On dit que les diamants sont éternels, mais il faut être géologue ou bouddhiste pour appréhender l’âge de ces fragments d’éternité sans craindre le vertige. Pour les autres, il faut se tenir prêt à descendre une échelle qui dépasse le temps humain et nous ramène aux premiers âges de la Terre.


Les milliards d’années

Vue par les géologues, l’histoire des Joyaux de la Couronne ne correspond qu’à une infime partie du temps qu’ils ont traversé pour arriver jusqu’à nous. Après les travaux de B.B. Boltwood sur la datation isotopique uranium-plomb en 1907, il faut attendre le début des années 60 pour que la géochronologie permette d’évaluer l’âge des diamants avec moins d’approximation. On estime par exemple que le Grand Diamant Bleu aurait cristallisé il y a 1,1 milliards d’années dans la lithosphère, vers 150 kilomètres de profondeur sous la région de Golconde dans le centre de l’Inde. On comprend aussi pourquoi les diamants sont restés une valeur sure, surtout quand des savants fous s’amusent à les synthétiser à partir du beurre de cacahuète.


La cristallisation

Pour comprendre la rareté des diamants naturels, on peut les comparer à leur parent "pauvre"  : le graphite, l’autre forme minéralogique du carbone pur. Alors que les atomes du graphite forment des feuillets faiblement liés entre eux, chaque atome de carbone d’un cristal de diamant est très fortement lié à ses voisins. Sur notre planète, la pression nécessaire à cette cristallisation est atteinte entre 150 km et 250 km de profondeur. Elle nécessite aussi la réunion de plusieurs autres conditions rarissimes : une lithosphère épaisse de 200 à 250 km, du carbone en abondance, et une sorte de véhicule pour remonter les cristaux vers la surface. Cet "ascenseur à diamants" est la kimberlite, une roche volcanique tout aussi rare et au tempérament explosif.


Voyage explosif

Il peut se passer des millions d’années avant qu’un "point chaud" volcanique ne déclenche la formation et la remontée du magma kimberlitique, car les diamants ne cristallisent pas dans la kimberlite, ce sont des enclaves arrachées par le magma au début de son ascension. Grâce à la détente des gaz, leur vitesse peut atteindre plusieurs dizaines de kilomètres par heure, entraînant une décompression trop rapide pour que les diamants aient le temps de se transformer en graphite. Les kimberlites et les diamants qu’elles contiennent cheminent le long de conduits cylindriques, les pipes, qui sont ensuite exploités à ciel ouvert, ou dans des mines lorsque la profondeur à atteindre est devenue trop grande. Une grande partie des diamants provient aussi de l’érosion de ces kimberlites. Au cours de leur voyage, les sables diamantifères sont débarrassés des minéraux les plus fragiles et les diamants inusables se déposent dans le lit de certains fleuves, et parfois sur des plages comme en Namibie.

 

Diamant dans une kimberlite © MNHN - François Farges

Diamant dans une kimberlite © MNHN - François Farges, par François Farges


Le prix de l’exploitation

Dans le monde, dix millions de personnes vivent directement ou indirectement du commerce des diamants. Pour lutter contre la misère et la corruption, une organisation de certification des diamants bruts, le Processus de Kimberley, réunissant des gouvernements et des industriels de 81 pays, a été mise en place en 2003. Elle interdit le commerce des diamants produits dans les zones de guerre, les "diamants de conflits" dont on a montré le rôle dans le financement des guérillas notamment en Afrique. Aujourd’hui une majorité des diamants provient de régions pacifiées mais la condition des mineurs dans de nombreux pays comme le Zimbabwe, la Sierra Leone, la République démocratique du Congo ou l’Angola, reste encore très difficile. Un rapport de 2009 estimait qu’en Sierra Leone, un mineur sur 4 était un enfant, leur part s’élève à 46% dans les provinces minières d’Angola. En République démocratique du Congo, le salaire des mineurs ne dépasse pas 100 dollars par an. Quand on connaît le prix de vente des diamants, on mesure le chemin qui reste à parcourir pour rendre le commerce des pierres précieuses plus équitable.