Pourquoi chaque souris est-elle différente de sa voisine ? Pourquoi le taureau Charolais pèse-t-il plus d’une tonne et demi quand la vache Highland est petite et laineuse ? Pourquoi ressemblons-nous à nos parents ?


La variabilité
C’est Darwin qui a compris le premier l’importance jouée par la variabilité entre individus dans l’évolution. Il a su reconnaître que ces variations sont le fruit du hasard. Elles n’apparaissent pas pour les besoins du porteur. Prenons l’exemple du cristallin chez l’homme. La forme du cristallin peut varier suivant les personnes, entraînant une vue plus ou moins bonne qui peut nécessiter le port de lunettes.

Un changement total de perspective par rapport à la doctrine, notamment développée par Lamarck, qui soutenait que l’individu s’adaptait forcément à son milieu puisque les variations étaient forgées par leurs efforts. Pour Darwin, les individus varient et c’est la population qui s’adapte.

Les variations s’observent au niveau de la morphologie et du comportement de l’individu. Elles sont en grande partie inscrites dans son patrimoine génétique. Parmi ces nouveaux traits, certains seront avantageux pour l’individu, d’autres auront un effet neutre, enfin certains le désavantageront. Ici, le hasard est à l’œuvre.

Une question se pose alors : si la variation intervient au niveau de l’individu pourquoi ne se limite-t-elle pas à celui-ci ? C’est là qu’intervient l’héritabilité.

L’héritabilité
L’hérédité est le phénomène qui permet la transmission des caractères des parents à leur descendance. À ce stade, le hasard est encore à l’œuvre. Il détermine, comme dans une immense loterie, quels traits seront passés à la génération suivante. Ces traits ont alors la propriété d’héritabilité.

L’existence de l’héritabilité a été reconnue bien avant que l’on ne connaisse les mécanismes biologiques de l’hérédité sur lesquels elle repose. Très tôt, les éleveurs ont observé que leurs animaux transmettaient leurs qualités et leurs défauts à leurs petits. Ils ont alors commencé à sélectionner des reproducteurs en fonction de leurs qualités. C’est ainsi que les taureaux Charolais, une race élevée pour la viande, peuvent peser 1,5 tonnes. Quand les vaches Highland sont petites, protégées par une couche de graisse sous la peau et laineuse pour tirer le meilleur parti des terres pauvres, froides et marécageuses de l’Écosse.

 

Taureau Charolais primé au Salon de l'Agriculture de Paris en 2010 - CC BY-SA 4.0 / forum www.concoursvaches.fr

Taureau Charolais primé au Salon de l'Agriculture de Paris en 2010 - CC BY-SA 4.0 / forum www.concoursvaches.fr, par CC BY-SA 4.0 / forum www.concoursvaches.fr

Pendant longtemps, les sciences de l’évolution ont eu une approche restrictive de l’héritabilité, limitant la transmission au patrimoine génétique du ou des parents. Mais cette vision a évolué depuis une quinzaine d’années, à commencer par la reconnaissance de la transmission épigénétique. Ce n’est pas anodin, puisque l’épigénétique conditionne l’état de lecture des gènes et leur héritabilité. Cet état de lecture est, d’ailleurs, influencé par l’histoire de l’individu et son environnement. L’épigénétique permet d’expliquer pourquoi de vrais jumeaux, au patrimoine génétique initial identique, ont des traits physiques et biologiques différents.

Outre l’épigénétique, on reconnaît aujourd’hui la transmission culturelle par l’apprentissage, mais aussi la transmission de comportements, de langues, de techniques et de pratiques alimentaires. Certaines études actuelles tendent même à montrer qu’il existe une héritabilité de la musique.

Le champ de ces transmissions influence fortement le choix des partenaires sexuels, et donc la structure génétique des populations.


L'épigénétique expliqué par Pierre-Henri Gouyon, Professeur au Muséum national d'Histoire naturelle

* Retrouver le livre audio L'Évolution par Pierre-Henri Gouyon aux éditions De Vive Voix, 2014