Pourquoi les mammouths inspiraient-ils les artistes de la préhistoire ?

Peint sur les parois des cavernes, sculpté sur des propulseurs, gravé dans l’ivoire, le mammouth figure en bonne place dans le bestiaire des artistes préhistoriques. Quelle place tenait-il dans la vie des humains du Paléolithique pour les inspirer ainsi ? 

Il a fallu des années de débats entre savants pour admettre que les humains et les mammouths ont pu vivre au même moment sur Terre, durant le Paléolithique (de – 3,3 millions d’années à – 12 000 ans). 

C’est la découverte, en 1864 dans l’abri de la Madeleine (Dordogne), d’un fragment de défense de mammouth sur lequel était gravé… un mammouth, qui a prouvé cette coexistence. En effet, ce vestige du Magdalénien (environ 17 000 ans) comporte des détails anatomiques que seul un auteur ayant vu un mammouth en chair et en os pouvait reproduire. 

Le mammouth de la Madeleine – gravure sur ivoire de mammouth

© MNHN - P. Paillet

Symbole de la préhistoire

L’imposant animal est devenu un symbole emblématique de la préhistoire. Il est assez souvent représenté sur les parois des grottes, et parfois, bien que plus rarement, sur des objets. 

Mais pour autant, le mammouth n’est pas l’animal le plus fréquemment reproduit (environ 7 % de l’iconographie figurative). Le cheval et le bison sont bien plus nombreux, mais il peut être majoritaire dans certaines grottes ou à certaines périodes. 

Dans sa zone de répartition, de l’Europe de l’Ouest à l’Asie occidentale, on recense près de 500 individus peints, sculptés ou gravés dans les cavernes et quelque 200 autres gravés ou sculptés sur des objets en pierre, en bois de rennes, en ivoire. 

Star des grottes ornées

Un mammouth et deux bouquetins dessinés sur une paroi de la grotte

Mammouth et bouquetins datés du Magdalénien gravés dans la grotte de Rouffignac en Dordogne

CC0 1.0

Surtout, lorsqu’il est représenté dans les cavernes, le mammouth occupe une place centrale. Soit parce qu’il est illustré en grand nombre, comme dans la grotte de Rouffignac (Dordogne, vers - 17 000 ans), qui en compte près de 170, soit parce que son dessin retient l’attention par son originalité artistique, sa précision, ou encore par la diversité des postures et la vivacité des scènes dépeintes : file d’animaux, affrontement…

Un statut à part ? 

Peinture d'un groupe d'hommes préhistoriques dans la neige fuyant devant un grand mammouth.

La fuite devant le mammouth, huile sur toile de Paul Jamin, 1885

© MNHN - J.-C. Domenech

Est-ce à cause de sa taille impressionnante ou de son importance dans la vie de ses contemporains humains que le mammouth est ainsi mis en valeur ? 

Source de nourriture, il fournit aussi de précieux matériaux. Ses ossements sont parfois recyclés, avec les défenses, pour la construction de cabanes (Ukraine, Russie). Son ivoire est utilisé pour fabriquer des armes ou des outils, et sculpter des œuvres d’art. Cette matière noble dont le travail requiert une grande maîtrise technique contribue à donner un statut particulier au mammouth. 

Et cette aura est encore renforcée par la qualité des œuvres sculptées dans ses défenses, telles que les statuettes animales ou féminines comme l’iconique Vénus de Lespugue (grotte des Rideaux, Haute-Garonne, - 28 000 ans). 

Un modèle de choix

Mammouth dessin

Mammouth

© MNHN - J. Montano

Son allure massive et sa morphologie particulière donnent au mammouth une silhouette singulière. Et si ces traits physiques expliquaient son succès artistique ? 

Deux lignes courbes incisées dans un os ou esquissées sur la roche suffisent à dessiner son profil caractérisé par une bosse crânienne en saillie, une nuque creuse et la courbe tombante de son dos. Des défenses imposantes, une toison épaisse prolongée par de longs poils achèvent son portrait. Parfois, il est complété d’yeux expressifs ou de détails anatomiques discrets, tel que le clapet anal, repli de graisse et de peau situé sous la queue et qui le protège du froid.

Réaliste ou plus schématique, sculpté, peint ou gravé, le mammouth a ainsi inspiré des interprétations très variées dès l’Aurignacien (- 40 000 ans), laissant libre cours au talent des artistes qui l’ont immortalisé.

Article rédigé en avril 2023. Remerciements à Patrick Paillet, préhistorien et maître de conférences (UMR HNHP - NOMADE du Muséum national d'Histoire naturelle. 

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