Quelles sont les capacités et compétences des animaux ?

Au carrefour entre sciences humaines et sciences biologiques se trouve l’éthologie. Cette science du comportement animal qui remonte à Charles Darwin questionne la frontière de plus en plus fine entre l’humain et les animaux. L’éco-anthropologue au Muséum national d’Histoire naturelle Shelly Masi nous éclaire.

Des comportements très similaires

Certaines espèces animales peuvent communiquer de façon très élaborée, elles ont une conscience d’elles-mêmes, une forte sociabilité, des capacités à coopérer avec leurs congénères pour arriver à un but commun, la faculté d’innover et une propension à la transmission. Certains animaux possèdent des cultures et une fibre artistique, se soignent et montrent de nombreux comportements qui, dans le passé, marquaient la barrière apparemment infranchissable avec l’Homme.

Les animaux les plus proches de nous, à savoir les primates, sont capables de comprendre les intentions des autres. Ils font preuve d’empathie et ont de fortes capacités cognitives. Ils peuvent rire ou avoir de l’empathie dans une situation difficile, comme face à la mort. Ils peuvent aussi faire la guerre et agir violemment.

Une intelligence sous-estimée

Les humains et les primates ont donc des capacités cognitives très proches. En comparant les crânes des gorilles modernes à ceux des australopithèques, les chercheurs ont trouvé des canaux de flux sanguin vers le cerveau presque deux fois plus grands chez les gorilles. Les chimpanzés et les orang-outans, avaient également des canaux plus grands que ceux de nos premiers ancêtres humains. Les primates sont probablement plus intelligents que ce que nous estimons.

Nous n’avons tout simplement pas les outils pour mesurer avec précision leurs capacités, et nous sommes par ailleurs biaisés par des mesures et des expériences scientifiques centrées sur l’humain. Cela est d’autant plus vrai au sujet des compétences et capacités des autres animaux, plus éloignés de nous.

La question du langage

Aujourd’hui, la barrière la plus difficile à franchir est celle du langage. L’espèce humaine est la seule, parmi les primates, à présenter un langage vocal articulant des concepts. Cependant, les primates emploient des formes primitives de langage qui leur permettent d’indiquer aux congénères la présence d’un prédateur aérien plutôt qu’un prédateur terrestre. Ce langage permet donc probablement de communiquer la distinction entre un aigle, un serpent ou un grand félin.

Certaines études sur les grands singes montrent aussi qu’ils semblent avoir une sorte de syntaxe primordiale. Cela signifie qu’ils recombinent différentes vocalisations pour changer le message : cela pourrait être vu comme l’origine de nos combinaisons de lettres et mots pour composer des phrases.     

Dans les années 1960, le chimpanzé Washoe a appris 350 mots de la langue des signes américaine, ce qui est comparable à ce dont est capable un enfant de trois ans. De la même manière, le bonobo Kanzi, né en 1980 dans le zoo de San Diego aux États-Unis, comprend 3000 mots et utilise 348 signes pour parler avec les humains à l’aide d’un clavier.

Que peuvent faire les animaux que nous ne pouvons pas faire ?

Les pigeons, par exemple, sont connus pour leurs capacités de géolocalisation et leur maitrise d’une carte mentale qui les aident pendant les migrations.

Les chauves-souris ont des capacités d’écholocalisation pour mieux se déplacer dans la forêt et mieux s’alimenter.

Pour des raisons similaires, les serpents ont développé une capacité de thermo-vision.

Les animaux sauvages ont aussi de grandes capacités à se remettre rapidement en cas d’accident, et ils sont rarement malades. On observe ainsi une résistance plus importante à la douleur, ce qui s’apparente à un « instinct de survie » plus développé que chez l’humain.

Nos cousins les plus proches, les primates, peuvent monter et se déplacer sur les arbres grâce à leurs longs bras (capacité que les humains ont perdue car nos jambes sont plus longues que nos bras).

Grâce à l’interaction avec leur environnement, les singes ont aujourd’hui une vision, une olfaction et une audition plus élevées que nous, même si nos capacités au niveau physiologiques sont très similaires. La vie moderne a fait régresser les hommes et les femmes sur certaines aptitudes dont nous n’avons plus besoin pour survivre.

À noter que certains peuples, parce qu’ils sont chasseurs-cueilleurs et vivent encore de nos jours dans des forêts tropicales, ont conservé certaines de ces capacités (une audition, olfaction et vision bien meilleures que la nôtre) ! C’est le cas par exemple des pygmées Aka, qui vivent dans les forêts du sud-ouest de la République centrafricaine et du nord de la République du Congo. Ces derniers peuvent entendre des sons très éloignés d’eux, parfois même situés à un kilomètre. Ils peuvent même savoir si une feuille par terre a été pliée par le passage d’un gorille ou d’un chimpanzé !

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