu’elle regroupe plus de 1200 établissements à travers le monde, dont près de 400 en Europe ; la France en compte à elle seule 94, dont une dizaine de zoos publics.

La réponse des zoos face à ces polémiques tient en quelques mots : « Nous participons à la conservation de la biodiversité ! ».

En plus de divertir, ces lieux éduqueraient ainsi les visiteurs, leur offrant la possibilité de voir de très près des animaux sauvages, sans cela uniquement « visibles » grâce aux documentaires animaliers.

Sensibiliser le public

Depuis une trentaine d’années, de nombreux parcs zoologiques et aquariums européens et nord-américains considèrent comme une de leurs priorités la sensibilisation de leurs visiteurs aux menaces qui pèsent sur la faune sauvage.

Ils auraient tort de ne pas le faire, étant donné le nombre considérable de personnes qui s’aventurent dans leurs allées chaque année. En 2019, 1,6 million de personnes se sont pressées au ZooParc de Beauval et plus de 560 000 au Parc zoologique de Paris. Ces visiteurs viennent souvent en famille et présentent des profils socioprofessionnels extrêmement variés.

 


Atelier pédagogique au Parc zoologique de Paris. F-G.Grandin/MNHN, CC BY-NC

Pour ces visiteurs, voir, entendre et parfois sentir l’odeur d’un animal sauvage est assurément une expérience marquante, propice à éveiller des passions et à donner l’envie d’agir contre la disparition annoncée de l’espèce…

Cela encore davantage lorsque des équipes pédagogiques sont présentes et communiquent au public des chiffres alarmants sur le statut de conservation de ces animaux.

Maintenir des populations animales viables

Les zoos travaillent aussi, collectivement (en un grand réseau international), à maintenir des populations saines d’animaux en captivité. Ils utilisent des outils démographiques complexes en vue de choisir les individus qui pourront se reproduire, afin de réduire autant que possible la consanguinité des animaux captifs.

Il s’agit d’un défi considérable puisque le nombre d’individus fondateurs des populations captives d’animaux est souvent très faible – inférieur à 50 individus – et qu’il est interdit depuis 1973, signature de la Convention sur le commerce international de la faune et la flore sauvage menacées d’extinction, de capturer des animaux menacés dans la nature pour les placer dans les zoos.

Grâce aux efforts humains et financiers des zoos, des centaines d’animaux ont d’ores et déjà pu être réintroduits au sein d’aires protégées dans leur milieu naturel : cheval de Przewalski en Mongolie, singe tamarin-lion doré au Brésil, oryx algazelle au Tchad ou encore vautour moine en Lozère.

 


Chevaux de Przewalski à la Réserve zoologique de la Haute-Touche. F-G.Grandin/MNHN, CC BY-NC

Le succès de ces quelques programmes de renforcement des populations sauvages n’a été possible qu’après de longues périodes de réacclimatation à la vie sauvage de ces animaux nés en captivité (parfois sur plusieurs générations), avec pour prérequis que les menaces pesant sur leur espèce soient circonscrites dans les aires de relâcher.

Les zoos agissent également en finançant des programmes de conservation en milieu naturel, reversant une bonne partie de leur chiffre d’affaires à des associations qui s’évertuent à circonscrire les menaces qui pèsent sur les animaux dans leur environnement, comme en témoignent les 22,6 millions d’euros reversés à des associations environnementales par les membres de l’Association européenne des zoos et aquariums en 2019.

Favoriser la recherche

Enfin, les parcs zoologiques ouvrent leurs portes à des scientifiques désireux de mieux connaître la biologie, ainsi que les capacités cognitives des animaux ; c’est par exemple le cas au zoo de Leipzig.

Des projets de recherche se développent chaque jour sur la faune captive, comme en témoignent les nombreuses publications scientifiques qui impliquent des personnels de parcs zoologiques (plus de 3345 publications impliquant des zoos européens entre 1998 et 2018).

Des données précieuses sur les besoins nutritionnels, la reproduction ou encore les comportements sociaux sont ainsi obtenues au sein des parcs zoologiques, et s’avèrent bien utiles aux gestionnaires des parcs nationaux et réserves naturelles.

 


Un singe tamarin-lion doré et son petit né en 2020 à la Ménagerie, le zoo du Jardin des plantes à Paris. E.Baril/MNHN, CC BY-NC

Garantir le bien-être des animaux

Les parcs zoologiques ont donc quatre missions : divertissement, éducation, conservation, et recherche. Or, celles-ci ne sont légitimes qu’à condition de garantir le bien-être des animaux.

Mais que penser de tous ces grands prédateurs – loups, ours, tigres – encore présents dans la majorité des zoos, et qui font les cent pas dans leurs enclos, empruntant inlassablement le même parcours dans un espace bien trop réduit pour eux qui, en milieu naturel, parcourraient des dizaines de kilomètres par jour ?

Comment ces zoos peuvent-ils éthiquement accepter de maintenir en captivité – et de présenter au public – des animaux pour lesquels une dégradation de la qualité de vie est avérée par des indicateurs objectifs ?

Comme en atteste la place grandissante qu’occupe le bien-être animal dans les activités de l’Association européenne des zoos et aquariums, la qualité de vie des animaux présents dans les parcs zoologiques est devenue un enjeu central.

 


Le nouvel enclos de la Réserve zoologique de la Haute-Touche héberge, sur plus de 4 hectares, différentes espèces originaires d’Asie : markhors et takins de Mishmi, mais aussi pandas roux, muntjacs de Reeves, grues à cou blanc et cerfs du père David. F-G. Grandin/MNHN, CC BY-NC

De nombreux protocoles d’évaluation systématique de la bientraitance voient le jour dans les zoos, se basant sur un suivi de la physiologie, de la santé et des comportements des animaux, en lien avec les conditions dans lesquelles ils vivent.

Améliorer la relation avec les humains

Dans ce contexte, les zoos veillent également à améliorer la relation entre les humains et les animaux captifs.

Ils utilisent de plus en plus souvent le renforcement positif consistant à récompenser un animal dès qu’il exécute une action voulue dans le but d’obtenir sa coopération lors des soins, et ainsi d’éviter des anesthésies extrêmement stressantes. Cette méthode, appelée « entraînement médical », vise à instaurer des interactions non conflictuelles entre animaux et vétérinaires ou soigneurs.

À la Ménagerie, le zoo du Jardin des plantes à Paris, j’ai eu l’opportunité de coordonner un projet de recherche qui a montré que les orangs-outans comprennent extrêmement bien les gestes de leurs soigneurs, ce qui leur permet de répondre à des sollicitations complexes telles qu’« ouvrir la bouche », « présenter son ventre pour une échographie » ou même « uriner sur un test de grossesse ».

Quelques zoos cherchent également à mieux comprendre comment les animaux captifs sont affectés par la présence de visiteurs humains, souvent bien trop bruyants. Je vous laisse, par exemple, imaginer les réactions vocales d’une classe d’enfants rencontrant, au cours d’une visite scolaire au zoo, un jeune orang-outan amateur de galipettes

Aujourd’hui, il est crucial pour la communauté des zoos d’offrir les meilleures conditions de captivité possible aux animaux. Certains font ainsi le choix de présenter moins d’animaux, de ne conserver que ceux qui sont les plus menacés en milieu naturel et de sélectionner les espèces qui s’adaptent le mieux à la vie en captivité… Quitte à offrir aux animaux des possibilités d’échapper au regard du public, en se dissimulant s’ils en ressentent le besoin.

Ne soyez donc pas étonné·es de ne pas voir de tigres de Sibérie ou d’éléphants d’Afrique lors de votre prochaine visite au zoo. Ils ne sont probablement plus là du tout… ou bien ils sont cachés !

 

 


Audrey Maille, Maîtresse de conférences, éthologie, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


Autres articles associés à la catégorie « Au cœur des biozones »