Peut-on cohabiter avec les moustiques ?

Le moustique est synonyme de zonzonnements agaçants, de piqûres et de démangeaisons, voire de maladies. Comme toutes les espèces de notre écosystème, il a pourtant son rôle à jouer et il nous faut parvenir à cohabiter.

Un moustique, ça pique… pas forcément

Le point commun aux 3 500 espèces de moustiques, c’est d’abord leur zonzonnement : un bruit caractéristique dû à sa vitesse de battement d'ailes ultrarapides, de 600 à 1 000 battements par seconde. Et tous se nourrissent du nectar des fleurs.

Une grande partie des espèces de moustiques — mais pas toutes — sont des piqueurs-suceurs qui se nourrissent aussi du sang de vertébrés. Mais seules les femelles ont cette pratique : elles trouvent dans le sang les protéines nécessaires au développement de leurs œufs. Et parmi les espèces de moustiques hématophages, seule une petite minorité goûte le sang humain.

Qu’est-ce qui attire les moustiques ?

Grâce aux soies de ses antennes, la moustique sent le CO2 synonyme de respiration animale, donc de sang chaud, qu’elle repère à 70 m. Elle est également sensible aux odeurs : parfums et odeurs corporelles de sueur, haleine, etc. qui dépendent en grande partie de l’héritage génétique de chacun. Voilà pourquoi certaines proies sont préférées à d’autres.

Des moustiques dangereux pour les humains…

La trompe de ces suceur-piqueurs, appelée proboscis, possède 2 canaux : l’un pour injecter une salive anesthésiante et anticoagulante, l’autre pour aspirer ensuite le sang. C’est la salive, urticante, qui provoque des réactions (démangeaisons, gonflements…) allant jusqu’à l’allergie.

Plus grave, en même temps qu’il boit le sang de son hôte, le moustique peut absorber puis transmettre des virus et des parasites microscopiques comme des filaires (des vers nématodes) et des Plasmodium provoquant des maladies graves ou mortelles. Le Chikungunya, la dengue, ou la fièvre jaune, transmis par des moustiques vecteurs touchent ainsi des millions de personnes à travers le monde. À lui seul, le tristement célèbre Plasmodium falciparum, parasite protozoaire transmis par les moustiques et responsable du paludisme, cause 400 000 morts par an selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

… mais utiles à l’écosystème terrestre

S’il est néfaste pour les humains, le moustique joue un rôle important dans de nombreux écosystèmes. Il alimente de nombreux oiseaux, en particulier les hirondelles, figure au menu des batraciens, chauves-souris, libellules, araignées ou poissons tels que la gambusie qui se régale de ses larves.

C’est aussi un pollinisateur important pour les fleurs. Il est même indispensable aux plantes à fleurs des régions arctiques.

Ses larves qui se développent dans les points d’eau consomment des micro-organismes (algues, microbes) présents dans l’eau et contribuent ainsi au cycle de production et de transformation de la biomasse (l’ensemble de toute la matière organique produite par les végétaux, animaux, micro-organismes d’un écosystème).

S’en protéger sans tous les éliminer

Il porte des maladies, ne pollinise pas nos légumes, mais sa disparition créerait un déséquilibre dont on ignore les conséquences. La lutte chimique contre certains diptères a en revanche prouvé ses limites : le moustique devient vite résistant aux insecticides qui restent néfastes pour d’autres espèces, humains compris.

On soupçonne des campagnes de démoustication en Camargue d’être responsables de la baisse de populations d’hirondelles privées de cette source d’alimentation.

Pour se protéger des moustiques, le plus efficace est de limiter les points deau, car c’est là que les femelles pondent : vider les arrosoirs, coupelles, ne pas laisser traîner des déchets type vieux pneus retenant l’eau. On peut attirer ses prédateurs en installant des nichoirs à hirondelles et à chauve-souris près des habitations. Enfin, les moustiquaires et les vêtements longs s’avèrent plus efficaces que les insecticides.

Réchauffement climatique et espèces invasives

Plus largement et à plus long terme, il reste utile de réfléchir à limpact des activités humaines. L’organisation de nos villes par exemple peut être revue. La chaleur et l’humidité, plus importantes qu’en zones rurales, y favorisent la multiplication des moustiques, tandis que certaines espèces prédatrices (hirondelles, chauve-souris) disparaissent des sites urbains.

L’intensification des échanges planétaires facilite par ailleurs l’introduction et la prolifération despèces envahissantes comme le moustique tigre. Arrivé par accident en Europe dans des cargaisons de pneus, il est vecteur de maladies comme la dengue, le Zika ou le Chikingunya. Pour tenter de limiter ces épidémies, des réseaux de surveillance ont été créés afin de suivre et connaître ces espèces exotiques envahissantes.

Enfin, des recherches sont menées pour modifier les caractéristiques génétiques des moustiques vecteurs de maladies afin de réduire leur population. Il peut s’agir de stériliser des mâles moustiques pour que les œufs des femelles n’éclosent pas ou de programmer que seuls des moustiques mâles stériles naissent ce qui pourrait conduire à l’épuisement de l’espèce. Reste à s’assurer que cette démarche de modification du vivant sera inoffensive pour la biodiversité, la santé humaine et efficace contre les épidémies. Les techniques visant à une élimination totale des moustiques posent des questions éthiques encore plus vives : doit-on décider qu’une espèce n’a pas le droit d’exister ? Comment va s’opérer cette sélection ?

Le petit moustique soulève de grandes questions !

Le moustique est un insecte de l’ordre des diptères — du grec di (deux) et pteron (aile) —, comme les mouches.
La femelle aspire le sang grâce à sa trompe appelée proboscis.
Son abdomen, qui abrite les organes de digestion, de reproduction et les œufs est extensible : la femelle peut stocker jusqu’à 2 fois son poids de sang.

Dossier rédigé en octobre 2022. Remerciements à Christophe Daugeron, entomologiste, maître de conférences et spécialiste des diptères au Muséum national d’Histoire naturelle.

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