Les chercheurs du Muséum sont présents des tropiques à l'Antarctique. Ils étudient les espèces, les écosystèmes mais aussi les sociétés humaines. Ils traquent les impacts du changement climatique dans les gènes, la date de débourrement des bourgeons, l'évolution des aires de répartition, la longueur des ailes des oiseaux, les changements de régime alimentaire. Ces données sont analysées et partagées. Ils étudient aussi les sociétés humaines pour apprendre de leur connaissance de la nature ce que les sciences ne peuvent pas toujours montrer.


Marie Roué, ethnobiologiste, directrice de recherche

Les Samis, des éleveurs de rennes vivant en Laponie, ont une expérience incomparable des conditions climatiques en hiver. Nul autre ne suit l'évolution de la neige et de la glace, et son état au jour le jour, année après année, en observant tous les facteurs qui déterminent les changements observés. Ils engrangent sur de très longues périodes des données sur l'évolution du climat et de la biodiversité dans un lieu précis. Les Samis, et les populations autochtones en général, détiennent un savoir holistique qui leur permet d'appréhender des phénomènes complexes en tenant compte d'une grande richesse de facteurs déterminants. Ces connaissances sont utilisées pour comprendre le changement climatique et comment s'y adapter.

La place de l'anthropologie dans la recherche sur le changement climatique devrait devenir de plus en plus importante. Pour être plus précise, ce sont des spécialités de pointe, interdisciplinaires, qui permettront de dépasser les frontières entre disciplines qui sont devenues, dans le cadre de phénomènes complexes, de véritables barrières. Ni l'écologie, ni les sciences du climat, ni l'anthropologie toutes seules ne sont en mesure de les traiter seules. À ce titre, l'ethnobiologie et les recherches sur les savoirs locaux ont une grande expérience des phénomènes qui sont à la fois du domaine environnemental et social.

Le Muséum développe aussi une expertise qui permet de conseiller les pouvoirs publics dans le choix des politiques mises en œuvre et de renseigner les acteurs privés.


Romain Sordello, chef de projet Trame verte et bleue au Service du Patrimoine Naturel (SPN)

Mon travail consiste à proposer une vision synthétique de la recherche sur le changement climatique. Il porte essentiellement sur "l'ajustement spatial" des répartitions d'espèces, par exemple l'arrivée d'espèces méditerranéennes dans le nord de la France. Leur répartition s'adapte pour "suivre" les évolutions du climat. Mais de nombreuses espèces ne se déplaceront pas assez vite pour suivre le réchauffement actuel qui est beaucoup plus rapide que les variations naturelles du passé. Certaines espèces se retrouveront dans un climat qui leur deviendra défavorable, et disparaîtront si elles ne trouvent pas d'autres moyens de s'adapter (ajustement temporel par exemple).

Carte de France des milieux ouverts thermophiles © Sordello et al., 2011a

Carte de France des milieux ouverts thermophiles © Sordello et al., 2011a, par Sordello

En 2014, nous avons publié un rapport sur Le changement climatique et les réseaux écologiques. Il sera utilisé par le Ministère pour la révision des orientations nationales de la Trame verte et bleue . Cette politique tente de résoudre le problème de la fragmentation des habitats en restaurant des continuités écologiques. En facilitant le déplacement des espèces, elle cherche à favoriser "l'ajustement spatial". À cette fin, le Muséum a également identifié dès 2011 des continuités écologiques d'importance nationale. (voir carte)

En savoir plus sur le Service du Patrimoine Naturel
 

Carte de France des milieux ouverts frais © Sordello et al., 2011a

Carte de France des milieux ouverts frais © Sordello et al., 2011a, par Sordello


Nadia Améziane, professeure au MNHN, directrice de la station de Biologie Marine de Concarneau

La Convention sur la conservation de la faune et la flore marines de l'Antarctique a défini des zones où pourraient être établies des aires marines protégées. Les états français et australiens se sont beaucoup investis en ce sens mais les enjeux politiques et économiques sont importants et les résistances nombreuses. Sur la côte Est-Antarctique et aux Kerguelen, les scientifiques du Muséum ont essayé de déterminer quels seraient les endroits les plus propices pour ces aires marines en collectant des données sur la biodiversité du benthos et du pelagos. À terme, nous souhaiterions modéliser les interactions entre espèces. Il existe des blocages politiques contre la constitution de ces zones, mais nous voulons démontrer que si ces aires sont gérées de manière intelligente, cela n’empêchera pas la pêche.

Nous ne pouvons rien faire contre le réchauffement actuel de la mer mais nous pouvons agir sur le futur. Parmi les actions que nous pouvons mener se trouve la création d'aires marines protégées. Elles permettent de limiter l'impact anthropique en interdisant la pêche dans certaines zones comme les nurseries, et en la réglementant dans d'autres. Ainsi protégés, ces écosystèmes seraient plus résilients au changement. Pensez-y, si au changement climatique s'ajoutent la surpêche, la pollution et la destruction des habitats, la faune et la flore ne pourront plus s'adapter et les mers pourraient, à terme, devenir des déserts.