La forme de notre bassin est-elle adaptée ? Un caractère peut-il être à la fois adapté et inadapté ? Pourquoi la taupe commune et la taupe marsupiale se ressemblent-elles ?


L’adaptation
L’adaptation est la stabilisation d’une ou plusieurs variations favorables dans la population. Ce n’est pas un processus figé. Les traits favorables un temps peuvent devenir défavorables quand le milieu change.

Notre bassin a la forme contrainte des bipèdes de notre lignée. Il y a 4 millions d’années, cette forme a permis la bipédie permanente, mais son ouverture était limitée en partie inférieure. Comme les bébés des australopithèques avaient de petites têtes, cela ne posait pas de problème. Seulement, voici un million d’années, les primates de notre lignée ont manifesté une augmentation spectaculaire du volume de la tête. La forme de notre bassin n’a, elle, pas changé. Il ne peut pas s’ouvrir plus, et nous sommes aujourd’hui l’une des espèces de mammifères chez laquelle l’accouchement est le plus difficile.

Plus une population offre de diversité en son sein, plus elle aura de capacité à s’adapter au changement. On le constate notamment avec la résistance bactérienne. Ainsi la tuberculose, une maladie traitée grâce aux antibiotiques, présente aujourd’hui des souches résistantes aux traitements.

L’adaptation, résultat de compromis sélectifs
La sélection naturelle ne mène pas à la perfection mais à des compromis qui permettent à une population d’être adaptée à un milieu à un moment précis. Ainsi certains traits peuvent se révéler avantageux d’un certain point de vue et désavantageux d’un autre : la queue du paon mâle l’avantage vis-à-vis des femelles mais le désavantage vis-à-vis des prédateurs.

La drépanocytose (ou anémie à cellule falciforme) est une maladie héréditaire qui affecte l’hémoglobine des êtres humains (Homo sapiens). Elle peut provoquer une anémie chronique et des douleurs articulaires. Il y a encore peu de temps cette maladie pouvait se révéler mortelle. Nous pourrions donc nous demander la raison pour laquelle entre 10 et 40% de la population serait porteuse de ce gène en Afrique équatoriale. La réponse est adaptative, les personnes porteuses de cette variation sont protégées contre les effets du paludisme, une affection parasitaire très répandue dans cette région. Voilà un autre exemple de trait désavantageux qui devient, localement, partiellement avantageux.

La convergence
En matière d’adaptation, l’habit ne fait pas toujours le moine. La convergence est un phénomène adaptatif qui peut parfois prêter à confusion. Comparez une taupe commune (Talpa europaea) à qui de nombreux jardiniers français vouent une guerre sans merci, et une taupe marsupiale (Notoryctes typhlops) qui creuse ses galeries en Australie. En observant, leur cécité, leur absence d’oreille, leur corps plat et allongé et leurs puissantes pattes griffues, vous jureriez qu’elles occupent une place voisine sur le grand arbre du vivant. Pourtant la taupe commune est plus apparentée au hérisson qu’à la taupe marsupiale, qui elle, est proche du kangourou. Leur morphologie a convergé vers une "forme taupe" adaptée aux contraintes sélectives liées à leur vie de fouisseuse souterraine.


Extrait du film "Espèces d'espèces" - exemple de convergence évolutive : la taupe © L.C.J. Editions & Productions 2009