Depuis 2,5 millions d’années, la terre a connu une succession de périodes glaciaires et interglaciaires. Celles-ci étaient cependant plus lentes et n'étaient pas dues à l'activité humaine. Étudier les effets de ces fluctuations sur le climat, les espèces et les écosystèmes de l'époque permet de mieux comprendre les changements présents et futurs auxquels nous sommes confrontés.


Eva Moreno, géologue, maître de conférence

Je travaille sur des carottes de sédiments en région tropicale. La période que j’étudie se concentre sur les derniers 300 000 ans, soit trois cycles climatiques complets. Je travaille principalement sur les zones tropicales, l'Indonésie et l'Océan Indien. Les prélèvements sont soumis à des études géochimiques, géophysiques et minéralogiques. Leurs résultats nous permettent de connaître les variations des apports terrigènes du continent, la température et la salinité de la mer. On essaie alors de reconstruire les fluctuations des courants océaniques, du niveau de la mer et de l’intensité des moussons. Des modélisateurs travaillent sur les impacts futurs du changement climatique en s'inspirant de nos recherches.

La région d'Indonésie où je travaille est très sensible au niveau de la mer. La profondeur de l'océan y  est faible, jusqu’à moins de 100 mètres au nord de l’Australie. Nous avons constaté que pendant les périodes glaciaires le niveau de la mer baissait. Nombre de fonds marins étaient exondés. Des passages océaniques étaient coupés. Certaines régions marines étaient devenues lacustres.

Nos études ont aussi permis de mettre en évidence que durant les périodes glaciaires les moussons sont plus faibles. Les recherches sur l'évolution des courants océaniques ont, elles, montré une forte relation entre le climat des régions tropicales et celui des régions polaires.

Pour l'instant, il existe une limite à l'utilisation de nos recherches. L’étude des sédiments océaniques ne nous permet pas de connaître des variations annuelles, ni même des variations sur un siècle. Il est donc difficile de les comparer avec l'évolution du climat observée depuis l’industrialisation. Récemment, nous avons commencé à étudier une carotte qui couvre une période très courte, l'Holocène (derniers 11.000 ans) sur plusieurs dizaines de mètres de sédiment. La résolution de nos mesures devrait nous permettre une connaissance plus fine des variations climatiques récentes.