Pourquoi le dodo a-t-il disparu ?

Le dodo est un oiseau ayant vécu sur l’île Maurice jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Disparu en moins d’un siècle, il est l’un des symboles de l’extinction des espèces animales à cause d’activités humaines. 

Qui sont les dodos ?

Georges Edwards, « The Dodo », dans Gleanings of natural history, Londres, 1758-1764, planche imprimée, 4o Bn 287

© MNHN

"Dodo" est l’un des noms donnés au dronte de l’île Maurice. Décrit comme lent, peu farouche et maladroit, il ressemblait à un pigeon géant et n’était pas capable de voler. On suppose que ses ancêtres étaient arrivés par les airs sur cette île tranquille de l’archipel des Mascareignes, qui comprend également la Réunion et l’île Rodrigues.

N’ayant pas de prédateurs, ils sont peu à peu devenus plus gros et plus lourds et ont perdu la faculté de voler. On pense également que leur taux de reproduction a baissé au cours du temps. Moins d’un siècle après leurs premiers contacts avec les Européens, ils ont disparu, victimes de la chasse, de la modification de leur environnement et de l’introduction d’espèces détruisant leurs nids.

Une rencontre subite menant à sa disparition

Squelette de Dodo, Raphus cucullatus

Squelette de Dodo, Raphus cucullatus

© MNHN - B. Faye

Au XVIe siècle, des navigateurs portugais et néerlandais arrivent dans les îles Mascareignes, rapidement suivis par les Français et les Britanniques. Ils y rencontrent le dodo, un oiseau mesurant un mètre environ pour une dizaine de kilos. Il devient vite une proie facile pour ces nouveaux arrivants qui voulurent en faire leur repas et l’approvisionnement des navires en dépit de l’odeur nauséabonde de sa viande.

Cet oiseau fut aussi victime des nouveaux prédateurs qui accompagnaient les Européens dans les cales des bateaux : rats, chiens, bétail. Si le dodo adulte pouvait sans doute se défendre, notamment grâce à son bec puissant, ses œufs pondus à même le sol étaient des proies faciles pour ces animaux importés. Le remplacement de la végétation par les cultures européennes a également été fatal aux dodos. Face à ces modifications profondes de son environnement et aux menaces des nouveaux prédateurs, cet oiseau s’est éteint en moins d’un siècle.

Une existence remise en question

Ayant été peu et mal décrit avant son extinction autour des années 1680, le souvenir du dodo devint incertain pour nombre de naturalistes du XVIIIe siècle. Il existait peu de naturalisations de l’animal, lesquelles n’ont pas survécu au passage du temps. Seuls subsistent des ossements dans quelques musées européens. On note un regain d’intérêt pour cette espèce au XIXe siècle, en particulier autour d'un débat concernant son appartenance ou non à un groupe de pigeons.

Pourquoi le dodo a-t-il été une proie si facile ?

Comme d’autres animaux vivant sur des îles, les dodos vivaient dans un milieu où ils avaient peu de compétiteurs et peu de prédateurs, c’est-à-dire peu d’animaux pour leur disputer les mêmes sources de nourriture ou pour les chasser, et ce pendant des milliers d’années. Au fil du temps, et par évolution, ces animaux qui vivaient dans des conditions tranquilles ont perdu leur agressivité et leurs facultés de défense. Ils ont grossi et ont perdu leur capacité de voler, faisant d’eux des proies faciles, incapables de se défendre ou de fuir rapidement.

Les conséquences de la disparition du dodo

Tambalacoque (Sideroxylon grandiflorum)

Tambalacoque (Sideroxylon grandiflorum)

CC0 A. Shawka / Wikimedia Commons

Un bel arbre nommé le tambalacoque (Sideroxylon grandiflorum) pousse sur l’île Maurice. Au début du XXe siècle, il ne restait que quelques sujets pluricentenaires, certes en pleine santé et produisant des fruits en abondance, mais qui ne germaient pas. Dans les années 1960 ne subsistaient qu’une dizaine de ces arbres, et l’espèce était elle-aussi menacée d’extinction. La communauté scientifique avait du mal à comprendre ce déclin et craignait une disparition du tambalacoque.

Un jour, des dindes ont mangé des graines de tambalacoque qui ont germé après un passage par leur tube digestif. Les scientifiques ont alors compris le lien entre disparition des dodos et déclin de l’arbre. Les dodos étaient granivores et faisaient sans doute partie des animaux indispensables à la reproduction du tambalacoque en ingérant les graines dans les fruits, puis en les dispersant à travers leurs excréments !

On a donc nourri des dindes de graines de tambalacoque qui, après passage par leur gésier, ont ensuite été dispersées pour que cette espèce végétale ne disparaisse pas. Cet exemple illustre bien une chaine causale écologique où, suite à la disparition d’une espèce, d’autres disparaissent à leur tour car leur cycle de vie et de reproduction sont fortement dépendants. Il est probable que d’autres espèces animales et végétales aient disparu en même temps que le dodo sans que nous en ayons eu connaissance. En effet, il est difficile d’appréhender les interactions entre l’oiseau et la petite faune des sols, les parasites, ou les plantes dont il se nourrissait.

Aurait-on pu sauver le dodo ?

On aurait potentiellement pu le sauver si l’on avait réalisé à temps le déclin de l’espèce, mais il aurait fallu un nombre de spécimens assez conséquent pour permettre leur reproduction ! Ce n’était pas le but des colonisateurs de l’époque, qui voyaient avant tout de nouvelles terres à exploiter sur le territoire de ces espèces. D’autres animaux ont pu être sauvés de l’extinction malgré tout : le cheval de Przewalski est ainsi préservé dans les parcs zoologiques car son habitat naturel n’existe plus.

À écouter

Écoutez l'histoire du dodo racontée par Jacques Cuisin, délégué à la conservation au Muséum.

D'autres histoires fabuleuses sur nos collections sont à retrouver dans Les Curieuses histoires du Muséum, un podcast original co-produit par France Culture et le Muséum national d'Histoire naturelle.

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Article rédigé en juillet 2023. Remerciements à Christine Lefevre, Directrice des collections naturalistes du Muséum national d'Histoire naturelle.

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