Nous connaissons le rôle joué par le hasard dans les traits exprimés par un individu et la manière dont ces traits peuvent se retrouver à la génération suivante. Face à cette diversité, comment peut-on expliquer l’existence d’une certaine stabilité au sein des populations ?


Les souris poilues - Exemple de la sélection naturelle chez une population de souris © MNHN – Sébastien Pagani

La dérive
La dérive décrit une fluctuation aléatoire de la transmission d’un trait de caractère à une descendance plus ou moins nombreuse. Il peut s’agir par exemple des aléas de la rencontre d’un spermatozoïde et d’un ovule lors de la reproduction sexuée, sachant que chaque spermatozoïde et chaque ovule sont génétiquement uniques. Dans une grande population, elle explique les fluctuations aveugles de la fréquence d’un trait d’une génération à l’autre, d’où le terme de "dérive". Dans une population limitée, elle peut expliquer que des traits considérés comme neutres, parce qu’ils n’apportent pas d’avantage sélectif, finissent par hasard au cours des générations par atteindre l’ensemble de la population. Nous en avons un exemple avec les 6 espèces de souris rencontrées sur l’Île de Madère.

La sélection naturelle
Avec la sélection naturelle, certains caractères héritables peuvent se diffuser au sein d’une population quand ils apportent un avantage à ceux qui les portent en termes de nombre de descendants. Au contraire, ils disparaîtront de la population s’ils constituent un désavantage. Les variations de ces caractères sont filtrées par les contraintes chimiques, physiques, biologiques du milieu.

Nous pouvons prendre comme exemple certains poissons téléostéens vivant dans les eaux marines de l’Antarctique. Ils présentent, dans leur tube digestif, une enzyme habituellement trouvée dans le pancréas qui empêche les liquides de geler. Exprimées dans le foie, ces enzymes se retrouvent dans le sang des poissons. Par conséquent, ils peuvent survivre dans une eau à la température proche de -1,8°C. Si par une mutation de son génome, l’un de ces poissons ne sécrétait pas cette enzyme, sa vie serait de courte durée : il gèlerait ! Il n’aurait probablement pas l’occasion d’avoir une descendance. La conservation des protéines anti-gel chez ces animaux est le fruit de la sélection naturelle.

Poisson téléostéen Chionodraco hamatus dont le sang ne gèle pas © Erwann Le Guilloux

Poisson téléostéen Chionodraco hamatus dont le sang ne gèle pas © Erwann Le Guilloux, par Erwann Le Guilloux