L'histoire du Muséum national d'Histoire naturelle

Riche d’une histoire de près de quatre siècles, le Muséum national d’Histoire naturelle regroupe aujourd’hui 4 sites en Ile-de-France, dont 3 à Paris, et 7 sites en régions. Découvrez l’histoire de cette institution scientifique qui participe pleinement à la préservation et à la transmission de la mémoire de la Terre.


Au commencement, le jardin royal des plantes médicinales

L’histoire du Muséum commence avec celle du Jardin royal des plantes médicinales. Au XVIIe siècle, les jardins botaniques sont en plein essor en Europe. Celui de Paris est créé en 1635 sur ordre de Louis XIII, influencé par son médecin Guy de La Brosse. Après cinq années de travaux et d’ensemencements nécessaires, le Jardin est ouvert au public et connaît un important succès. Il propose en effet un triptyque d'enseignements scientifiques (botanique, chimie et anatomie) gratuits, accessibles à tous, et de surcroît en français - alors que tous les autres établissements dispensent des cours en latin.

La Faculté, dominée par le clergé, cherche à s’opposer – sans succès – à la création du Jardin. Celui-ci mène en effet des recherches considérées comme hérétiques par l’Église, telle que l’étude de la circulation sanguine. Bénéficiant de la protection royale, le Jardin peut continuer son activité scientifique librement. Cependant, la Faculté seule garde le droit de conférer des diplômes.


Buffon et l’âge d’or du Jardin du roi

Au début du XVIIIe siècle, le Jardin cesse d’être un lieu principalement consacré à la médecine. Son nom change et devient simplement « Jardin du roi ». En 1729, l’ancien « droguier », qui a progressivement perdu son rôle d’officine, prend officiellement le titre de « cabinet d’histoire naturelle ».

Sous le ''règne'' de Buffon, le Jardin du roi connaît un véritable âge d’or. Le comte de Buffon est nommé intendant du Jardin en 1739, et le restera jusqu’à sa mort en 1788. S’il s’implique peu dans les enseignements qui sont dispensés, Buffon fait en revanche preuve d'une grande clairvoyance en nommant de célèbres chercheurs, comme Le Monnier et Antoine-Laurent de Jussieu en botanique, les frères Rouelle, Macquer et Fourcroy en chimie, ou encore Winslow, Mertrud, Ferrein, Petit et Portal en anatomie.

 

Buffon donne également une véritable impulsion au Jardin, en doublant notamment la surface de ce dernier jusqu’à la Seine, et lui adjoint plusieurs édifices – la maison de l’Intendance en 1771, l’hôtel de Magny en 1785. Il fait également ériger de nouvelles serres en 1788.

D’autre part, grâce aux travaux menés au Jardin, Buffon rédige son œuvre phare – l’Histoire naturelle – dont les trente-six volumes sont publiés entre 1749 et 1788. Ce travail considérable lui a valu le titre de ‘’prince des naturalistes’’.


1793 : naissance du Muséum national d’Histoire naturelle

La Révolution marque un tournant dans l’histoire de l’institution : le décret du 10 juin 1793 fait naître le Muséum national d’Histoire naturelle, issu de la fusion du Jardin du roi et du cabinet d’histoire naturelle. Les enseignements sont répartis selon douze chaires professorales : minéralogie (Daubenton), chimie générale (Fourcroy), arts chimiques (Antoine Louis Brongniart), deux chaires de botanique (Desfontaines et Antoine-Laurent de Jussieu), agriculture et culture des jardins, des arbres fruitiers et des bois (Thouin), histoire naturelle des quadrupèdes, cétacés, oiseaux, reptiles et poissons (Etienne Geffroy Saint-Hilaire), histoire naturelle des insectes, vers et animaux microscopiques (Lamarck), anatomie humaine (Portal), anatomie des animaux (Antoine Mertrud), géologie (Faujas de Saint-Fond) et iconographie (Van Spaendonck).

Au fur et à mesure, des chaires se rajoutent alors que d’autres disparaissent : la chaire de « productions coloniales d’origine végétale » est par exemple créée en 1929.

D’autre part, l’année 1794 voit l’ouverture officielle de la Ménagerie, qui rassemble en un seul et même lieu les animaux de spectacle vivant à Paris, ainsi que ceux des ménageries de Versailles et du duc d’Orléans.

 


Un XIXe siècle riche en évolutions

De 1800 jusqu’au début des années 1840, le Muséum entre dans une période de calme et de prospérité, durant laquelle il bénéficie fréquemment de l’appui de certains ministres tels que Chaptal et Thiers. La botanique, sujet de prédiction sous l’Ancien Régime, laisse place à l’étude de la zoologie, de l’anatomie, ou encore de la paléontologie et de la physiologie. Le professeur de zoologie Geoffroy Saint-Hilaire et le père de l’anatomie comparée Georges Cuvier sont les héros de ces nouvelles disciplines.

Le paysage du Muséum se complète en outre des premières Grandes Serres, érigées en 1834 - 1836 par Rohault de Fleury et qui sont consacrées à la flore de Nouvelle-Calédonie. Elles seront suivies en 1937 d'un "grand jardin d'hiver" de style Art déco, œuvre de René-Félix Bergé. D'autre part, la galerie de Minéralogie et de Géologie est inaugurée en 1837.

 


En 1844, à la suite du décès de Geoffroy Saint-Hilaire, dernier survivant des douze fondateurs de 1793, une nouvelle génération de professeurs du Muséum. On compte ainsi de grandes personnalités telles que le botaniste Adolphe Brongniart, les deux Milne-Edwards pour la zoologie ou encore Becquerel, qui découvre en 1896 la radioactivité naturelle dans son laboratoire du Muséum. Cependant, ils font face à la concurrence de l'université, que les étudiants préfèrent puisqu'elle délivre des diplômes.

Cependant l'année 1890 marque un tournant : c'est le retour en force de l'histoire naturelle, avec en 1889 l'inauguration de la galerie de zoologie (aujourd’hui Grande Galerie de l'Évolution), alors qualifiée de "Louvre de la science". Dix ans plus tard, en vue de l’Exposition universelle de 1900, c’est la Galerie d’Anatomie comparée et de Paléontologie qui voit le jour. En cette fin du XIXe siècle, le Muséum se dote donc de ses deux monuments phares.


Au XXe siècle, l’expansion du Muséum

Au XXe siècle, le Muséum national d’Histoire naturelle se voit confier la gestion de plus en plus d’établissements scientifiques et culturels. D’abord, le zoo de Vincennes (aujourd’hui Parc zoologique de Paris), inauguré en 1934 dans le cadre de l’Exposition coloniale. Ce qui devait être à l’origine un zoo éphémère est devenu une véritable institution dans le domaine de la conservation des espèces, de la sensibilisation et de la recherche en zoologie.

Trois ans plus tard, en 1937, c’est le musée de l’Homme qui ouvre ses portes, remplaçant ainsi l’ancien musée d’Ethnographie du Trocadéro. À cette occasion, les collections de la galerie d’Anthropologie – alors exposées dans le bâtiment de la galerie de Paléontologie et d’Anatomie comparée – sont transférées au musée de l’Homme.

D’autre part, une multitude de sites provinciaux sont venus compléter le paysage du Muséum. Dès 1849, celui-ci se voit confier la gestion du Paléosite de Sansan (ouvert au public en 2018). Au XXe siècle, sont respectivement affectés au Muséum l’Harmas Jean-Henri Fabre (1922), l’arboretum de Versailles-Chèvreloup (1927), le jardin alpin La Jaÿsinia (1936), l’abri Pataud (1957), la Réserve zoologique de la Haute-Touche (1958, ouvert au public en 1980), le jardin botanique exotique de Menton (1966) et enfin la Station marine  de Concarneau (1996). Autant de lieux qui soulignent la diversité des champs d’action du Muséum.

Enfin, d’importants travaux sont entrepris au Jardin des Plantes, le site historique : en 1986 est en effet inaugurée la zoothèque souterraine, qui accueille les collections de l’ancienne galerie de zoologie fermée au public depuis 1965. Il s’agit d’un préalable à l’étude de la rénovation de cette dernière : libérée de ses collections et de sa fonction de conservation, elle pourra désormais pleinement remplir sa mission de diffusion des connaissances, plus particulièrement par le biais d’une exposition permanente et d’expositions temporaires.

Après trente ans de fermeture au public, la galerie de zoologie rouvre au public sous le nom de « Grande Galerie de l’Évolution » et est inaugurée par François Mitterrand le 21 juin 1994.


Le Muséum et l’exploration de la biodiversité (missions anciennes et actuelles)

Depuis l’époque du Jardin royal, l’étude de la nature constitue la mission principale du Muséum. Sous l’Ancien Régime, cela se faisait essentiellement à travers le prisme de la botanique – bien que la chimie et l’anatomie avaient une place de choix. Ainsi, on acclimatait au Jardin les plantes découvertes lors des différents voyages. Ces dernières étaient ensuite étudiées pour leurs vertus médicinales ou alimentaires. Antoine de Jussieu fait ainsi pousser du Coffea arabica et découvre les bienfaits du café. Quelques années plus tard, en 1721, le caféier fut exporté à la Martinique où commença l’exploitation de cette plante dans les Antilles. Plus tard, l’expédition d’Alexander von Humbolt, de 1799 à 1804, déboucha sur la création d’un herbier de 5 800 espèces. Cet herbier a été remis au Muséum en 1804.

D’autres voyages permirent l’étude d’espèces animales exotiques, telles que le dodo, aujourd’hui disparu, lors de voyage de Pierre Sonnerat vers les Indes orientales en 1771.

Dans tous les cas, l’une des missions du Muséum a été d’accompagner les voyageurs. À cet égard, il a publié en 1824 L’Instruction pour les voyageurs et pour les employés dans les colonies, sur la manière de recueillir, de conserver et d’envoyer des objets d’histoire naturelle.
À la suite de la Seconde Guerre mondiale, les mouvements de décolonisation infléchissent l’action développée par le Muséum outre-mer. Néanmoins, il trouve un domaine d’action dans la prise de conscience des ravages infligés aux milieux naturels par l’expansion de l’espèce humaine, la pollution et la surexploitation des richesses de la Terre. En 1948, le Muséum est partie prenante dans la création de l’Union Internationale pour la  Conservation de la Nature (UICN). Des organismes, comme le Service de conservation de la nature en 1962, s’installent entre ses murs.

Les expéditions scientifiques du Muséum continuent aujourd’hui : en mai 2019, les scientifiques de la mission La planète revisitée se rendent en Corse pour trois ans, afin de réaliser d’un échantillonnage des espèces d’algues et d’invertébrés marins et terrestres de l’île de Beauté.

 

Bibliographie :

DELIGEORGES, Stéphane, GADY, Alexandre, LABALETTE, Françoise, Le Jardin des plantes et le Muséum nation d’histoire naturelle, Paris, Éditions du patrimoine, 2004

GOIX, Emmanuelle, LECOINTRE, Guillaume, SAINT JALME, Michel, La Ménagerie, le zoo du Jardin des Plantes, le guide, Paris, Les éditions du Muséum, 2018

LAISSUS, Yves, Le Muséum national d’histoire naturelle, Paris, Découvertes Gallimard, 1995

LAVAQUERIE-KLEIN, Christiane, PAIX-RUSTERHOLTZ Laurence, Objectif Muséum, Le guide des visites en famille, Paris, Actes Sud Junior, 2019

LIGNON, Lucile et al., Galerie de Paléontologie et d’Anatomie comparée, le guide, Paris, Les éditions du Muséum, 2018